ASSIA DJEBAR: « POLEMIQUE DES LANGUES? »

Certains lecteurs ont « revendiqué » à juste titre leur droit à l’ensemble des débats qui ont prévalu lors de la rencontre littéraire organisée par BAI autour de l’œuvre d’Assia DJEBAR, le samedi 11 Mai à l’Hôtel Beni-Tala.

En attendant la mise en ligne de la compilation vidéo que les services techniques sont en train de réaliser, je me suis permis de revenir sur le sujet en essayant de mettre à la disposition du lecteur les points forts des débats:

Après la locution de bienvenue prononcée par notre ami Mohammed SENNI et la brillante contribution de M. Zeddour Brahim, déjà en ligne toutes les deux, la parole fut donnée à Madame Amel Chaouati, Présidente du Cercle des Amis d’Assia Djebar ». Madame Chaouati   aura passé plus d’une demi-heure à tenter d’expliquer sa passion pour l’auteure: « En lisant vaste est la prison, j’avais l’impression qu’il a été écrit pour moi«  Dans son allocution, il ressortait que cette passion est née du vécu même de l’oratrice, même si elle s’en défend. Mme Chaouati s’attardera longuement sur l’indisponibilité de l’œuvre de l’auteure en Algérie, et étale son étonnement de ne la découvrir que lorsqu’elle s’est « déplacée » à l’étranger pour poursuivre ses études de Psychologie. Ceci l’emmènera à avouer « J’étais fâchée avec l’Histoire, Assia Djebar  nous a réconcilié! » C’était suffisant pour déclencher le débat chez une assistance assoiffée de culture. Bien entendu, l’oratrice reviendra sur le livre collectif « Lire Assia Djebar! » et les motivations qui l’ont conduit à l’éditer. Elle précisera que le but recherché était de faire une œuvre loin des habitudes académiques et de l’apologie, mais un livre écrit simplement par des lecteurs des différents horizons qui partagent en commun la passion pour l’auteure. Ainsi donc, Madame Chaouati réussira de son aveu même et grâce au net, à réunir dix lecteurs des différents continents et de différentes spécialités qui contribueront chacun avec un article sur l’œuvre de l’auteure. Le travail de la Présidente, outre son article, consistait à synthétiser les travaux et surtout de trouver une maison d’édition. Le rôle joué par Madame Anne-Marie Carthé aura été prépondérant, puisque c’est sa maison éditrice qui prendra en charge le livre collectif.

Anne-Marie Carthé Plasticienne et « poétesse » à ses temps perdus, entamera son intervention par la lecture d’une de ses fresques sur Assia Djebar. Sa manière de nous expliquer les symboles de pages d’un livre ouvert mêlés à une plume avec l’œil d’une caméra représentaient en réalité toute l’œuvre de l’auteure. Le livre collectif est agrémenté par plusieurs de ses tableaux et poèmes dédiés non seulement à Assia Djebar, mais  – même si Anne-Marie s’en défend modestement – beaucoup plus à tout ce qui touche l’Algérie. On retrouvera « une ode destinée à la jeunesse Algérienne », une autre à Alger, à Tamzali et à Maissa Bey. La salle que la Direction de l’Hôtel Beni-Tala a bien voulu mettre à notre disposition, était pavé de sa collection, à l’occasion. L’assistance en attendant l’ouverture de la rencontre et la vente-dédicace, s’est délectée de ses poèmes et tableaux.

Après l’exposé d’Anne-Marie Carthé, le débat fut déclaré ouvert et la première intervention de M. Sahla (La voix de l’Oranie) aura provoqué ce qu’on pourrait appeler « un pavé dans la mare ». En effet, après avoir tenu un discours sur toute l’œuvre, il axera son intervention sur l’utilisation de la langue Française comme outil exclusivement, mettant -dans ligne développée précédemment par M. Zeddour Brahim – Assia Djebar loin de la Francophilie et de la Françafrique. Après avoir interpelé Amel Chaouati sur sa déclaration à propos de l’Histoire, arguant que le fait que l’auteure est également Historienne, lui a permis de transcender intelligemment l’Histoire officielle. M. Sahla, conclura par « Je me demande pourquoi Assia Djebar n’a pas été traduite en langue arabe? »

M. Mellak, Docteur de l’Université Djillali Liabès, n’attendra point pour demander la parole. « Juste  pour une mise au point! »  dit-il.  « Assia Djebar n’a pas été traduite parce qu’elle a toujours refusée de l’être! » Franchement votre serviteur -et il n’est pas le seul-  a été assommé par cette vérité lancée brutalement. Comment une auteure de l’envergure d’Assia Djebar refuserait d’être traduite dans sa langue maternelle, alors qu’elle l’est en japonais! Elle qui maîtrise la langue arabe parfaitement aurait même pu écrire directement en arabe.

Le clou sera enfoncé par madame Benmansour Universitaire de Tlemcen et non moins Présidente de la fondation Mohammed Dib, qui avouera: « Oui, Mohamed Dib a également refusé d’être traduit en arabe! »  L’argument aura été que le premier essai qui a été fait a complètement déçu l’auteur qui recherchait une traduction dans un arabe compris par les Algériens et non celui châtié et imperceptible. « Il aurait voulu que le livre soit traduit en arabe comme lui a utilisé le Français pour l’écrire »

Demandant la parole pour apporter la précision, Madame Amel Chaouati, finira par convaincre M. Sahla qui ne semblait pas l’avoir été par le Docteur Mellak, en confirmant qu’Assia Djebar a effectivement refusé d’être traduite en arabe, étalant les mêmes arguments que ceux développés par Madame Benmansour.

La brillante intervention de notre ami et lecteur, le Docteur Karim Ouldnebia, qui prit le relais aura été instructive sur la perception de l’Histoire. Arguant que l’on ne peut se fâcher avec l’Histoire étant donné qu’il y en a plusieurs. Fort de son expérience et de sa spécialité, il développera à l’image du cours magistral dans l’amphi, la véritable perception que l’on doit avoir de cette discipline. Il dira en substance: « Il y a plusieurs Histoires. L’histoire de fiction, l’Histoire officielle et tronquée… « 

D’autres interventions s’ensuivirent de la part notamment le docteur Mellak, Sahla, Zeddour Brahim avant que M. Delli Mohammed ne clôture les débats avec une sincérité déconcertante: « Je n’ai jamais lu d’auteurs femmes. Je suis féru de la littérature Algérienne d’expression francophone, mais je me suis limité jusqu’à aujourd’hui aux auteurs hommes tels Kateb Yacine, Mohammed Dib etc… Mais aujourd’hui j’ai décidé de commencer par Assia Djebar! »

Ce à quoi, Amel Chaouati répondit, toute comblée: « Si un intervenant décide aujourd’hui de lire Assia Djebar, c’est que mon objectif est atteint. »

En m’excusant sur les omissions inévitables qui pourraient exister, la synthèse étant faite de mémoire, je compte sur l’indulgence des intervenants, et garde en mémoire la forte image donnée par ces étudiants et étudiantes (Master et Doctorants) qui, tout au long des exposés et débats, ne cessaient de prendre assidument des notes.

 djillali@bel-abbes.info

 

 

 

 

 

 

14 mai 2013

le 14 mai 2013


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14 mai 2013

4 Commentaires pour “ASSIA DJEBAR: « POLEMIQUE DES LANGUES? »”

  1. badissie

    monsieur chot bonsoir vous-étes toujours en noir il y a quelque chose qui cloche ,FRIC ET CHOT LAHCEN nous manque ?

  2. Memoria

    Merci Monsieur Djillali C !

    Non seulement vous avez une bonne mémoire mais un esprit analytique boosté par un registre sémantique trop riche ….pour un simple journaliste !

    Cordialement !

  3. le cygne

    « J’étais fâchée avec l’Histoire, Assia Djebar nous a réconcilié! » Oh ! Quelle belle phrase… !!!!

    Et si Mme Chaouati , nous disait avec quelle histoire elle était fâchée et pourquoi…… ????

    Pourquoi étale -t- elle son étonnement de ne la découvrir que lorsqu’elle s’est « déplacée » à l’étranger ???? Mais tout le monde sait que l’écrivaine a choisi l’autre rive et même l’océan Atlantique pour y mener sa vie…… et s’est portée volontaire pour être l’ambassadrice de la langue et la culture Française…autrement dit, elle a fait son choix et elle l’assume…La preuve, ce n’est que maintenant qu’elle cherche à reconquérir ses origines….. alors… !!???? Pourtant d’autres écrivains Algériens francophones sont connus ici, sans avoir besoin d’aller là bas pour les découvrir… ! Remarque, ils n’ont pas tous été élus à l’académie du cardinale de Richelieu… !!!!

    « Je me demande pourquoi Assia Djebar n’a pas été traduite en langue arabe? » hé bien, Mr Shala, avant de parler avec un air accusateur, ……il fallait bien chercher pour ne pas dire fouiner avant de poser cette question,….. heureusement que Dr Mellak était là pour apporter la réponse… et Mme Chaouati aussi…si cela ne lui a pas suffit….!!!! Quelles sont les vraies raisons …..pour que l’écrivaine refuse d’être traduite en arabe….. ???? Pourtant elle maitrise bien l’arabe, elle aurait pu écrire au moins un livre en arabe…pour la route….?? !!!! Serait ce parce qu’elle était d’origine Amazigh comme nous tous d’ailleurs….. ???? Ou serait ce pour les mêmes raisons qui l’ont propulsées à l’académie du Cardinale de Richelieu……???? Allez-y savoir…. !!!! Ne dit-on pas quand on veut on peut…. !!!! En tout cas, ça explique en partie pourquoi on découvre Assia Djebar en France et non pas en Algérie….. !!!??

    « Il y a plusieurs Histoires. L’histoire de fiction, l’Histoire officielle et tronquée… »…Mr Karim10, puisqu’il y a plusieurs histoires, à quelle histoire se vouer… ??? Que doit faire un oiseau avec une petite cervelle comme moi, pour distinguer entre toutes ses Histoires……???? Qui se rapproche de la vérité historique…….comme elle s’est réellement passée…??? Personne ou tout le monde…….!!! A qui doit on faire confiance, si chacun écrit de l’histoire prêt à porter, autrement dit sur mesure, selon sa couleur, son parti, ses objectifs, ses intérêts, sa politique, sa géographie, selon qu’il soit le colonisateur ou le colonisé…. puisque vous avez parlez d’histoire officielle et tronquée….etc….. !!!! Y a-t-il des historiens ‘’neutres’’…. ??? Qui sont-ils et où sont-ils…. ???? Mais je crois que c’est très dangereux de mélanger l’histoire de la fiction à l’histoire de l’Histoire….!!! Ça serait la banaliser et la transformer en de simples ‘Hajayet’ Ken ya maken fi 9adimi Ezzamen’……. !!!

    De préférence gardez le statut des « sciences »… humaines… sans fiction!!! sinon je vais finir par croire comme Elisabeth Vonarburg que « L’histoire n’est pas une science. Elle dépend trop des témoignages humains »

    « Le satanique ennemi de la véritable histoire : la manie du jugement » ( Marc Bloch)

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