Le Lundis de l’Histoire: Mostefa Ben Brahim, une mémoire omise, une Histoire tronquée.

La mémoire communie avec le passé et se construit toujours en fonction des enjeux du présent. L’Histoire  quant à elle, est dans une autre démarche.  Son ambition est une « procédure écrite » et surtout un discours critique mais relatif. Nos lundis de l’Histoire (et non de l’Historien) sont là justement pour dire que l’Histoire est ceci ! L’Histoire est cela ! L’Histoire mène à tout ! A condition d’en sortir. C’est le cas de le dire pour notre Mostapha Benbrahim. De toute façon l’Historien n’a pas le monopole pour écrire l’Histoire.

I – La Mémoire collective ne l’a pas oublié.

Mostapha BENBRAHIM est sans aucun doute l’un des poètes populaires les plus connus en Algérie avec bien entendu les : Sidi-Lakhdar Benkhlouf, Tahar Benhaoua, Benguitoun, Belkheir, Said-Madassi, Si-M’hand, Bentriki, Bensahla, Ramghouni, Ben-M’sayeb….et bien d’autres moins connus.
Il semble évident que Ben Brahim a constitué un sommet, et que le XIXème siècle a été l’âge d’or par excellence du Melhoun, ayant atteint un niveau que l’on pourra parfois égaler mais jamais dépasser. Donc, Il ne s’agit pas de « découvrir » ce personnage mythique. Les poèmes de Mostapha Benbrahim, souvent parachevés en chants, sont en quelques sortes une « confidence » faite à la vie dans la plaine de la Mekerra. Son œuvre a résisté au temps des années de braises et à l’érosion des structures de la société Algérienne. D’ailleurs, son audience s’est élargie dans toute l’Oranie et ainsi dans toute l’Algérie et même plus. La mémoire collective Bel-Abésienne ne l’a pas oublié. Un arrondissement de la wilaya de SBA porte son nom. Son Mausolée réhabilité. Des visites officielles en bémol qui toutefois laissent à désirer. Pour dire que ce n’est vraiment pas assez.
Si la MEMOIRE n’est pas l’HISTOIRE. Pourquoi « Sidi-Bel-Abbès » ne lui consacre pas un festival annuel ? (Puisque Mascara a choisi El-Khaldi et …).Pourquoi une maison de culture de la wilaya ne porte pas son nom ? Pourquoi les artistes n’ont – ils pas « imaginé» son portrait pour nous aider à le forger dans notre mémoire collective. Et puis mille pourquoi encore !!! Pourtant ! Son œuvre concerne autant l’Administration locale, les poètes, les artistes, anthropologues, ethnologues, Sociologues….que les Historiens.

II – Un « CAÏD » des bureaux arabes.

On sait qu’il est né en 1800 à Boudjebha (prés de Sfisef), dans la région de Sidi-Bel-Abbès et enterré dans le cimetière du M’Cid. Toutefois, la question n’est pas tranchée comme le pensent certains. Sinon comment expliquer cette cascade de remise en cause concernant l’épisode de son enfance à El-Guaậda ? Ses vis-à-vis avec cette même ‘ bosse culturelle’ de l’Oranie notamment les M’hadjas des 40 Chachiyas ? Et ses face à face avec les Béni-Ameur notamment les Ouled Slimane et les Ouled Balegh ? M.Benbrahim dit bien « J’appartiens à la race des preux, les béni-Ameurs sont mes ancêtres – Mon pays est Sfisef,ma tribu Beni-Tala et c’est à Bel-Abbes qu’il m’était agréable de remplir mes fonctions d’autorité- ». Peut-on interpréter son ivresse en termes de débauche ? Encore sa fonction « ambigüe » de Caïd se confond avec celle de Cadi. Alors ! Pourquoi ? Quels étaient les circonstances exactes de sa mort ? 1867 est une date repère dans la région et dans toute l’Algérie. C’était l’année de la grande famine et l’épidémie du choléra en plus du grand Hiver-froid. C’était vraiment une année terrible ! Et bizarrement pour les seuls «indigènes » ! Les textes nous révèlent qu’à cette date, Mostapha Benbrahim était là ! Présent à Djeneiène El-Meskine (près de Mekedra). Était –il en état de service (Pour les pauvres)! Rappelons-nous. Sa fonction de CAID dans la subdivision d’Oran et Sidi-Bel-Abbès lui ont imposé le devoir d’être présent auprès de ces administrés « affamés » ! Eh puis la fonction de « Caïd » au temps des bureaux arabes se distingue de manière claire avec la fonction de Caïd de l’administration civile ! Qui deviendra plus tard un « adjoint-indigène. C’est à dire un fonctionnaire communale. Un Caïd est un Caïd me direz-vous. Enfin bref ! CHEIKH MOKRANI était un Bacha-Agha (chef des caïds). Une « explication » n’est donc pas nécessaire.

III – L’Histoire « nationale » hésite encore.

Son Histoire ou plutôt sa biographie au sens propre du terme, est tronquée. Certes, sa chronologie romancée existe bel et bien mais ce n’est pas suffisant. Pourtant ! La direction de la culture de la wilaya de Sidi-Bel-Abbès avec le département d’Histoire (Université Djilali Liabes) ont organisé en 2005 des journées spéciales pour ce personnage extraordinaire. Notamment un bref séminaire de quelques heures et des festivités folkloriques pendant trois jours. Finalement, ce personnage est resté enfermer sous l’angle aigu de la « Littérature ». Il faudra ajouter que se sont les pratiques orales traditionnelles qui ont de tout temps protégé le patrimoine local et national.
Abdelkader AZZA  lui, a travaillé sur son œuvre littéraire qualitative et quantitative Diwane Mostafa BenBrahim «Barde de l’Oranie et chantre des Beni-Ameurs». Il a sauvé le manuscrit. Il lui a donné une dimension NATIONALE. L’éminent Professeur Abd-el-Hamid HADJIYAT de l’Université Tlemcen qui est un Historien très appliqué, a quant à lui comblé le vide en traduisant admirablement la thèse de AZZA AEK (français à l’Arabe-) ;Il a donc , permit la « rediffusion » du répertoire de grand poète à un large public. On sait que ce dernier est malade. Je profite ici, pour lui adresser mes salutations respectueuses tout en lui souhaitant un prompt rétablissement.
Donc,  à ma connaissance, des thèses lui ont été consacrées en Littératures (Arabe,Française,Anglaise…),en Anthropologie…Mais pas en Histoire. Pourtant, c’est un personnage du terroir qui mérite bien plus. Lui qui a poétisé sur le pays natal des poèmes qui comptent parmi les plus beaux et surtout les plus nostalgiques : « Quelle patience il me faut, et mon Cœur sur la braise! ». Lui qui a pérennisé le massacre des Béni-Ameur dans l’exil par 15000 hommes du sultan Abdrahman . Il décrit : « Tout le Maroc se mit en branle et s’avança…La mêlée dura deux jours…Chaque cavalier avait juré de charger de front cent ennemis…Mais, ils étaient épuisés par la tuerie et le massacre….Alors, ils attaquèrent tous ensemble ces marocains … et furent décimés. ». La tribu fut taillée en pièces, nous confirme encore le gentleman colonel (Henry Churchill, p 64).
Les documents d’archives de l’administration coloniale justement, mentionnent plusieurs appellations de Mostapha Benbrahim dans la même période. Pour dénoter la difficulté de la tache. Une recherche sans la méthode historique ne peut à elle seul résoudre les problématiques déjà posées. Mostapha BENBRAHIM est-il un héros de la résistance populaire ? Pourquoi, alors avait-il accepté de pourchasser le lieutenant de l’Emir AEK, le Mascaréen des H’chem : Mohammed BEN-ABBOU en 1848, connu par son nom de guerre « Abou-Cif »? Il le captura et le livra à l’armée d’Afrique comme un vulgaire bandit. En plus de sa participation à l’expédition du sud Oranais pour le compte de la même armée coloniale une quinzaine d’années après. Cet acte le remet une deuxième fois dans le box des colonialistes. Voilà pourquoi, certains historiens poussent le bouchon un peu loin en le traitant de « traitre ». Personnellement, je pense que le débat est mal posé. D’autres historiens avancent ça et là qu’il a rejoint les rangs de l’Émir Abdelkader comme résistant à l’appel du djihad suite à la fatwa des Al- Mahajas. Sans preuve concrète . On le voit bien, le débat « historique » ne fait que commencer.
Le professeur AZZA, nous a signalé dans son livre que Mostapha BENBRAHIM a exercé la fonction de Cadi preuve à l’appui (document)! Puisque il a trouvé le document qui atteste cette « vérité » dans les archives de la commune mixte de la Mekerra. Pourtant, les communes mixtes n’ont vu le jour qu’après la mort de Mostapha Benbrahim. Bien évidemment ! Azza AEK, c’est donc trompé.

Conclusion :

Mostapha BENBRAHIM était un Poète exceptionnel. Il était le héros des Béni-Ameurs. Il réussit a créer une véritable légende autour de son existence. Puisqu’il était un Erudit-Taleb, mais pas un ȂLEM. Il est évident qu’il n’était pas un anticolonialiste.
L’esprit TRIBAL gouvernait toutes les structures de la société. Le primat du principe tribal déterminait l’amour et la haine, la guerre et la paix. Aucune valeur ne pouvait le déloger ou le détrôner.
Souvent, l’Histoire est ce que font les Historiens. Ils voulaient sans doute comparer la personnalité de Mostapha BENBRAHIM avec la renommée du poète populaire Lakhdar BENKHLOUF qui a combattu les Espagnoles au 17° siècle. A un degré moindre, le poète Si-Mohand à la fin 19° siècle qui a vécut un triste événement (La pendaison de son père et la déportation de son oncle en nouvelle Calédonie). Mais, comparaison n’est pas raison. Sinon, Mostapha BENBRAHIM aura eu sa propre Zaouïa. Notre poète était un homme de pouvoir. Il ne pouvait donc, éprouver le même sentiment que les deux autres poètes populaires résistants.
Il était aussi un témoin oculaire fixant le temps. Le Poète a toujours raison disent les poètes ! Dans le sens qu’il constitue la référence non négligeable de la vie d’un peuple. Il s’agit ici de la vie d’une tribu. Donc, la solidarité de base à cette époque était la tribu et bien entendu la confrérie religieuse et non l’état-nation. Ils ne reconnaissaient aucune autre allégeance qu’à celle qu’ils attribuaient au sang.
D’un autre coté, on ne peut soulever, la notion de souveraineté de l’état de l’Emir après 1847. D’ailleurs, les Ouled Slimane ont fait leur soumission bien avant vers 1842. Donc, Mostapha BENBRAHIM n’est pas un traitre.

AL-MECHERFI.


le 15 septembre 2014


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15 septembre 2014

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