«L’HOMME DE PALIKAO ET LE COW-BOY DU COLORADO!»

Jeudi 17 avril, 23 heures. BELAIZ, le Ministre de l’Intérieur annonce les résultats des élections Présidentielles, devant une pléthore de journalistes nationaux et étrangers. Personne n’a obtenu la majorité lui permettant d’accéder à la magistrature suprême au premier tour. Deux candidats sont en ballotage. Ils ont obtenu le premier 36% et le second 37%. Scores très serrés. Le deuxième tour va se jouer sur le fil. La grande bataille est de rallier les électeurs des candidats malheureux, sous peine de grandes concessions qui risquent de remettre en cause les programmes initiaux des candidats. Mais la victoire, c’est le Peuple qui l’a remportée. En effet, la totalité des candidats ont salué la neutralité de l’administration, l’impartialité des membres des bureaux de vote, l’indépendance avérée des magistrats dans le traitement des requêtes et surtout l’ambiance bon enfant durant toute la journée.
Bien avant la proclamation des résultats officiels, les deux candidats avaient déjà annoncé les résultats recueillis par leurs représentants et ont donné presque les chiffres exacts.
Tout le monde a déjà oublié les tristes évènements de Bejaïa, les pratiques de racolage des participants aux meetings aux frais de l’Etat à travers les entreprises et les collectivités locales. Tout le monde a déjà oublié les raclées reçues par certains représentants de candidats dans certaines wilayates et à l’étranger, notamment en France.
Mais au-delà du rêve, qu’est-ce qui motive en moi, cet optimisme? Deux évènements essentiels de la campagne électorale en sont responsables.
Le premier fut cette émission de Canal Algérie consacrée aux présidentielles et qui s’est déroulée dix jours auparavant, le soir du lundi 7 avril. A l’exception d’un seul, l’ensemble des représentants des candidats étaient présents. L’animateur était exceptionnel. Il nous a changé de «l’Unique» au service du pouvoir. Il aura été impérial dans le respect des timings, de l’avis de chacun. Il ne donnait aucun «coup de pouce» à aucun candidat. Il ne ménageait aucun. Il était là juste pour diriger les débats et faire respecter les règles. Totale impartialité qui me fit craindre le pire pour ce pauvre journaliste qui risquait de par son comportement professionnel, son poste. Les invités ont également fait preuve de grande maturité. Chacun allait dans ses convictions contradictoires assurément avec celles des autres, mais dans le respect mutuel le plus total. Malgré les grandes différences, malgré les critiques acerbes de l’un et de l’autre, aucun écart n’a été constaté. J’ai même été surpris par le niveau affiché par la représentante d’un jeune candidat, dont les talents étaient proportionnels à son charme. Elle aura été en compagnie de Rahabi, la vedette incontestée. Pourtant, les sujets sensibles ont été abordés La dépendance totale des hydrocarbures, la corruption, la centralisation à outrance des décisions les plus idoines, le dialogue « sans «exclusive» les demandes d’interventions étrangères….
Ce débat fort élevé n’avait sincèrement rien à envier à ceux que nous avons l’habitude de voir sur les plateaux des chaînes TV étrangères et notamment Françaises. A la fin de l’émission, les concurrents se sont serrés les mains et souhaité bonne chance. C’est cela qui a grandi mon optimisme. C’est cela qui m’a réconforté et mis fin à mes appréhensions de dérives et de «printemps arabe» dès le 18 avril.

« Mettant pour la première fois les pieds en Algérie, John Kerry m’a téléphoné et s’est proposé de venir, en ami, prendre un café chez moi, à la maison. Il s’est ensuite ravisé en raison de la lourdeur du dispositif de sécurité qui aurait été nécessaire, suggérant qu’il serait plus commode d’aller dîner avec lui.
C’est ainsi qu’un motard et deux agents de sécurité, tous Algériens, ont été dépêchés pour m’escorter, en compagnie de mon fils, jusqu’à l’hôtel El Aurassi»
Sid Ahmed GHOZALI qui s’exprime ainsi, est un enfant de Tighennif (Palikao) dans la Wilaya historique de Mascara. Bien qu’originaire de Nedroma, donc de la tribu au pouvoir, sa naissance et son enfance dans la Smala de L’Emir a forgé en lui ce «nez» dont sont fiers tous les Algériens. Ainsi, il aura été l’un des rares à avoir refusé de rallier le Pouvoir en 1999, malgré moult propositions.
La teneur de la rencontre KERRY-GHOZALI aura été le second évènement qui m’a réconforté dans mon optimisme.
L’Homme au Papillon, qui a été parmi ceux qui ont régi l’arrêt du processus électoral en 1991, diplômé de l’illustre école des Ponts & Chaussées de Paris, a été le premier directeur de SONATRACH sous l’ère de Boumediene avant d’hériter du portefeuille de l’industrie.
A une question sur la préférence du papillon sur la cravate, il avait répondu : «Elle me gène moins durant la prière » Je ne l’ai jamais cru.
Comment cet homme cumulant l’appartenance au système avec le « nif » Mascaréen, a-t-il pu être ami intime de John KERRY ?
Le Secrétaire d’Etat Américain est né au Colorado dont une partie ressemble étrangement à la région de Dublineau, avant d’aller vivre au Massachusetts. Descendant de mère et père juifs Hongrois, convertis au catholicisme, il passait toutes ses vacances en France chez son cousin germain Brice LALONDE, l’écolo français, ce qui lui a permis de parler couramment la langue de Molière.
La question qui se pose est de savoir si J. KERRY a demandé à revoir son ami au nom de la simple amitié, ou plutôt par intérêt. En effet, quand on vient en visite officielle assez courte, le temps est trop réduit pour le consacrer aux salamalecs, sachant l’importance qu’accordent les Américains à leurs intérêts.
Sid Ahmed GHOZALI a-t-il compris tout cela? D’autant plus que J. KERRY a tenu à le voir avant toute rencontre officielle, au risque de créer un incident diplomatique (n’a-t-il pas décliné une invitation à diner par le Premier Ministre pour se consacrer à son Ami, chose qui a énormément déplu)
Selon ses propres dires, il y a tout lieu de le croire. En effet, il semble que l’Homme de Palikao n’est pas tombé dans le piège et a tenu à rester dans l’intérêt de son Pays.
« Je vous le dis sans hésiter, John Kerry n’est pas venu pour «traiter» de la question de l’élection présidentielle. Il ne peut pas en être ainsi ; le croire serait mal connaître les Américains. Je ne dis pas qu’ils s’en désintéressent, mais il n’est pas venu pour ça. Les USA, «gouverneurs du monde», viennent en fonction de leurs intérêts et c’est normal. Avec l’Algérie, ce qui les intéresse, c’est la coopération bilatérale et multilatérale dans les domaines sécuritaire et énergétique. A ce propos, vous n’ignorez pas que les relations entre l’Algérie et le monde occidental se font essentiellement par le canal des services de sécurité des deux parties. Et souvent à l’insu des appareils diplomatiques.
J’ai dit que les Occidentaux ont intérêt à aider l’Algérie, à échanger dix fois plus qu’ils ne le font maintenant. Ce n’est pas évident, parce que les Occidentaux ont tendance à faire dans le «court-termisme».
Il ajoute : « L’Algérie échange avec eux 60 milliards de dollars par an, il faut agir ensemble pour s’élever au niveau des potentialités réelles de notre pays. Pourquoi ne pas se fixer cinq, six ou sept fois plus, dans le cadre d’une vision à long terme ? Ce serait tellement bénéfique pour les populations des deux côtés ! Quant aux rapports entre les services et le Président, vous connaissez mon point de vue : je n’ai jamais cru à l’idée d’une confrontation au sein du régime à ce niveau. S’il y avait ce problème, il n’y aurait sans doute pas eu trois mandats successifs ni une quatrième «candidature». Il y a des motivations aux rumeurs, mais je refuse de croire à la réalité de ce type de problème.»
GHOZALI a donc mis de côté la mise en quarantaine de son Parti, l’ostracisme qui lui est appliqué pour se placer à un niveau responsable de défense des intérêts de la Nation, du moins si l’on croit ses propos. Ce que semble contredire une phrase lourde des sens :
« Ne me demandez pas cependant de vous révéler le contenu d’un entretien privé, ce serait une tromperie à l’égard de mon interlocuteur. Bien évidemment, nous avons évoqué les questions algériennes. Et j’ai donné mon point de vue aussi bien sur les questions nationales et régionales qu’internationales. »
GHOZALI ne nous a-t-il révélé que la partie de l’entretien qui va dans le sens de ce qu’on veut bien entendre ? Quelle a été la teneur de cet «entretien privé» Pourrais-t-on qualifier de « privé » un entretien qui se déroule entre un ex-grand responsable du Pays et le Ministre des Affaires Etrangères du plus puissant Pays au monde, pendant une visite officielle?
Moralité : Si la démocratie a pris des lustres pour s’ancrer dans les Sociétés Occidentales, il faut dire qu’elle s’achemine vers une sédentarisation dans notre Pays, doucement mais surement. Les signes sont là.
Alors, quatrième mandat ou pas, le système continuera encore, avant de disparaître, mais il disparaîtra.
Car, le train en marche de la démocratie se voit –malgré quelques écarts et errements – à travers les grands progrès enregistrés dans les comportements des candidats, de leurs représentants et de la maturité affichée jusque-là. Le compte à rebours de l’avènement de la deuxième République a commencé. Parfois, souvent, il faut juste savoir être patient.
djillali@bel-abbes.info.


le 10 avril 2014


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10 avril 2014

2 Commentaires pour “«L’HOMME DE PALIKAO ET LE COW-BOY DU COLORADO!»”

  1. DZiri

    Sallamou Alaykum M. Djillali
    Je crois que beaucoup de lecteurs partagent votre moralité.
    Cela étant, une affirmation du « Harki du Service » a retenu mon attention :
    « A ce propos, vous n’ignorez pas que les relations entre l’Algérie et le monde occidental se font essentiellement par le Canal des Services de Sécurité des deux parties. Et souvent à l’insu des appareils diplomatiques ». Donc acte.
    Alors, je dirais tout comme vous, Patience encore !
    Les décisions « hâtives » se contredisent souvent !
    Sallamou Alaykum
    DZiri

  2. Dr D. Reffas

    Bonjour.

    Comme d’habitude, la chronique de Djillali embaume nos esprits et déclenche la décharge électrique nécessaire pour faire vibrer nos neurones.
    Entièrement d’accord avec vous, quand vous dites:”..Alors, quatrième mandat ou pas, le système continuera encore, avant de disparaître, mais il disparaîtra.” Oui, le 18 avril prochain sera le début de la fin d’un système périmé dans toute sa dimension. Le début de la naissance en douceur de la deuxième république à travers une société civile qui a compris qu’elle doit s’impliquer pour chasser les opportunistes, la clientèle du pouvoir “éduquée” durant cinquante années à travers la leçon de morale “famille révolutionnaire” qui a divisé le peuple, sachant pertinemment que ce dernier était le seul héros.Le système à travers le quatrième mandat va subsister, c’est sûr, car l’appareil de la fraude, même essoufflée réussira son pari dans la douleur . Je pense que les élections présidentielles ont fait réveiller les Algériens de leur état de torpeur pour se mobiliser pacifiquement autour de la naissance de la véritable république, celle qui lui garantira une société moderne ou la culture et les sciences seront les véritables repères.Aussi, et mon humble avis, une participation massive aux élections du 17 avril, fragilisera certainement le système, pour l’accompagner à travers une mobilisation citoyenne pacifique, jusqu’à la naissance de la deuxième république tant espérée. Seul un travail mesuré dans le temps, permettra la naissance d’une société civile bien structurée et bien imprégnée de l’élan avant-gardiste.
    Bonne journée.

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