RENE JUSTRABO : « LE COLONIALISME ETAIT UN APARTHEID ALGERIEN »

Soucieux de transmettre les informations à ses lecteurs, de leur rappeler les personnages qui ont marqué la ville, BAI a porté son dévolu sur René JUSTRABO, ancien Maire de Sidi-Bel-Abbès.

Après de nombreuses recherches, BAI a pu localiser M. JUSTRABO et obtenir ses coordonnées. L’idée était d’organiser un entretien exclusif avec le plus jeune Maire qu’a connu la ville.

Malheureusement, déjà au téléphone, nous avons repéré un Personnage handicapé par l’âge (94ans) et par son état de santé, notamment au niveau de l’ouïe.

Étant également demeuré « conservateur » il ne dispose d’aucune adresse mail et n’utilise pas l’internet. Quand nous lui avons parlé (au téléphone) de notre projet, il nous a aimablement demandé de lui écrire et qu’il nous répondrait. Ce que nous fîmes ; malheureusement, M. JUSTRABO déclina gentiment l’offre et se désola de ne pouvoir répondre totalement à notre sollicitation et répondre à un questionnaire détaillé, pour des raisons personnelles propre à lui, mais certainement parce que cela aura remué en lui beaucoup de souvenirs qu’il n’arrive pas jusqu’à aujourd’hui à occulter.

Une seconde tentative fut entreprise par l’intermédiaire d’une de nos lectrices, Claude, que nous remercions vivement ici, qui dévouée, s’est portée volontaire de prendre contact avec M. JUSTRABO munie de notre proposition d’interview, s’est démenée comme un diable et malgré ses incessantes prières et sa totale disponibilité pour l’équipe de BAI, n’arriva pas à convaincre M. Le Maire.

Malgré cela, M. JUSTRABO aura été extrêmement attentif et chaleureux.

René JUSTRABO est né le 15 Juin 1917 à Mascara.

Pour saisir la personnalité de René Justrabo, il suffit de l’écouter. L’homme politique qu’il a été est indissociable de Sidi-Bel-Abbès .

On pourrait dire de lui que c’est un citoyen ordinaire, avec des convictions politiques assumées. Sauf que cet homme-là est un peu plus que ça. À 94 ans, René Justrabo fait partie de ces communistes qui ont un passé. Pas celui dont on doute immédiatement, mais un passé de citoyen engagé au service des autres

René Justrabo, avant qu’il ne s’installe à Dijon et ne s’implique dans le monde associatif et syndical, a vécu en Algérie. (il a également fait partie d’un collectif demandant la libération d’un jeune Palestinien)

Sa première vie, c’est à Sidi-bel-Abbès qu’il l’a doit. Cette ville dont il devint le maire de 1948 à 1953, soit à l’âge de 31 ans. Probablement le plus jeune Maire qu’a connu la Ville. Également délégué à l’Assemblée algérienne. «  Quand j’ai été élu, je me suis dit que je ne pouvais pas être maire d’une ville de 75 000 habitants de six heures à six heures et demi… » Aussi, pour cet enseignant de profession, assumer des mandats passera par l’engagement, coûte que coûte, y compris au sein du Parti communiste algérien : « ça a posé des problèmes de cohabitation considérables et notre vie municipale a été dominée par le fait qu’on était communistes et par le fait qu’on était dans la ville de la Légion  ! » Né d’un père épicier venu du Sud-Ouest de la France et d’une mère d’origine bavaroise, issu d’un « milieu petit-bourgeois, à mille lieux du communisme », le jeune René Justrabo se forge sa propre conscience politique très vite. Notamment à l’École Normale, où il saisit les réalités d’un pays colonisé, avec ce qu’il appelle «  l’apartheid algérien ». Autrement dit, la lutte contre le colonialisme va devenir l’un de ses combats

Seul communiste élu à l’Assemblée algérienne, sur cent vingt membres, René Justrabo agit à sa façon contre cet « apartheid ». « Quand j’ai été maire, j’ai tenté d’instaurer un climat de confiance et de tolérance, c’est l’une de mes fiertés, nous avons agi dans l’action sociale, en direction des plus misérables. J’ai aussi restauré le conservatoire et la bibliothèque municipale où j’y ai mis un bibliothécaire arabe et un communiste. À part ça, c’était la séparation. L’apartheid existait dans tous les domaines. »

Malgré tout cet engagement local, René Justrabo voit bien que l’Algérie glisse vers une tension irrémédiable. Le 1er Novembre 1954, ne fut pas sans effet sur JUSTRABO qui subit la répression des services de sécurité du colonisateur. Ainsi, fin 1956, René Justrabo passera par le camp de Lodi, camp pour Européens dans lequel il sera interné pendant trois ans et demi.

« Aujourdhui à 94 ans, René Justrabo se souvient du jour où on est venu le chercher. C’était le 26 novembre 1956. Ils sont arrivés à l’aube, dans la lumière d’automne qui filtre à travers les volets. Au moment où la ville s’éveille doucement. “Police ! Ouvrez ! ». Le commissaire du 8ème arrondissement d’Alger a surgi, deux inspecteurs sur les talons, un papier dans la main droite. “Vous êtes bien René Justrabo, né le 15 juin 1917 à Mascara ? Vous êtes en état d’arrestation. Voici votre avis d’assignation à résidence ». Il n’y a que quelques mots : “atteinte à la sécurité et à l’ordre public”, signés du Préfet d’Alger. Cela fait plusieurs jours, déjà, que la police et l’armée raflent, les uns après les autres, les anciens membres du Parti communiste algérien (PCA). Suspect d’être trop proche des indépendantistes, il a été dissout en septembre 1955. Alger est devenu une souricière. René Justrabo, 39 ans, ancien maire communiste de Sidi Bel Abbès, sait que son tour va bientôt arriver. Il s’apprête, d’automne, à sauter dans le bus bondé qui le conduit, chaque jour, des hauteurs d’Alger, où il habite, au quartier de Belcourt, où il est instituteur. Mais c’est dans un camion militaire à deux bancs qu’il grimpe finalement. Poussé comme un vulgaire délinquant. Destination : le camp de Lodi. Il y restera enfermé trois ans et demi. »

De cet épisode, l’homme reste volontairement discret. Sa femme, elle aussi arrêtée, l’accompagnera dans tous ses combats. Reste qu’il se verra obligé de quitter l’Algérie, pour la France et pour Dijon, en juin 1960. Il lui faudra ensuite de longues années pour revenir sur la scène publique. Et le début des années soixante-dix.

«  Après toutes ces années, j’avais d’abord envie de souffler, de retrouver la vie tout court ! J’ai été très bien accueilli, mais je n’ai pas repris ma carte au PC tout de suite, je ne pouvais pas me déshabiller du PCA pour m’habiller en PCF immédiatement »

René Justrabo, communiste dans l’âme, finira par se trouver d’autres engagements à Dijon, et notamment dans le milieu syndical enseignant. (1)

Dommage que JUSTRABO n’ait pas daigné répondre à la question de connaître sa position actuelle par rapport à la « criminalisation de la colonisation » Il a préféré demeurer avec son image initiale. Celle qui montre un homme épris de paix, engagé et qui a œuvré d’abord pour rendre la dignité à ceux appelés « indigènes » à lutter contre l’apartheid algérien et enfin à s’aligner sur l’indépendance de l’Algérie.

Notre objectif était d’avoir un long entretien avec cet Homme exceptionnel afin de le faire connaître à nos lecteurs pour dire que l’ensemble des Français ayant vécu en Algérie durant la colonisation, n’ont pas tous été des colonisateurs. Il se trouvait un grand nombre parmi eux qui étaient Algériens à part entière. Il y avait parmi eux des indépendantistes à l’instar de JUSTRABO qui a du connaître la prison et l’expulsion d’Algérie, à cause de ses positions politiques favorables à l’indépendance. Pour cela, il mérite qu’on lui rende hommage tout comme, Maillot, Frantz Fanon, Janson et l’ensemble de son réseau…..Ces Français qui étaient tout simplement Algériens.

Amis Bel-abbésiens d’outre-mer, si vous êtes proches de Dijon, pensez à rendre visite à cet homme du côté du Boulevard Trimolet. Il le mérite.

Nous ne pouvons clore cet article sans remercier derechef Claude qui, lors de nos nombreuses discussions a ouvert son cœur et dévoilé tout son Amour pour ce Pays qui l’a vu naître et cette ville qui l’a vu grandir, non sans apprendre aussi que son Père ne se remis jamais vraiment d’avoir à quitter son Pays et le Pays de ses parents et que Sa Grand-mère est enterrée en Algérie à sa demande, et précisément à Larbaa.

(1) source : Bien Public


le 21 février 2011


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21 février 2011

4 Commentaires pour “RENE JUSTRABO : « LE COLONIALISME ETAIT UN APARTHEID ALGERIEN »”

  1. Kadi

    TEMOIGNAGE SUR JUSTRABO

    Il m’est agreable d’apporter ici mon humble temoignage en tant qu’enfant a cette epoque(9 ans) lorsque nous nous sommes presentes chez le maire mr JUSTRABO avec notre entaineur de judo MR KRIBICHE KADDA pour solliciter un local pour nous entrainer il nous acceuillat comme des personnes importanteS dans son bureau il choiT un lieu a condition de le meriter premierement en l’amenageant nous meme pour nous motiver deja on a senti l’esprit communiste MERITE PAR LE LABEUR et deuxiemement montrer par des resultats sportifs ce que des jeunes ALGERIENS( en appuyant sur ce mot avec un clin d’oeil) pouvaient faire avec peu de moyens mais avec beaucoup de ferveur .C’est ainsi que nous avons remporte pas mal de palmares et la cerise sur le gateau notre entraineur KRIBICHE KADDA remporta le championnat de france et d’outre mer et fut classe 3eme dan MR JUSTRABO nous fit une reception a la mairie MERCI MR JUSTRABO

    • Kadi

      PS ;POUR REVEILLER LA MEMOIRE DES VIEUX BELABESIENS LE LOCAL REMIS PAR MR JUSTRABO ETAIT LES LOCAUX DU B.A.S. DE LA RUE SEKKAL CHAIB EXISTANT A CE JOUR ET QUI SERT DE BUREAU DE BIENFAISANCE “DAR MSAKINE”

  2. Malik

    Bonsoir djillali , RENE JUSTRABO mérite bien ce commentaire.
    Je n’ai rien a vous caché mais l’association des anciens scouts a depuis longtemps envisagé d’organiser un grand rassemblement d’anciens scouts et de vieux Bel Abbésiens à l’honneur de son ancien Maire (RENE JUSTRABO) .Comme vous l’aviez déjà fait,nous lui avions téléphoné a deux reprises mais nous avions trouver en lui un homme très fatigué par son âge et surtout par le fait qu’il doit s’occuper de sa femme handicapé . L’association est en train de cueillir
    et de rassembler tout les documents possible sur sa vie à Sidi Bel Abbes avant de prendre une décision sur cette rencontre.

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ORAN ALGER
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ALGER - ORAN
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(*) rapide
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