La question parait déplacée dans un pays où l’Etat de droit est maître des lieux. Mais s’agissant de l’Algérie, elle coule de source dès lors que les lois, les règlements, et autres règles civiques sont foulés au pied, au nez et à la barbe des autorités.

Les Algériens sont habitués à voir des policiers en uniforme assister comme des spectateurs à des rixes, des agressions et des vols sans qu’ils ne daignent intervenir au nom de l’Etat.

Un Etat devenu impuissant face aux meutes de voyous qui sèment la peur de Annaba à Oran et d’Alger à Sidi bel abbes et  Tamanrasset. Ces bandes d’agresseurs et ces pseudo commerçants qui étalent, illégalement leurs produits en toc sur la place publique, jouissent d’une incroyable passivité de l’Etat, qui a perdu sa mission de puissance publique. Le résultat est effrayant : l’Algérie est devenue l’un des pays où la délinquance et la petite criminalité prospèrent chaque année un peu plus.

Il n’est plus recommandé, pour une jeune fille et même un homme de sortir seul dans certains endroits et surtout pas la nuit. Les petits groupes de voyous qui prennent possession de nos villes et quartiers opèrent avec une liberté déconcertante.

Au plan économique, l’informel érigé en «marché» constitue la preuve la plus visible de l’impuissance ou du laxisme de l’Etat face à l’érosion de son territoire (au propre et au figuré) au profit de jeunes vendeurs qui ont squatté et défiguré les trottoirs, au grand dam des citoyens qui ne savent plus où se plaindre. Il n’est plus choquant de voir un policier ou un fonctionnaire aller faire ses emplettes chez ces jeunes qui ont «volé» l’espace public.

Il n’est pas non plus choquant de voir un policier « débranché» devant une scène où un paisible citoyen se fait malmener et agresser par un petit voyou.

Un État dans l’État…

Autant d’images devenues «normales» à cause de la démission des autorités. Une normalité qui a achevé de disqualifier la notion d’autorité. Comment interpréter alors les opérations coup-de-poing lancées ces derniers jours par la police contre les marchés informels et les squatteurs de la voie publique dans certains quartiers d’Alger ? Quel crédit donner à ces effets de manche qui ne risquent pas de survivre plus d’une dizaine de jours ?

Ce n’est pas la première fois en effet que de telles incursions spectaculaires ont été ordonnées contre les «seigneurs de la route». Mais passé l’effet d’annonce, les faux commerçants «réoccupent» les lieux sans être inquiétés outre mesure.

L’Algérie est peut-être le seul pays au monde où les automobilistes sont rançonnés là où ils garent leurs voitures par des jeunes «parkingueurs» qui agissent, bâton à la main, comme des Sherifs dans leurs quartiers.

A 50 dinars la place, ces jeunes désœuvrés, assez souvent amateurs de drogue, amassent de petites fortunes sur le dos des automobilistes qui n’osent pas dire non au risque de voir leurs voitures réduites à rien. Le hic est que l’Etat à travers ses collectivités ne récupère aucun sou de cette « activité» interdite mais qu’il a tolérée par son silence.

Politique spectacle

Au-delà du manque à gagner en terme d’impôts, ces espaces de non-droit (les parkings sauvages et les commerces informels) sont devenus des lieux insalubres qui ont transformé nos villes en véritables dépotoirs. Faut-il rappeler pourtant que ce phénomène a été presque encouragé par l’Etat. On s’en souvient, les autorités avaient lancé une opération de récupération des espaces publics en novembre 2010 à coup de déploiement massif de policiers et de saisie des marchandises.

Mais les citoyens qui furent soulagés de voir leurs villes et quartiers respirer comme au bon vieux temps, n’ont pas tardé à déchanter. Les tables et les cartons ont repris et les meutes de vendeurs de tout poil ont repris du service.

La faute aux révoltes des jeunes du printemps arabe qui ont pris d’assaut la rue en Tunisie et en Egypte. Craignant sans doute de subir le même sort que les régimes de ces pays, le gouvernement avait alors intimé l’ordre aux forces de sécurité de ne pas importuner nos « chers » faux commerçants et nos amis «gérants» de parkings.

Ces derniers avaient alors décrypté le message craintif du pouvoir et ne se privèrent pas de le crier haut et fort lors des manifestations de janvier 2011. C’est dire qu’il est difficile de prendre au sérieux ces opérations spectacles de démonstration de force. Pour cause, l’instauration de l’Etat de droit et le respect des lois constituent les derniers soucis des autorités elles- mêmes réduites à agir par à-coup. Faut-il signaler que l’Algérie ne dispose pas d’un ministre de la justice depuis cinq mois… !

Par Hakim Merabet