DU RIFIFI AU RIF

Se réjouir des malheurs du voisin serait inconvenant sauf si l’on traitait la contestation sociale dans le nord-est du Maroc comme un fait politique dont il convient de tirer quelques enseignements.

Première indication: la contestation populaire qui jette dans les rues de la province des milliers de manifestants depuis plus de sept mois n’est pratiquement pas relayée dans la presse hexagonale. Il ne faut surtout pas effaroucher les investisseurs étrangers,faire fuir la manne touristique et ternir l’image d’un roi, présenté comme jeune et à l’écoute de son peuple.Cet admirable plan com est en train de capoter avec la répression qui monte de plusieurs crans pour tuer le mouvement en emprisonnant ses leaders promus par la rue.

Deuxième indication: le mouvement de contestation Hirak démarre avec un événement dramatique, catalyseur et révélateur des impasses politiques et économiques ,et il n’est pas sans rappeler le sort funeste du malheureux tunisien immolé par le feu et dont le geste avait embrasé le monde arabe.

Le cadre du drame cette fois-ci est la ville de Hoceïma et la mort le 20 octobre 2016 du malheureux Mouhcine Fikri, broyé dans une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer du poisson confisqué par la police .

Le Maroc est présenté en Occident comme un modèle de stabilité et son souverain encensé pour avoir conduit depuis la vague de contestations du 20 février 2011, une révision constitutionnelle qui aurait confié des pouvoirs élargis au Premier Ministre islamiste Abdelilah Benkirane et à son parti le Parti de la justice et du développement (le PJD).

Le parti religieux s’était proposé comme amortisseur et « go-between » entre le Makhzen et les revendications populaires de mieux-être social, de droit à l’emploi, à l’éducation et à la santé. Un plan d’ingénierie sociale, conçu par le Makhzen pour canaliser les revendications et neutraliser la radicalité de certaines positions, a moyennement réussi et le pari sur l’opportunisme des mouvements islamistes comme garde-fou et tampon apparemment validé dans un premier temps.

Aujourd’hui, les limites de l’exercice sont connues et le modèle marocain reste construit, comme le note Aboubakr Jamaï : « sur la centralité de la monarchie qui prend directement en charge les questions sécuritaires et la religion, adoube,’promeut’ ses partis politiques. » Benkirane a été débarqué après avoir servi jusqu’à l’usure de la corde, au profit de son adjoint et compagnon de route Saadedine El Othmani, considéré par le Palais comme moins charismatique et plus malléable.

Depuis, les deux ex-frères en religion et en politique ne s’adressent plus la parole et la base du parti reste solidaire avec l’ex premier ministre qui avait si bien servi les intérêts combinés du Makhzen et de la bourgeoise compradore.

Les partis politiques religieux qui se voulaient socle de stabilité, ont largement failli et sont délégitimés car leurs représentants n’ont résisté ni à l’affairisme ni à la corruption endémique.Et l’attrait du pouvoir et de l’argent ont été les grands révélateurs de l’immoralité qui se cachait sous le masque de l’industrialisation du sacré.

Le rôle central de ces partis religieux marocains dans la captation du mouvement revendicatif populaire (une constante pour monnayer leurs services) et tuer dans l’œuf l’élan pour les demandes d’une Constitution populaire, les a réduits au seul rôle de porte-voix de l’électorat conservateur dont les intérêts économiques sont liés au Makhzen.

Le scandale sexuel qui a impliqué deux ténors de la mouvance islamique, tous deux vice-présidents du MUR (Mouvement unicité et réforme), Fatima Nejjar et Moulay Omar Benhammad, surpris en pleine culbute adultère dans une limousine allemande un soir de 20 aout 2016,a fait l’effet d’une bombe médiatique et a exposé l’hypocrisie des représentants religieux .

On ne mesurera jamais assez l’effet de ce fait divers sur le croyant marocain ordinaire, à la religiosité ancestrale et à la dévotion au Commandeur des croyants ancrée et allant de soi.

Pour compliquer et corser l’affaire, l’accorte Fatima Nejjar (62 ans) , femme politique islamiste, à la libido débordante présentait un programme religieux très suivi à la télévision, et était connue pour interdire le sourire chez les jeunes filles, « car c’était la porte d’entrée de la fornication. » Ses vidéos, sous forme de cours religieux, sont là pour la hanter à tout jamais!

Le Rif, région ostracisée par le roi Hassan II qui lui vouait une haine violente, est historiquement le foyer d’une contestation identitaire protéiforme. La contestation et le côté rebelle, basés sur l’amazighité, une suspicion à l’égard des représentants du Makhzen, le pouvoir central et la convocation de la figure historique de Abdelkrim et de
son combat anticolonialiste contre les espagnols, ainsi que le rappel de l’éphémère république du Rif (1921-1926),dessinent les contours d’une contestation ancrée historiquement et au caractère systémique.

Cette région est aussi le foyer de la culture du cannabis et les profits générés par cette activité ont longtemps masqué les difficultés sociales , le sous-équipement chronique et le manque d’infrastructures.

Le Makhzen , privé de ses amortisseurs religieux, les partis dits islamiques veut surtout éteindre l’incendie sociale et présenter la région du Rif comme travaillée par des forces séparatistes, appuyées par des mains étrangères. Suivez mon regard!

AL-HANIF

03 juillet 2017

le 03 juillet 2017


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03 juillet 2017

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