ACCORD MICHELIN –CÉVITAL : Les intérêts de l’État en-dessous de ceux des particuliers.

Par Abdeddaïm Abdelhamid.

Mais enfin, c’est à croire que l’on veuille nous faire prendre des vessies pour des lanternes en nous annonçant, avec force fracas et une fierté légèrement contenue, l’accord Cévital-Michelin. Les appréciations qu’on peut porter sur cette opération ne peuvent leurrer personne du moins ceux qui veillent à la sauvegarde de l’industrie algérienne. C’est une tromperie sur la marchandise que cette manière de relater l’accord qui ne fait que confirmer un démantèlement irrémédiable d’un pan entier du secteur de la sous-traitance.
Oui, c’est une excellente opération pour Michelin et elle est encore plus juteuse pour Cévital car plane le spectre de l’aubaine immobilière en prime, mais, pour l’Algérie, ce n’est pas moins qu’un couteau dans le dos pour les adeptes de l’École libérale qui, il n’y a pas si longtemps, étaient décrits comme les managers dont l’Afrique avait besoin, l’Algérie devenant trop exigüe pour eux.
Ils sont allés même vanter leur génie à Montréal dans l’antre de l’économie mondialisée pour lui faire part de l’originalité de son expansion que même l’Anglais David Ricardo (1772 – 1823) ou l’Écossais Adam Smith (1723 – 1790) auraient enviée en d’autres temps. Si Monsieur Hafsi, professeur émérite, est allé brader sa signature et sa dignité en allant soutenir l’opportunisme au lieu de conseiller le savoir-faire pour son pays en privilégiant un marché garanti, un quasi monopole dans une production manufacturière de transformation et de trituration délaissée par les magnats de l’industrie des matières grasses que sont, par ordre d’importance, la Chine, le Canada, l’Inde, l’Allemagne et la France. L’Algérie, quant à elle, ne produit même pas le quintal symbolique soit en colza soit en tournesol, principales plantes oléagineuses nécessaires à l’obtention de l’huile de consommation.
Ceci étant, Michelin ne vise que ses intérêts et l’accord conclu avec Cévital lui permet d’éviter un plan social très préjudiciable tant à ses intérêts financiers qu’à son prestige de leader mondial du pneumatique. Il se retire en catimini avec la bénédiction des autorités du Pays, donc sans plan social, sans dédommagement et on lui assure, en prime, un élargissement de ses ventes en Algérie en transformant l’usine de Bachdjarrah en centre commercial pour toute l’Algérie. Bien sûr que Michelin y a tout à gagner pendant que Cévital élargit son champ d’activités, comme toujours, dans le secteur commercial en sacrifiant une industrie implantée en 1959 dans le cadre du Plan de Constantine dans le prolongement des usines Renault et Berliet pour leur en assurer un semblant de sous-traitance.
Avec le départ de Michelin, qu’est-ce qui en reste à la veille de l’annonce de l’implantation d’une usine d’automobiles à Oued Tlélat qui devait être consolidée par la mise en place d’une stratégie de sous-traitance donnant du sens à cette filière. Or cette sous-traitance nous approvisionnerait avec certitude de l’extrême pointe occidentale de la Méditerranée en terre maghrébine.  Nous avons déjà étalé tout notre scepticisme et exprimé toute notre perplexité à travers ces mêmes colonnes : aujourd’hui, nous le sommes plus avec le démantèlement délibérément effréné d’un secteur pneumatique qui a une importance particulière dans cette industrie et particulièrement dans son taux d’intégration.
Que reste-t-il de la sous-traitance avec une économie d’échelle dérisoire qui, du reste, fait fuir Michelin arguant de l’étroitesse des séries pour se recentrer sur la maison-mère tout en élargissant son secteur commercial qui verra augmenter vertigineusement son chiffre d’affaires, sans peine et sans casse, Cévital étant là tel Zorro le sauveur. Et dans cette affaire, à laquelle nous ne collons pas une épithète pour le moment du moins, quel bénéfice l’Algérie en tirera ? C’est vrai qu’elle fait l’économie d’un plan social et alors ? Il y a le patrimoine de Michelin qui doit être négocié par l’État –et l’État seul- au lieu de le laisser à Cévital qui s’enrichit à bon compte en transformant et en ravalant un secteur productif en secteur commercial comme il a toujours su le faire en d’autres circonstances qu’il n’est guère besoin de détailler ici, tant il est un secret de Polichinelle.
Nous rappellerons quand même, et les Algériens avisés s’en souviennent que, du temps où Monsieur Belaïd Abdeslam était Premier Ministre, Monsieur Rebrab s’était engagé et a été encouragé pour la réalisation d’une tréfilerie à chaud. Ce projet, ayant mobilisé de gros moyens financiers en devises n’a jamais vu le jour et s’est terminé par une opération similaire, c’est-à-dire de commercialisation juteuse de ronds à béton qui a fait couler beaucoup d’encre et a même abouti au retrait du Premier Ministre de Zeroual. Le stratagème Michelin-Cévital semble obéir, croit-on savoir, à une démarche similaire que celle rapportée juste ci-avant.
Que Cévital sache que tous les Algériens ne sont pas dupes et ne sont guère fiers du développement de son « Empire » qui n’agit que dans un secteur monopolistique. Il n’apporte rien à l’Algérie, le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas, tout un chacun sachant qu’il n’a rien influencé par sa formation de petit comptable, ce qu’il a toujours été. Il est vrai que l’argent fait de ses possesseurs des « stratèges » et même des hommes intelligents et on oublie souvent de relater le comment de son développement. Cela importe peu si, à quelques occasions, il nous aurait contredit en s’engageant dans des investissements à risques mais très rémunérateurs pour le moment tels que les nouvelles technologies, toujours annoncés mais jamais réalisés comme pour se prémunir contre toute critique. Il nous a bien évoqué les panneaux solaires, l’industrie laitière avec les fermes d’élevage bovin et la mise en place de prairies ; évidemment les autorités ne cessent de le « contrecarrer » dans ses géniaux desseins. L’État algérien doit lui dérouler un tapis fait de zibeline, d’isatis ou de cachemire d’Oulan- Bator.
Le monde est ce qu’il est, nous devons faire avec, mais cela ne veut guère dire qu’on dépouille son pays au profit d’une démarche libérale qui ne nous mènera qu’à la ruine. Si l’Algérie a permis à certains de s’enrichir, qu’ils prennent le risque de s’engager dans des secteurs d’avenir en ayant pour objectifs d’opter pour ceux à forte valeur ajoutée au lieu de se laisser entraîner vers les secteurs juteux, sans intérêt pour le pays allant même jusqu’à accentuer les besoins artificiellement en profitant d’une manne qui ne représente pas un noble fruit du travail. Le pompage finira un jour par nous mener au chaos. Quels que soient les hommes ou les lobbies, le pays doit imposer une stratégie de développement mûrement réfléchie à laquelle doivent être impliquées toutes les énergies et compétences pour en faire un vade – mecum  imposable à tous les investisseurs. Ce qu’a fait Cévital n’est, hélas, qu’une participation au dépeçage de l’Algérie.
Il est à remarquer qu’en France, Michelin envisage de procéder, en Indre et Loire, à une fermeture, faisant valoir pour cela un redéploiement de ses activités. Seulement voilà : il le fait prudemment et avec respect des procédures légales alors qu’en Algérie, il fait passer le breuvage amer pour un miel des forêts. Ils veulent qu’on les applaudisse lui et son compatriote de complice.
« Faire monter les bêtes en chaire » disait Montaigne dans l’apologie de Raimond Sebond, c’est aller vers la dénaturation de l’homme.
S’il y a stratégie ça manque de vision, de l’audace il n’y en a point, du commerce oui, les intérêts de l’État sont bien en dessous des intérêts particuliers.


le 14 juin 2013


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14 juin 2013

3 Commentaires pour “ACCORD MICHELIN –CÉVITAL : Les intérêts de l’État en-dessous de ceux des particuliers.”

  1. Smiley

    “L’Etat”, parce qu’il faut bien continuer à utiliser ce vocable pour nommer une entité étatique aux contours flous continue de marquer sa cécité managériale en négligeant et en bradant ce qui reste du tissu industriel.
    Il préfère dilapider la rente en achetant la paix sociale et en pacifiant la rue qui saura se montrer insatiable.
    Le blanc Ansadj, me dit-on est rentré dans la gamme chromatique pour désigner la couleur de ces voitures achétées par des ‘entrepreneurs’ nouveau cru.
    La mentalité Soukiste, de petits boutiquiers est antinomique avec les grands projets industriels même défaillants de l’ère Boukharouba.
    Quid de l’énergie solaire, de l’éolienne, de la révolution numérique, des services à la personne et jen passe …
    Seule la voracité en ciment pour construire des horreurs est satisfaite pour le grand bonheur du groupe Lafarge.

    Votre article cependant ne met pas en relief la crise mondiale qui affecte le secteur du pneumatique et terrasse les géants tels que Michelin , Good-Year, Dunlop et Pirelli.

    La crise économique mondiale qui a suivi la crise financière a réduit le marché et provoqué des fermetures de sites partout, y compris dans des pays à forte représentation syndicale.

    Cévital a profité d’un effet d’aubaine car le PDG de Michelin en Algérie avait programmé la fermeture du site de Babdjerrah.
    Igor Zyemir avait, à raison, à mon avis listé tous les inconvénients du site:
    -Situé en zone urbaine.
    -Trop petit pour autoriser une production plus importante.
    -Souffrant de la concurence qui fait acheter des voitures autres que françaises alors que Michelin tirait profit de l’accord constructeur-équipier pneumatique qui lui assurait une position dominante..
    Le Bonhomme souriant Bibendum de notre jeunese est devenu un sénior déclinant.
    Plus sérieusement, dans la stratégie du groupe Michelin, il y a redéployement stratégique sur un creneau plus lucratif, celui des pneus à haute performante et technicité et celui porteur des pneus cloutés que la nouvelle législation va imposer en Europe.

    La position hégémonique du groupe CEVITAL, l’origine nébuleuse de ses fonds, l’identité de ses sponsors et sa proximité idéologique avec les libéraux prédateurs, style monsieur Pétrole pris la main dans le pot de miel, posent effectivement question.
    Merci pour votre article qui me fait dire que l’Algérie est un corps mourrant mais qui bouge encore.
    Adam Smith qui était écossais avait enseigné à l’université de Glasgow et un amphi continue de porter son nom et sa doctrine libérale.

  2. BOUBAKAR

    c’est bien ce que vous avez dit en dernier:”les interets de l’ètat sont bien en dessous des interets particuliers”! ca rèsume tout!

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