ASSIA DJEBAR SE “DISSOUT DERRIÈRE L’HORIZON”

Depuis 1957 où elle publie son premier roman, “La Soif”, à ce jour de Samedi 7 février, passant par sa première grève à l’appel de l’UGEMA, séchant ses devoirs de première Normalienne algérienne, «L’écouteuse du silence» disparait consacrant une de ses célèbres citations : «Des fois on se bat, des fois en crève en bas!» Lasse de se battre, elle préfère crever.
Je garde de celle que « La vie (lui) a appris des leçons que nulle maitre ne (lui) a apprise!» une image étrange. Je ne l’ai connue qu’à travers ses photos, pratiquement toutes mélodieuses, voire mélancoliques. Personne ne saura si cette attitude de méditation perpétuelle est due au fait de sa vie «entre deux rives» à ses origines bourgeoises qu’elle voulait absolument «cacher» dans ses œuvres sur les femmes rurales et de modestes origines, ou tout simplement une “photogénique innée“. Pourtant, j’ai toujours décelé une profonde tristesse dans ses regards expressifs, y compris le jour de son intronisation à l’Académie Française, où elle devait logiquement, être heureuse de se voir la première Maghrébine à pénétrer ce «Panthéon»
Cette « Cherchellie » d’origine et fière de l’être au point de demander à y retrouver sa dernière demeure, ne veut absolument pas être réduite à cette «Francisée» depuis son adolescence,  “esclave» d’une langue étrangère et «nourrie» à la culture coloniale, se permettant de commettre un livre d’Amour au moment où tous les intellectuels nationaux de l’époque consacraient leurs œuvres à la Résistance et à la guerre. Elle «écrit pour (se) frayer (son) chemin secret, et dans la langue des corsaires français qui, dans le récit du Captif, dépouillèrent Zoraidé de sa robe endiamantée, oui, c’est dans la langue dite “étrangère” qu(‘elle) devien(t) de plus en plus transfuge. Telle Zoraidé, la dépouillée. Ayant perdu comme elle (sa) richesse du départ,(……) celle de l’héritage maternel, et ayant gagné quoi, sinon la simple mobilité du corps dénudé, sinon la liberté.” Voila pourquoi, Assia Djebbar a souvent refusé d’être traduite en langue arabe, alors que ses œuvres le sont en plus d’une vingtaine de langues. A l’instar de Mohammed DIB, elle préfère ne pas être traduite du tout, que mal traduite.
Il faut être forcément débile de ne pas relever toute l’amertume qui embrasse le fond de l’âme d’Assia Djebbar. Son origine et sa réussite sociales, loin de l’éloigner dans un luxe pourtant bien présent, la rapprochent, voire la culpabilisent, face aux conditions des femmes Algériennes tant celles de l’ère de la colonisation que celles contemporaines de l’Algérie indépendante. Voulait-elle exorciser tout cela à travers une introspection lorsqu’elle déclare? : “Certes derrière la “soie” de ce silence se tapit le soi, ou le moi, qui s’écrivant peu à peu s’arrime, en se coulant dans le sillon de l’écriture, aux replis de la mémoire et à son premier ébranlement-un “soi-moi”, plus anonyme, car déjà à demi effacé....” Et là, c’est effectivement «La peur d’avoir peur !»
Fugitive, elle l’est, fugitive elle le restera. Oui. Car à l’image de toutes ces femmes qu’elle décrie : «Du moins jusqu’à cet instant précis où je relate ces allées et venues de femmes fuyantes du passé lointain ou récent… A l’instant où je prends conscience de ma condition permanente de fugitive – j’ajouterai même : d’enracinée dans la fuite- justement parce que j’écris et pour que j’écrive.»
«Fugitive donc, et ne le sachant pas. Car, de trop le savoir, je me tairais et l’encre de mon écriture, trop vite, sécherait.»
Assia Djebbar n’oublie pas   de consacrer, entre deux œuvres contre la misogynie, des écrits sur la situation de son Pays et en particulier, la décennie noire : «Moins de quarante ans après, on tue des journalistes, des médecins, des instituteurs, des femmes professeurs ou infirmières, on tue des « diplômés » quand ils ne sont pas au pouvoir, qu’ils ne veulent pas se protéger ou n’y songent pas, quand ils vivent dans les quartiers populaires, quand… […] Viser celui qui parle, qui dit « je », qui émet un avis, qui croit défendre la démocratie. Abattre celui qui se situe sur le passage : de la pluralité de langues, de styles de vie, celui qui se tient en marge, celui qui marche, insoucieux de lui-même ou inventant chaque jour sa personnelle vérité.» Toujours Rebelle et réfractaire à l’atteinte de la liberté d’expression.
Le Cercle des Amis d’Assia Djebbar qui nous a montré l’autre facette de cet Écrivain nominé plusieurs fois au Nobel de la Littérature sans le « gagner » -probablement parce que tout simplement, c’était une Algérienne, risque de devenir orphelin. Pourtant, cette association aura beaucoup fait pour faire connaitre la vraie Assia Djebbar aux lecteurs Algériens. Ce qui fera dire à un parmi eux lors d’une rencontre : «Je n’ai jamais lu un livre d’un auteur féminin algérien, mais aujourd’hui, j’ai décidé de lire les œuvres d’Assia Djebbar.» Ce à quoi, la Présidente Amel Chaouati, réplique: “notre objectif est donc atteint
Quant à Assia Djebbar, elle-même, sa mort est presque un vœu exaucé :
«En fait, ne m’a jamais quittée le désir de m’envoler, de me dissoudre dans l’azur ou bien au fond du gouffre béant sous mes pieds, je ne sais plus trop; Une houle demeure en moi, obsédante, faisant corps avec moi tout au long du voyage; une houle ou bien une peur, plutôt une réminiscence qui m’a insidieusement amenée à garder comme un regard intérieur, distant, mais ouvert sur quoi… ? …Comme si “vivre”, je veux dire “vivre pour de bon”, “vivre vraiment”, se jouait par une autre, votre double mais ailleurs, là-bas, derrière l’horizon!”

Derrière l’Horizon, repose en paix.
djillali@bel-abbes.info


le 08 février 2015


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08 février 2015

2 Commentaires pour “ASSIA DJEBAR SE “DISSOUT DERRIÈRE L’HORIZON””

  1. alger-newyork

    Je lui rend hommage pour une chose et une seule chose que actuelement on la trouve chez personne, homme comme femme, celle de compter sur son bras pour reussir et s’imposer devant un parterre d’une academie composé en majorité de serviteur des couloirs qui n’ont rien avoir avec la vraie litterature française..elle a refuser de teinter ses cheuveux en jaune et ses yeux en blanc pour servire comme une mulatre un groupe de politiciens en manque de crédibilité et dépourvue d’un nom de famille. Une vrai algerienne de o’epoque glorieuse de nos parents d’avant l’indépendance crever et ni elenver sa djelaba ni oter son haic ni donner la chitta a un ra3i…Nos grandes reconnaissance a cette femme a ses enfants et a sa famille et a nos méres qui lui ressemble et qui sont par millions. Qu’on inscrit cette phrase sur l’introduction dans tous ses romans ”celle qui n’a pas baiser les mains de l’administrocracie pour s’imposer

  2. Boualem

    Grande voix de l’émancipation des femmes musulmanes et du dialogue des cultures, l’écrivaine algérienne Assia Djebar, membre de l’Académie française, est décédée vendredi à Paris à l’âge de 78 ans. La romancière, décédée dans un hôpital parisien, sera enterrée, selon ses voeux, dans son village natal de Cherchell, à l’ouest d’Alger, la semaine prochaine, selon la radio publique algérienne.

    François Hollande a rendu hommage, dans un communiqué, “à cette femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son oeuvre, entre l’Algérie et la France, entre le berbère, l’arabe et le français”.
    Décès de la romancière Assia Djebar
    Le Point – Publié le 07/02/2015 à 13:23 – Modifié le 07/02/2015 à 15:47
    L’écrivaine algérienne, membre de l’Académie française, est décédée à 78 ans, trois ans après avoir été pressentie pour le Nobel de littérature.

    L’Algérienne Assia Djebar, première personnalité maghrébine élue à l’Académie française, dont l’oeuvre romanesque défend les droits des femmes dans le monde musulman.
    L’Algérienne Assia Djebar, première personnalité maghrébine élue à l’Académie française, dont l’oeuvre romanesque défend les droits des femmes dans le monde musulman. © Frédéric Stevens / AFP

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    Grande voix de l’émancipation des femmes musulmanes et du dialogue des cultures, l’écrivaine algérienne Assia Djebar, membre de l’Académie française, est décédée vendredi à Paris à l’âge de 78 ans. La romancière, décédée dans un hôpital parisien, sera enterrée, selon ses voeux, dans son village natal de Cherchell, à l’ouest d’Alger, la semaine prochaine, selon la radio publique algérienne.

    François Hollande a rendu hommage, dans un communiqué, “à cette femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son oeuvre, entre l’Algérie et la France, entre le berbère, l’arabe et le français”.

    Figure majeure de la littérature maghrébine d’expression française, Assia Djebar a publié une vingtaine de romans, témoignages, recueils de poèmes, traduits dans une vingtaine de langues. Elle était aussi cinéaste. Lauréate en 2000 du prix allemand de la Paix, élue à la prestigieuse Académie française en juin 2005, elle fut citée à plusieurs reprises pour le prix Nobel de littérature.

    De son vrai nom Fatma-Zohra Imalayène, cette fille d’instituteur, née le 30 juin 1936 à Cherchell, à 150 km à l’ouest d’Alger, publie son premier roman, La Soif, alors qualifié de “saganien”, à l’âge de 19 ans. “C’était un air de flûte qui continue à être entendu et à être juste”, dira-t-elle des années plus tard. Son nom de plume, Assia, signifie “la consolation”, et Djebar, “l’intransigeance”.

    Première femme musulmane admise à l’École normale supérieure de Paris en 1955, elle défend dans son oeuvre pendant plus d’un demi-siècle le droit des femmes, prônant l’émancipation des musulmanes. Élégante silhouette et visage grave illuminé par son sourire, elle prend dans sa jeunesse le parti de l’indépendance de l’Algérie, alors sous domination française, mais décide d’écrire en français. Elle enchaîne les romans jusqu’au milieu des années 1960, Les Impatients (1958), Les Enfants du nouveau monde (1962)…

    De retour dans son pays, elle enseigne plusieurs années l’histoire à l’université d’Alger. Héritière de deux cultures, maghrébine et occidentale, elle s’oppose à l’arabisation forcée de son pays et revient à l’écriture dans les années 1980. Elle publie alors ses romans les plus connus, L’Amour, la Fantasia (1985) ou Ombre sultane (1987), qui plaident pour la démocratie, les droits des femmes et le dialogue des cultures. Son oeuvre évoque ensuite le sort des femmes et des intellectuels confrontés à l’intolérance et à la violence des années 1990 en Algérie.

    “Le français, tempo de ma respiration”

    Elle choisit de retourner vivre à Paris, en 1980. Sa vie est consacrée presque exclusivement à son travail d’écriture : romans, essais, théâtre, travail critique. De 1983 à 1989, elle est aussi choisie par Pierre Bérégovoy, alors ministre des Affaires sociales, comme représentante de l’émigration algérienne pour siéger au conseil d’administration du Fonds d’action sociale.

    En 1999, elle est élue à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, au siège de Julien Green. Six ans plus tard, elle devient la première personnalité du Maghreb élue à l’Académie française, et l’une des rares femmes, évoquant alors l'”immense plaie” laissée par le colonialisme sur sa terre natale et son attachement fusionnel à la langue de Molière. Le français, “lieu de creusement de mon travail, tempo de ma respiration au jour le jour”, dit-elle lors de sa réception sous la Coupole.

    Dans son dernier livre, Nulle part dans la maison de mon père (Fayard), en 2007, récit autobiographique et pèlerinage de la mémoire, Assia Djebar ressuscite une trajectoire individuelle qui se confond avec celle de son peuple. Pendant des années, Assia Djebar est rentrée régulièrement en Algérie. Elle n’y est retournée qu’une fois durant la décennie noire, pour l’enterrement de son père. En juin 2005, le gouvernement algérien avait salué son élection à l’Académie française comme “une fierté nationale”.

    Son oeuvre littéraire est traduite en 23 langues. Une vingtaine d’ouvrages en français, en anglais, en allemand et en italien portent sur l’étude de son oeuvre.

    L’écrivaine, qui enseigna aussi plusieurs années la littérature française à la Louisiana State University de Bâton-Rouge puis à partir de 2001 à la New York University, était également cinéaste. Elle avait notamment réalisé La Nouba des femmes du mont Chenoua (prix de la critique internationale à Venise en 1979) sur la tribu de sa mère

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