LES COQUELICOTS DU PRINTEMPS.*

Partir, c’est mourir un peu. Languir, c’est carrément disparaître. Traverser une période compliquée marquée par une longue période de maladie caractérisée non pas -fort heureusement ! – par une souffrance, mais beaucoup plus par une gêne atroce peuplée de délires frisant la névrose, qui rend toute tentative de revenir incertaine, voire impensable. Ainsi, plus de trois mois après, les divers rappels et sollicitations de l’administrateur du journal ne purent rien contre cette muse qui a pris ses distance et refuse radicalement toute assistance à personne en manque d’inspiration. Mais, croire au définitif serait autant débile que je le fus durant ma maladie, lorsqu’il advient que certains évènements viennent vous claquer soudainement à la figure par leur originalité, leur rappel vers le terroir, leur air nostalgique et par la cruauté de leur sincérité; en somme par leur beauté, même si aucune beauté n’est parfaite, le coquelicot étant lui-même entaché de noir.
Des coquelicots, j’ai toujours retenu la couleur rouge sang. Un rouge vif et profond. Le rouge coquelicot met les nerfs et la toux au repos. En fait, il me semble que si l’on veut définir la couleur rouge, il faut impérativement se référer au coquelicot. Chaque mois de mars de chaque année de notre jeunesse, on se plaisait à courir à travers champs, cueillir des coquelicots pour en faire plein de bouquets. Nous étions heureux – filles et garçons d’indigènes – de pouvoir enfin narguer ces enfants gâtés des colons qui se pavanaient avec des bouquets de roses de différentes couleurs. Nous avions enfin nos bouquets de roses! Nous ne craignions jamais le fait que couper un coquelicot risque de déchaîner un orage. Et puis l’odeur du coquelicot enivrait fortement, mettant en exergue sa qualité de «pavot» La couleur du coquelicot, sa propre tendresse fait que à “ l’inverse du camélia déconcertant, le coquelicot dresse dans les champs sa fleur sauvage et frêle, résistante et singulière, que personne n’a plantée, dont la flamme parcourt les champs comme un message.” (Proust)
Le Rouge du coquelicot évoque à son tour, un autre élément constitutif de l’Histoire. Il représente la couleur de la plus puissante force ayant existé pour contrer le capitalisme, avant qu’elle ne soit descendue en flammes, j’ai nommé le Communisme. Non pas celui dont les militants sont étiquetés d’athées et d’apostats, mais celui de ceux qui ont fait partie des classes laborieuses, ces ouvriers agricoles, khamassas, maçons et manœuvres, Berbères, Arabes et Étrangers qui se sont ligués ensemble pour défendre l’Algérie et prirent les armes pour la libérer. Ces Hommes, qui même si pour un choix d’une période ont embrassé l’idéologie pure de K. Marx et de Lénine, avant que Staline et Kroutchev n’en font un outil de Pouvoir, décidèrent un jour de braver les baïonnettes de la légion étrangère pour dire non à l’exploitation et à l’injustice…
C’est un livre qui évoque une partie de ces gens-là qui m’a claqué à la figure pour me remettre sur selle et me redonner un semblant d’inspiration, qui sera espérons-le, pérenne.
Il évoque ces fellahs et khamassas tous militants du PCA dans sa section de Mercier-Lacombe qui, las des souffrances de l’exploitation et du colonialisme décident de se soulever et organiser la première manifestation publique de l’Algérie coloniale en 1937. Des ouvriers agricoles qui font grève et manifestent pour revendiquer l’égalité des salaires entre ouvriers Indigènes et Européens. Cette manifestation n’a pu avoir lieu que grâce à des syndicalistes à tendance PCA qui ont pu sensibiliser et mobiliser les Paysans Algériens autour de leurs droits élémentaires. Un groupe d’ouvriers agricoles a pu en une seule journée faire plier tout un État Colonial qui a dû céder à la demande et accepter d’aligner les salaires ; même si les conséquences et la persécution  furent abominables par la suite pour les initiateurs.
Parler de «coquelicots du printemps» pourrait sembler être au moins un euphémisme, surement un pléonasme, dans la mesure où l’on ne peut trouver des coquelicots en dehors du printemps. D’autant plus que Omar Khayyam a tenu à nous préciser dans un moment de sobriété qu’”un coquelicot fané ne refleurit jamais”. C’est pourquoi, j’adore la métaphore choisie dans la proposition de «coquelicots du printemps» qui, une fois sachant qu’elle réverbère l’image de ces militants rouges et non pas celle de la fleur qui n’a jamais été plantée, met fin au débat stérile qui pourtant continue jusqu’à nos jours, sur la Foi de ces Militants……

djillali@bel-abbes.info

 

-*  Titre inspiré de celui du livre “Les coquelicots du printemps 37” publié par D. REFFAS, édité en 2016 par Edilivre


le 16 juin 2016


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16 juin 2016

2 Commentaires pour “LES COQUELICOTS DU PRINTEMPS.*”

  1. Memoria

    Salam !

    Le retour d’un revenant qui n’est pas un zombie mais un être vivant les aléas de l’existence…est toujours à saluer ne serait-ce que par projection sur soi-même si nous partons du prérequis que l’homme est mortel ! Dieu nous réserve de ses surprises comme Allah est grand ! Ce retrait du processus social de par la maladie nous permet de nous recentrer et de voir la vie qui nous reste autrement ! Et souvent on se rapproche de petites choses que nous négligions comme nous découvrons des richesses qu’on ignorait bien plus par suffisance que déficit cognitif ! Bienvenue au club des “revenant(s)” Si Djillali Ch dans un décor de champs de coquelicots qui nous rappellent les pâquerettes où les premiers ne pouvaient “rougir” sans la blanche présence des secondes non loin des meules de foin ! Et puis l’imposante présence de cette usine de betteraves sucrières à l’orée de Mercier Lacombe les années 60 avec en bout de chaîne ces paquets bleus/blancs sobres et consommables in situ ! Notre ami Dr Reffas réussit à fixer… la saga l’année 1937 avec la rumeur ambiante d’un syndicalisme algérien en pleine tourmente coloniale et tout le plaisir est pour nous de récupérer un résumé de son dernier livre paru juin 2016 à Paris !
    L’écrivaine Michèle Perret participe aussi à la mémoire collective de cette région de Sfisef qui nous est chère même si sa projection sur l’histoire de Mercier Lacombe est beaucoup plus cathartique que révisionniste…

    Saha Ftourkoum !!!

    ———————————————————-
    —Résumé par Edilivre du livre du Dr Reffas Driss “Les coquelicots du printemps 37″:

    L’auteur met en relief une phase importante de l’histoire de l’Algérie colonisée, celle de l’éclosion du nationalisme.

    Cette période qui prit naissance après la première guerre mondiale, a permis aux Algériens colonisés de côtoyer le monde du travail dans le vieux continent, fortement imprégné par la révolution Bolchévique. Les partis de gauche et le mouvement syndical de France ont favorisé l’émergence d’une élite Algérienne issue du mouvement ouvrier industriel. C’est en France que la première revendication est née sous l’égide de l’Etoile Nord-Africaine, à savoir l’indépendance de l’Algérie. Cette association ou parti politique est née du mouvement ouvrier Algérien résidant en France à sa tête le leader charismatique Hadj MESSALI. En Algérie colonisée, le Parti du Peuple Algérien, digne descendant de l’Etoile Nord-Africaine a réussi à introduire à travers l’action syndicale le processus de revendication dans le mouvement ouvrier. « Les coquelicots du printemps 37 », un roman qui met en valeur le combat d’un groupe de syndicalistes qui a réussi à sensibiliser une frange importante d’ouvriers dont la majorité n’a jamais fréquenté les bancs de l’école. Des ouvriers qui se livraient aux travaux de la terre dans des conditions pénibles. Le 02 mars 1937, une date qui s’inscrit dans le mouvement ouvrier précurseur de la lutte anticoloniale. Oui, les ouvriers agricoles ont constitué le gros des troupes de l’Armée de Libération Nationale. La couleur des pétales du coquelicot est le symbole du mouvement nationaliste dans ma ville natale de Mercier Lacombe(Sfisef)…….”””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””
    ———————————————————————————–

    Michèle PERRET auteure ,

    ” Les arbres ne nous oublient pas”

    Si beaucoup d’arbres sont morts, si l’allée de noyers semble avoir été arrachée, s’il n’y a plus d’orangers ni de trembles, ce sont quand même surtout les arbres qui persistent, survivent et se souviennent le mieux.

    C’était au mois de mai 2015 et, dans les hauteurs de Tlemcen, on vendait des cerises. C’est dans ce mois de mai, si chaud qu’il y a de la brume, que Michèle Perret, est en Algérie, dans ce pays qu’elle a quitté quelque soixante ans plus tôt.

    Dans quel pays retourne-t-elle ? « Bienvenue chez vous ! » me dira-t-on souvent, avec cette généreuse hospitalité traditionnelle – de même que beaucoup de mes lecteurs algériens m’appellent affectueusement bent bladi (fille de chez nous). Mais ce n’est pas vrai, je ne suis pas chez moi ici, je suis, tout au plus, invitée chez vous. Soixante ans de souvenirs atroces ou joyeux qui ne sont aucunement les miens ont modelé votre monde.

    Dans ce « retour au pays natal » elle passe par Oran et Sfisef pour aboutir à la ferme Saint-Jean en notant les permanences et les changements. Par groupes de trois ou quatre, elles sont pimpantes et rieuses comme l’étaient les filles pied-noires, il y a plus de cinquante ans. Culture différente, tenues différentes, mais le goût d’être jolies, éclatantes dans le soleil est le même. […] Et la population semble développer un incroyable appétit de bonheur. Même si tout n’est pas parfait, le pays est en plein essor, les marchés regorgent de somptueux légumes, les abords des villes sont déjà bien garnis de concessionnaires de grandes marques automobiles, les routes sont belles, les champs soignés, les villes que j’ai visitées pleines de restaurants, de cafés, de glaciers.

    En s’approchant de la ferme, la ferme de son père, de son grand-père, de son arrière grand-père, le souvenir devient réalité. Peu à peu, la ferme dont j’avais fait « une terre de vent », un lieu de fiction, redevenait pour moi une ferme réelle, délabrée mais encore présente……………………..”””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””””

  2. Mijo

    salam 3likoum sir Djilali C El hamdoullah ala slamték
    pour vous ….

    https://www.youtube.com/watch?v=W4bO_As9LKc

    Auteur: Claude Monet né a Paris le 14 novembre 1840. Après son retour de l’armée en 1861, sa tante accepte de lui faire intégrer une école d’art. Cependant Monet n’apprécie pas les styles de peinture enseignés à l’université. En 1862, il rencontre Pierre-Auguste Renoir avec qui il va fonder le mouvement impressionniste. Sa célèbre œuvre Impression,Soleil levant, fut présentée lors de la première exposition des impressionnistes en 1874. En 1873, après son emménagement à Argenteuil, il peint le Les coquelicots qui représente la campagne environnante.

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HORAIRE TRAIN

</img/ Départ - Arrivée
Oran - Sidi Bel-Abbes 07h30 - 08h35 (*)
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14h45 - 15h45 ()
15h20 - 16h25 ()
17h10 - 18h21 (*)
20h30 - 21h33 (**)

(*)Vers Tlemcen
(**)Vers Bechar

Sidi Bel-Abbes - Oran
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11h20 - 12h22
12h06 - 13h10
16h29 - 17h26
ORAN ALGER
06h10 - 11h15
08h00 - 12h00 (*)
10h00 - 14h07
14h00 - 19h24
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(*) rapide
ALGER - ORAN
06h10 11h25
08h00 12h00(*)
10h00 - 14h09
14h00 19h24
15h45 19h46(*)
(*) rapide
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GHAZOUET- TLEMCEN
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