Chronique du jeudi: LE JEU TROUBLE DE LA TURQUIE

J’ai été fort surpris en cette semaine, lorsqu’en postant un partage sur le mur de ma page Facebook, par la réaction d’un de mes très chers amis, qui était autant polie qu’opposée fondamentalement à l’avis que j’exprimais. Le statut en question était supposé mettre en relief le fils de Recep Tayyip Erdoğan, le tantôt Premier Ministre, Tantôt Président de ce qui reste de l’Empire Ottoman contemporain, entre deux membres influents de la nébuleuse Da’ech. La légende disait qu’il commerçait dans le pétrole volé par l’organisation criminelle au Peuple Syrien. Mon ami que je connais pourtant très à cheval sur des principes que nous partageons en commun, m’appelle à reconsidérer ma position, Recep Tayyip Erdoğan  étant selon sa conviction intime, l’un des meilleurs Présidents que la Terre ait connue. CQFD, la stratégie développée par le Parti de ce Président, bâtie sur une propagande toute azimut et orientée essentiellement vers les Pays Musulmans, commence à porter ses fruits. Il est loisible de croiser en effet, sur les réseaux sociaux, des partages et des statuts dithyrambiques concernant  Erdoğan.

Pourtant, la classe politique mondiale est convaincue que tous les conflits supposés bâtis sur des bases religieuses, ont des genèses socio-politiques et économiques. Que l’on parle de l’inquisition ou du phénomène cathare pour le christianisme, que l’on parle de l’errance des juifs, de la Shoah ou de la création de l’État d’Israël, pour le judaïsme;  ou enfin que l’on parle d’El Qaïda ou Da’ech pour la religion Musulmane, il y a toujours des dessous politiques et économiques.

La Turquie, frontalière avec la Syrie a toujours mal vécue la dure concurrence économique de son voisin. Il faut dire que sur le plan des textiles (prêt-porter des deux genres, et de toutes tailles, literie, couvertures, tapisserie, décoration) de l’agro-alimentaire notamment et pour ne citer que ces deux cas, la Syrie dominait grâce à un rapport qualité/prix favorable, superbement la Turquie. Ça, c’est le côté économique, auxquels il faut ajouter, le pompage du pétrole Syrien à bas prix. Sur le plan politique, la Turquie est toujours obnubilée par son aura disparue du temps de l’Empire Ottoman et  Erdoğan fait partie de ces idolâtres du Pouvoir et de la mégalomanie. La Turquie, voudrait rayonner sur le Moyen-Orient et prendre le pas sur l’Iran comptant sur l’Arabie Saoudite et le Qatar pour les financements et les basses besognes.
La destruction de la Syrie a été programmé dans la stratégie globale de la reconfiguration du Moyen-Orient de façon à pouvoir disposer des richesses aisément et de garantir définitivement la sécurité d’Israël. Dans le cadre de cette stratégie qui est dévoilée à ciel ouvert, il n’est un secret pour personne qu’à la Turquie, un rôle primordial a été dévolu. Il consiste à ouvrir un passage protégé pour les recrutements des Terroristes qui doivent rejoindre d’abord En-Nosra, ensuite Da’ech. Ces recrutements opérés dans tout le monde arabo-Musulman, mais également au niveau des banlieues des villes Européennes parmi les jeunes issus de l’immigration en quête d’identité et les convertis à un Islam qui enseigne une théologie bâtie essentiellement sur le martyre consacré par la primauté de l’au-delà avec ses Houris sur la vie terrestre  qui n’est qu’éphémère. Les financements de tous ces réseaux y compris les frais de déplacements, sont totalement pris en charge par l’Arabie Saoudite et le Qatar, sous couvert d’associations supposées caritatives et de sociétés écrans.

La Turquie qui ne cesse de se battre sur tous les plans pour intégrer l’espace Schengen qui lui reste fermé surtout de par la Religion de son peuple, ne met jamais en relief son statut de membre de l’OTAN. Ce statut, lui a permis entre autre de participer au côté de la France, à la guerre d’Algérie, après que son Dey l’eut offerte gracieusement au colonisateur en 1832.
En assurant son rôle dans cette stratégie globale, la Turquie ne se fait pas prier pour régler ses problèmes économiques et politiques internes. Ainsi, la répression des opposants et notamment les Kurdes du PKK n’a jamais été aussi forte sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Le commerce dans le pétrole vendu par Da’ech est fort juteux et la famille et les proches du Président ont toujours été au centre des scandales de corruption, circonscrit grâce à une limitation hors normes de la liberté de la presse et les atteintes répétées aux droits de l’Homme. La situation actuelle l’arrange sur tous les plans et lui évite l’intervention et des organisations de défense des droits de l’homme et des Pays occidentaux.

Violation de l’espace d’Erdogan !
L’incident de l’appareil russe abattu nous renseigne sur le rôle que veut s’assigner la Turquie et jusqu’où est prêt à aller Erdoğan pour préserver ses intérêts et son pouvoir. Ce dernier justifie l’acte par une violation flagrante de son espace aérien par la Russie, mais si vous prenez la peine d’aller sur une carte, vous verrez que cette bande de terre au nord de Lattaquié est très étroite. L’avion russe a fait tout au plus 3 à 5 kilomètres en Turquie. Il y est resté moins d’une minute. Plusieurs fois peut-être mais à chaque fois il a juste  mordu  pour effectuer des rotations d’est en ouest et bombarder le long de la frontière. S’il avait choisi de virer selon un axe nord sud, il serait entré de 10 kilomètres au moins en Turquie. Le choix du Soukhoï est donc déjà un moindre mal. Mais quand bien même, est-ce une agression ? Obama dit “les Turcs ont le droit de défendre leur espace aérien”. Mais se défendre de quoi? En aucun cas l’avion russe ne lançait une attaque sur les Turcs. Personne n’était menacé de ce côté-ci de la frontière. Non, Erdogan a bien voulu marquer son territoire. L’agacement d’Erdogan a une cause plus profonde : la crainte de voir sa stratégie s’effondrer à cause de Poutine. Parce que Poutine après sa décision d’intervenir militairement, commençait à affaiblir considérablement l’armée de Da’ech ce qui poussait la majorité des Pays occidentaux à vouloir rallier le point de vue de la Russie pour trouver une solution politique au conflit, surtout après les attentats de Paris. Cette nouvelle donne n’arrange guère les affaires d’ORDOGAN.
C’est pourquoi, en abattant un Sukhoi russe qui aurait violé l’espace aérien turc, Ankara a de fait, torpillé le projet de grande coalition internationale contre l’État islamique. Et en s’empressant d’exprimer son soutien à Ankara (membre de l’Otan) y compris contre les Kurdes du PKK, comme il le fait pour Israël qui réprime les Palestiniens, Barack Obama est dans son rôle: soutenir ses alliés et protégés même s’ils ont tort et quoi qu’il en coûte.
Le résultat est que Da’esh, qui voyait son heure arriver, peut dormir tranquille et vendre son pétrole qui transite par le territoire turc.
Les autres Pays qui en tirent les dividendes ?
Le Qatar a acheté du matériel militaire anti-aérien sophistiqué à l’Ukraine pour le compte de Da’esh. L’opération s’est déroulée fin septembre 2015, juste avant l’intervention militaire russe contre l’organisation terroriste. Elle a été approuvée par l’ambassade des États-Unis à Doha. Le matériel a été transféré via la Bulgarie et la Turquie. Officiellement, le Qatar, l’Ukraine, les États-Unis, la Bulgarie et la Turquie luttent contre Daesh.
L’Arabie saoudite vient de conclure des contrats avec la France pour un montant de plus de dix milliards d’euros, le prix à payer pour la destruction de Bachar El ASSAD, ce qui a permis l’orchestration des attentats de Paris, afin de mobiliser l’opinion Française, auparavant hostile à l’intervention française.
Que mon ami veuille bien m’excuser, mais Erdoğan est surement un excellent Président pour ses propres intérêts, mais vouloir lui donner l’envergure d’un Emir El Mou’minines ne serait  que de la piètre démagogie et de la propagande fasciste.
djillali@bel-abbes.info


le 26 novembre 2015


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26 novembre 2015

3 Commentaires pour “Chronique du jeudi: LE JEU TROUBLE DE LA TURQUIE”

  1. Université 22

    Salam

    Ordogan est DAESH en lui-même. Ordogan est descendant de l’empire le plus infecte qu’à connu l’histoire de l’humanité à savoir l’empire Othoman. Drôle, lorsque une bonne partie de nos “historiens” ( les arabisants naturellement) )qualifie les mercenaires des mers comme étant une flotte Algérienne.
    suivre la suite ICI

  2. Karim10

    Djilali@toujours ravi de lire ta chronique du jeudi.

    La Turquie et son jeu trouble et ambigu ! c’est surtout à son histoire et sa géographie qu’elle le doit .
    En effet,l’ambiguïté du terme « Moyen-Orient » et plus encore « Proche-Orient » est tout à son avantage.

    Ce jeu ambigu raisonne en quelque sorte comme une réponse à Samuel Huntington qui avait défini la Turquie comme un pays « déchiré » ! La diplomatie Turc n’a-elle pas définie sa stratégie par la politique de « zéro problèmes avec ces voisins » ???!!!
    Bon,c’est vrai en l’espace d’une décennie et plus…. La Turquie s’affirme comme un pays émergent.Mais, aujourd’hui ! L’heure est au « BILAN ».

    Au fait ! Le pilote du Sukhoi russe (que tout le monde semblent ignorer) est parait-il sain et sauf ! N’est ce pas là un msg pour les occidentaux ! Puisque la vie d’un soldat est plus importante qu’un tas de ferraille. A mon avis,ce pilote vient de programmer une répartie qui annonce la fin d’un jeu nommé « zéro problèmes».
    Il ne faut surtout pas réveiller l’ours polaire ! Il dort mais, il peut effectuer quelques sorties autour de sa tanière ! N’est ce pas la première regle d’un jeu antique .

    Les perspectives essentiellement économique du GRAND Moyen-Orient paraissent sombres et noires comme la couleur du pétrole même si Tayeb ERDOGAN préfère la couleur Turquoise c’est à dire entre le bleu clair de l’Otan et le vert clair d’un islam turquifié .

  3. Abdelkader 2015

    Tout se mêle dans ce proche orient, objet de moult convoitises non assoupies depuis la nuit des temps, ce n’est peut être pas seulement la Turquie à blâmer dans cet imbroglio, il y a ceux qui essayent de tirer les marrons du feu(les israéliens) et qui envoient aux calendes grecques la solution de la sempiternelle cause palestinienne. Un réarrangement du proche orient en perspective, et comme par hasard c’est à Vienne que cela s’entreprend ( Metternich, bis repetita), et toujours l’homme malade dans la toile de fond. Finalement les mauvais élèves comme dirait le valeureux Giap, ceux sont les gouvernants arabes. Tout éclate, la bonne gouvernance n’a pas été au rendez vous, tout l’édifice était érigé sur une structure rigide sans ressorts, la résonance a fait que tous les boulons ont cassé tous à la fois. La Syrie est divisée en microétats ( turkmene, kurdes, alaouite, sunnite, ect…), et quand le désordre s’installe dans la durée, il est fort à parier qu’on peut revenir à la situation anté. Les russes sont là pour contrer l’Otan, s’assurer l’accès aux mers chaudes, les français de part l’histoire veulent être présents, les allemands se manifestent moins, ils n’ont pas beaucoup d’intérêt, les américains omniprésents, de part leur vision hégémonique et gardent l’ambiguïté pour défausser toutes les velléités, la Turquie a joué double, pour casser le jeu des superpuissances, prendre une revanche sur la Russie,( il y avait un avion turque abattu sur la frontière turco-syrienne par la DCA syrienne, il y a de cela 3 ans). Ceux qui sont dans l’embarras sont les supporters ( vrais ou supposés) de DAESH ( Qatar et l’Arabie Saoudite). L’arabie saoudite confrontée au bourbier yéménite est à court de solutions dans le conflit syrien, elle pourra tout au plus participer et timidement à l’effort de reconstruction s’il y en aura un. Qatar est le plus vulnérable, il se confinera dans son rôle de tribune (eljazeera) tout au plus. Avec la Russie, la Turquie, les USA t la France je ne pense pas qu’on prédit un rôle aux qataris, mêmes les égyptiens sont hors jeu ou font semblant dès qu’il a été question de troupes au sol pour combattre je ne sais qui.

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