Journée d’étude sur le raï à Sidi Bel Abbès Ce phénomène aux origines lointaines et multiples

Le raï, phénomène culturel majeur, suscite inévitablement l’intérêt et la curiosité de nombreux chercheurs qui tentent de cerner ses origines et de comprendre son extension fulgurante aussi bien en Algérie qu’à l’international.

La journée d’étude sur la chanson raï, organisée lundi à la Cinémathèque de Sidi Bel Abbès, a été l’occasion de croiser les points de vue et avis sur un phénomène ouvertement réfractaire à l’immobilisme de la société,  et longtemps méprisé par les tenants obtus de la culture officielle. Pour Bouziane
Benachour, journaliste, le raï est avant tout «une forme d’expression qui réhabilite le corps et libère le verbe.»
Dans sa communication intitulée «Le raï, un art qui ne cesse d’être populaire», le conférencier considère que «le raï brise les illusions établies en optant par un lyrisme agressif, une musique syncopée qui va plutôt au corps qu’à l’esprit.» Né dans la société réelle profonde, et en parfaite conformité avec les pulsions de cette même société, le raï aborde des thèmes «puisés pour l’essentiel dans le vécu des gens de la marge, des gens auxquels la société bien pensante ne pense pas», dit-il. Fortement enraciné dans le patrimoine bédouin de l’arrière-pays et sa ruralité fertile, le raï «ne manque pas de vitalité».

De nombreuses recherches universitaires s’accordent à lui reconnaître «son extraordinaire adaptation au goût ambiant». Une vitalité  jamais démentie d’ailleurs et qui, au fil des années, a permis à la «masse» de sceller «une sorte d’unité linguistique liée à son siècle, à son âge», note-t-il.
L’expansion fulgurante du raï tient également au fait, ajoute-t-il, qu’«il n’est pas dans l’hésitation mais dans l’infiltration.»
Et d’expliquer : «Le raï n’a jamais été dans le rejet mais presque régulièrement dans la réconciliation dans ces airs régulièrement abreuvés de brassages musicaux provenant de plusieurs genres, de plusieurs contrées, de plusieurs pays, de plusieurs sensibilités.»
«Aux origines du raï : Oran, Sidi Bel Abbès ou Oujda ?», a été le thème pertinent et interrogatif développé par
Mohamed Kali, journaliste, écrivain et critique dramatique.

Aller écouter le raï

D’emblée, le conférencier, redoutant visiblement quelques réactions émanant de sensibilités «chatouilleuses», fait remarquer que «la question ne doit pas constituer un tabou ni être reléguée au rang d’une futile querelle de clocher». Voulant certainement se hisser au-dessus de la mêlée quant à la querelle de paternité de ce genre, il souligne à ce propos que s’«il y a un intérêt de ma part à soulever la question, c’est pour tenter de la mettre à plat». «La première des questions sur l’origine du raï renvoie au lexique», dit-il, précisant qu’à cet égard que «s’il est une évidence que le vocable qui désigne le genre est bien antérieur à la naissance de ce dernier, son usage dans le monde rural le préfigurait.» Etayant ses propos, l’intervenant estime qu’«à l’époque, on employait déjà l’expression ‘‘aller écouter le raï’’», le terme étant à traduire par «la voix de la raison».

Abordant la question relative aux sources du raï, Mohamed Kali se réfère au témoignage du regretté Saïm El Hadj, qui a été producteur, animateur et directeur artistique à la RTA au niveau d’Oran, parolier et membre fondateur du Festival du raï de 1985, qui lui a affirmé que «le berceau du raï était la région de Aïn Témouchent, et plus particulièrement la plaine de M’leta.» «Cette région, située au cœur de l’Oranie, lui avait-il expliqué, accueillait durant l’été, à l’occasion des travaux des champs, des milliers d’ouvriers saisonniers, les ‘‘chouala’’, venant de tous les coins d’Algérie, jusque des confins du Sahara comme du Maroc voisin.» Le conférencier se basera, dans la foulée, sur le résultat de la recherche pointue menée par le sociologue Lechlech Boumediène, qui «démontre, sources à l’appui, que le raï est né aux confluences d’Oran, Tlemcen, et Sidi Bel Abbès, dont le Témouchentois est précisément le carrefour», rappelant que «le raï, d’essence féminine à l’origine, est le chant des ouvrières agricoles qui, dès la fin des années 1920, constituaient la main-d’œuvre préférée des colons parce que plus taillables et corvéables à merci que les hommes.» Mohamed Kali souligne, dans ce contexte, que «le raï naquit dans ces conditions socio-historiques d’oppression et d’exploitation coloniales, celles de l’exil, du déracinement, de la misère affective et sexuelle, du métissage et des bivouacs lors des veillées autour de braseros qui, ici et là, illuminaient la campagne.»
S’appuyant sur le cheminement évolutif du raï depuis sa genèse, le conférencier soutient, sans ambages, que «si le Témouchentois lui avait, au départ, offert les espaces champêtres, Sidi Bel Abbès lui a fourni son public citadin, ce qui y a fait éclore une flopée de talents.» Il ajoute, plus loin, que Saïda a été un arrière-pays qui n’a pas été en reste, alors qu’Oran lui a accordé une autre dimension grâce à son industrie du disque. Faisant référence à un témoignage digne de foi, Kali dira que «Cheikha El Wachma, la mamie du raï, a réussi la transition entre le ‘‘baladi’’ et ce qui allait devenir le raï, lequel s’appellera par la suite raï-trab, par opposition au raï moderne.»
Après El Wachma, d’autres Témouchentois se sont illustrés dans la saga du raï. Celle, cette fois, du passage progressif du raï-trab vers le raï moderne. Il citera à ce propos Saïd Nayati, Benfissa,
Bouteiba Sguir, Yamani,
Slimane Mystère, Moulay, sans oublier le légendaire et non moins mythique trompettiste, Messaoud Bellemou.

Le raï subversif

A son sujet, Kali affirme qu’avec la chanson Ya hbabi ana bassit, Bellemou atteindra, dès l’année 1975, la consécration avant de conclure que «le succès a été tel que l’ensemble Bellemou entreprend une tournée nationale avec billetterie, ce qui n’était pas un mince exploit à une époque où les concerts étaient généralement payés par l’administration publique.»
Questionné sur le sens à donner à un genre qui ne cesse de surprendre, Kali considère que le raï a de tout temps été un genre «subversif et pas tout à fait engagé.» Car, ce qui est extraordinaire dans le raï, c’est qu’il a réussi à inventer ses propres réseaux, ses propres codes et ses propres chebs à une époque où la pensée unique s’efforçait d’étouffer toute expression libre. Géologue de formation,
Mokhtar Hannitet a axé son intervention sur les différentes influences culturelles et musicales, notamment occidentales, qui ont contribué à l’émergence du raï. Témoin privilégié de l’évolution du phénomène raï à Sidi Bel Abbès, Hannitet a mis en exergue l’influence exercée sur les chanteurs raï par le cinéma et la musique américaine comme le blues, le jazz et le rock n’roll. «Plusieurs chanteurs de raï se sont imprégnés, tant dans leur accoutrement que dans leur attitude, de figures célèbres de la culture occidentale, non sans l’adapter au mode de vie qu’est le raï», a-t-il affirmé.

Mammeri Abdelkrim

EL WATAN


le 08 juillet 2011


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08 juillet 2011

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