C’est la question qui a taraudé le docteur Mounsi Habib professeur à l’université Djillali Liabes de Sidi Bel Abbés, durant sa visite au SILA pour nous revenir dans un échange mutuel avec une profonde analyse, plutôt ambiguë que sournoise, aux limites de la frustration. Comment préserver le livre, sa valeur réelle d’un ouvrage identique des ‘’agressions’’ sournoises multiples ?

Le salon du livre, lui vaut bien ce nom. Des tonnes de livres, mais le choix se perd dans ce tas au point de désespérer. Les titres de livres et leurs tailles interpellent tout visiteur du salon du livre international. Le visiteur, indécis, d’un air égaré, parcourt l’ouvrage en tournant curieusement ses feuilles avec ses mains, passant du titre à ses thèmes et revient à son introduction, puis s’immisce timidement dans une page pour lire un paragraphe dans l’espoir de saisir un repaire, où pendant ce temps, se forme dans son esprit une vision du livre.

Il imagine l’horizon de connaissance scientifique de l’œuvre dans son esprit. L’image de l’auteur se dessine peu à peu, ainsi que sa personnalité créative, mais peut-il identifier ou classifier l’écrivain dans le cercle des auteurs ou des écrivains? Une question qui se dresse à l’esprit, le temps que je feuilletais à mon tour des livres dont je connais l’origine, des thèses de soutenances scientifiques écrites pour l’obtention de diplôme universitaire, confie le Dr Mounsi.

Elles ont été réalisées sous la supervision d’un professeur ou plusieurs, présent en toute âme et conscience ou présents avec des noms seulement. Le sujet diacritique dans ce genre de livre m’oblige à mettre un trait d’union entre l’écrivain et l’auteur, parce que je me trouve devant des individus qui n’avaient qu’une seule préoccupation, de recueillir des dires, des idées et bûcher pour bien les ranger et classer dans l’ordre, et possible, argumenter un peu. Ce qui est certain, c’est que leur présence est peu significative, elle ne décline que cet effort qui apparaît manifestement à travers une valeur choisie dans les témoignages des sources et les ouï-dire qu’ils citent.

Et à travers l’exposé de la chose et son contraire dans un paragraphe, aussi de voir une lignée indéterminée de références et des sources pour comprendre des centaines de livres et des dizaines de thèses, comme pour leurrer que ce livre est une catégorie de cet ensemble incontesté de cerveaux et un nombre considérable de recherches. Sauf que tu sais en fin de compte que tu va trouver un livre volumineux à quoi l’on a extrait une seule expression pour lui permettre d’ajouter à son poids pesant une lignée de références et de sources, nous confie désespérément le docteur Mounsi.

Alors, où est donc l’écrivain ?… l’écrivain pour moi, ajoute-t-il, est celui qui a une idée pour la faire parvenir à d’autres. Il peut compter sur les ouï-dire et les idées des autres, mais devrait les considérer comme un support seulement pour construire et développer sa propre idée. Il n’est pas dans le besoin de cet ensemble de livres qui lui dissimulent l’horizon de sa vision et lui ferment les issues de la pensée. Par contre, la référence ou la source, pour dire à son lecteur que c’est lui le propriétaire de l’idée, c’est lui qui l’a développé, lui qui l’a discuté. Son livre ne devrait pas être un ‘’corps immense’’, “mou et lourd”, mais un “livre agile, d’un ton fin, léger à porter et d’un prix raisonnable”, il contient des paragraphes dans le contexte des connaissances pour produire un travail nouveau avec une finalité nouvelle qui pousse le lecteur à l’aventure et la découverte.

Djillali Toumi