Rachid Boujedra : L’humiliation en direct

IL N’Y A RIEN DE PIRE QUE LA HAINE DE L’INTELLECTUEL (William Butler Yeats)

Rachid Boujedra qui se vit en parrain des lettres algériennes depuis plusieurs décennies a souvent incarné celui par qui le scandale arrive. Jusqu’à présent, ni l’audace de ses thèmes, ni les excommunications de ses pairs, nombreuses et outrageantes, ni ses oukases ravalant l’œuvre théâtrale de Kateb à une production mineure; décrétant les livres de Ouettar de nuls;le succès de Khadra et de Daoud de bulles médiatiques portant au panthéon littéraire une sous-littérature indigeste, n’avaient réellement réussis à lui rallier un grand mouvement de sympathie.

Son caractère emporté et irascible et sa propension à faire le coup de poing dans des cénacles feutrés lui auront acquis une réputation sulfureuse.Un de ses rares amis et écrivain accompli me disait que l’arrivée de notre Rachid national quelque part chargeait l’air d’électricité ,car il avait toujours un compte en instance, à régler avec quelqu’un.

Aujourd’hui, les choses semblent changer.

Son humiliation programmée sous couvert de caméra cachée – un format qui promeut l’humiliation en direct de l’invité -, soulève quelques questions.
« Diantre! Qu’allait-il faire dans cette galère » ? aurait préempté un personnage de Molière.

Cet assassinat en direct, qui fait songer, toute proportion gardée à « La naissance de la tragédie au Crépuscule des Idoles’ de Nietchze, évoque plutôt une tragi-comédie à l’algérienne. Le plaisir spectophile et sadique du téléspectateur s’en est trouvé découplé de voir un intellectuel algérien taillé en pièces, humilié et frôlant l’apoplexie.

Ces chaînes qui font de la primauté des valeurs négatives, mutilantes, mortifères et dégradantes un cahier de charges, activent avec la jubilation crétine d’une Police de la Pensée.

Bien sur, le réflexe corporatiste, la levée de boucliers tardive et la mobilisation nées d’une mauvaise conscience d’avoir cédé aux délices du voyeurisme et joui de l’humiliation d’un intellectuel par procuration, ne feront pas oublier la quête vaniteuse de la victime qui accepte de cautionner de telles offres télévisuelles, en se rendant à toutes leurs invitations.

Plus que l’acolyte de Hitler, tout Algérien a une haine rentrée de l’intellectuel, cet empêcheur de penser en rond et aurait pu prononcer la célèbre formule: « Quand j’entends parler de culture je sors mon revolver. »

Accro à l’exposition médiatique, la victime a rompu avec l’idéal ascétique qui sied aux grands créateurs Schlesinger, Julien Gracq et René Char en feront une règle de vie en ne laissant que leur création parler pour eux pour ne pas voir leur œuvre polluée par le désir de notoriété.

Créateur, orfèvre en deux langues et jouteur prolixe Rachid était devenu avec l’âge l’homme du ressentiment qui se vantait d’incarner à lui seul toutes les facettes du nationalisme.

Par décence, j’ai refusé de visionner l’objet du délit, mais il m’a été rapporté que cela s’apparentait à l’expression la plus pure de la bestialité. Celle du totalitarisme qui s’immisce par tous les interstices dans la sphère intime et qui prône une idéologie obligatoire dans laquelle tout déviant à la norme sociale se retrouve suspect et ostracisé.

Je ne ferai aucun détour par William Reich pour mettre en relation l’émergence du fascisme avec la psychologie politique des masses sexuellement frustrées, surtout depuis que Daoud s’est enlisé dans ces sables mouvants, mais me conterai à l’instar de Guy Laval d’énoncer que « certaines circonstances culturelles et psychiques sont
potentiellement porteuses du totalitarisme. »

Fermer ou réguler ces chaînes ne serait que casser le thermomètre pour nier la fièvre qui ronge le corps social et provoquer des acmés d’état délirant.

Les mécanismes de la manipulation insidieuse et la banalisation de toutes les formes d’embrigadement qui jouent sur les aspirations et les failles du citoyen , ont laissé se développer le logos d’un groupe dominant et se voulant prescripteur. Ses prescriptions sous couvert d’orthodoxie religieuse,se veulent code sur la manière de vivre,de s’habiller, de vivre et donc de penser.

La bande de satrapes déguisés en animateurs ne fait que refléter l’osmose de cette société algérienne post-décennie noire avec sa résonance émotionnelle,’intellectuelle’ et instinctuelle organisés autours de diktats n’ayant comme finalité que la fin de l’Altérité.

À son corps défendant, Boujedra aura apporté la preuve d’un totalitarisme par mimétisme parodique, véhiculant les valeurs d’un groupe dominant convaincu d’incarner la ‘Vérité’

Dans cette lamentable affaire le couple vanité et bêtise confondante aura servi de révélateurs. Ces faux comiques mais vrais terroristes de la pensée par procuration se réclament à leur insu d’une triple filiation:
-le wahabisme rigoriste,
-la culture du discours dominant confondant ‘hidaya et contrainte’
– et l’hypocrisie généralisée de la société algérienne désertée par de vraies consciences.

Traiter le symptôme, c’est-à dire l’inanité de ce genres de programmes serait passer à côté de la grave crise existentielle et il serait tout aussi criminel de croire ou laisser croire que seuls les incultes ou ‘irresponsables’ succombent aux attraits de la pensée totalitaire.

Boujedra s’en remettra! La société qui encaisse traumatisme sur traumatisme, pas sur!

AL HANIF

03 juin 2017

le 03 juin 2017


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03 juin 2017

7 Commentaires pour “Rachid Boujedra : L’humiliation en direct”

  1. Memoria

    N’est pas intellectuel engagé qui veut ! Cursus et vécu sont là pour évaluer le rapport de l’écrivain à sa société.Et puis lorsque le scribe devient technocrate ,il perd de son recentrage en tanguant de Maurras à Jean Edern Hallier , se faisant trop d’ennemis et de contentieux ! Saha ftourkoum!

  2. Abdelhamid Abdeddaim

    En s’imprégnant de votre citation en introduction de votre contribution intitulée  » humiliation en direct », j’ai cru comprendre que vous étiez animé par un esprit de solidarité envers un intellectuel algérien humilié comme on ne peut pas l’être . Hélas , qu’elle fût ma surprise de constater , que c’est un procès en règle qui est fait à Rachid BOUDJEDRA , victime d’une cabale inacceptable , ce que du reste , vous mettiez en évidence, je le reconnais. Alors c’est quoi votre article? Est-ce le caractère intrépide de l’écrivain prolifique que vous aviez estimé , à l’occasion , faire ressortir , avec une insistance partisane qui en dit long sur votre jugement , ou comme il se doit pour tout républicain , de se porter au secours d’un citoyen menacé dans sa liberté ? Libre à vous d’avoir une opinion sur l’auteur, mais je pense que ce n’est ni le moment ni l’occasion de signifier que la victime méritait son sort, en quelque sorte , ce n’est qu’un retour de manivelle du à une surexposition médiatique . J’ai ressenti une gène en lisant votre article , je vous en fais part en toute humilité et sans plus et sans animosité . Aussi pour illustrer mon propos , je vous livre une citation de PLATON qui n’est qu’une portée dans le temps :

    Citation: » »L’individu qui naît de l’Un et du Multiple et qui, dès sa naissance, porte en soi tant le défini que l’indéfini – nous ne voulons point le laisser s’évanouir dans l’illimité avant d’avoir reçu toutes ses catégories de représentations qui font l’intermédiaire entre l’Un et le Multiple » » PLATON

    RESPECTUEUSEMENT :Abdelhamid ABDEDDAIM

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