L’auteur de La bataille de Paris, 17 octobre 1961 (Seuil, 1991), Jean-Luc Einaudi, dont les écrits ont mis en lumière, de façon magistrale, le rôle de l’État français dans la répression des luttes pour l’indépendance algérienne, s’est éteint, samedi 22 mars, à Paris, emporté par un cancer fulgurant. Né le 14 septembre 1951, Jean-Luc Einaudi a travaillé toute sa vie comme éducateur, auprès des jeunes – auxquels il consacra un livre, Les mineurs délinquants (Fayard, 1995). Il venait, il y a deux ans, de prendre sa retraite.

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4 thoughts on “Jean-Luc Einaudi, pionnier de la mémoire de la guerre d’Algérie, est mort”
  1. A vrai dire, je ne connais pas bien Mr Jean Luc Einaudy , mais les témoignages de Messieurs omega et Karim10:

    “Mr Jean Luc Einaudy est mort après s’être admirablement acquitté de son devoir de mémoire!”
    “Par honnêteté intellectuelle, il faut « rappeler » que cet Homme mérite l’estime et le respect de nous tous…”

    me suffisent pour dire que nous lui devons alors, tout le respect pour sa plume ‘honnête’ et engagée à vouloir révéler la vérité rien que la vérité, surtout en ce qui concerne le carnage du 17 Octobre 1961 à Paris. Ce qui me pousse à reprendre la très belle phrase de notre ami omega:

    “Il est à présent l’oeil qui regardera éternellement, dans sa tombe, la conscience noire du sinistre Papon”… quelle phrase…!!! C’est du Top…!

  2. Triste nouvelle pour ceux qui l’ont considéré comme le véritable ami post- indépendance de l’Algérie.

    Dans son livre « La bataille de Paris » (à lire absolument !) édité au Seuil en 1991 , Einaudy décrit le contexte et les personnages politiques français impliqués dans « les évènements d’Algérie » qui remontaient jusqu’au palais de l’Elysée , tout entier employé à réprimer « l’agitation nationaliste », évènements qui éclateront au grand jour à Paris, en terre de France métropolitaine, paradoxalement, en cette nuit noire du 17 octobre 1961 qui verra s’abattre la plus féroce répression policière et le plus grand massacre d’ Algériens, sortis en famille pour manifester, à l’appel du FLN, contre le couvre-feu qui les tenait enfermés dans leurs ghettos de la région parisienne. Il y relate notamment, heure par heure, la plus grande répression et tuerie à caractère raciste commise à l’encontre de la paisible et innocente population d’immigrés algériens.

    Il avoue que son intérêt pour cette question avait débuté pour lui au début de l’année 1986 . Bien que n’ignorant pas la sanglante répression qui avait eu lieu ce jour là, il démontre l’intérêt porté à ces évènements étouffés et enfouis sous le silence et l’oubli … « par la peur du souvenir », douloureux évènements où « Il n’y eut pas un seul policier blessé par balle. Mais la répression fit plus de 200 morts », peut-on encore lire dans cet émouvant dossier-témoignage.

    Son ami Georges Mattei, qui fut pendant la guerre d’Algérie l’un des principaux animateurs des réseaux de soutien au FLN, venait de lui remettre entre les mains d’importantes archives de la Fédération de France qu’il accepta volontiers pour mener son enquête, tant il ne pouvait en nier la véracité et l’authenticité .

    Cet ouvrage se termine par une anecdote relevée le 17 octobre 1990, au moment où le Mouvement des beurs civiques organise un rassemblement au métro Charonne pour commémorer ce sanglant épisode, lorsqu’un manifestant, Abdel , se présente deux heures avant la commémoration devant la bouche du métro. Deux agents en tenue se détachent soudain du groupe de policiers en faction et se dirigent vers lui pour un contrôle d’identité. « Délit de faciès » sont les derniers mots du livre, dont les résonnances sont si actuelles à ce jour, cinquante trois ans après le déroulement de ces terribles évènements.

    Jean Luc Einaudy est mort après s’être admirablement acquitté de son devoir de mémoire!
    Il est à présent l’oeil qui regardera éternellement, dans sa tombe, la conscience noire du sinistre Papon.

  3. Triste nouvelle ! La photo ici du regretté Historien et écrivain J.Luc EINAUDI est plus au moins ancienne .On savait qu’il était malade. Mais sa disparition laisse un vide immense ,mais laisse aussi le souvenir d’une personne digne et brillante. Emporté par ce cancer fulgurant à l’âge de 63 ans. C’est une perte d’une éminente personnalité. Militant anticolonialiste convaincu mais aussi un enquêteur unique en son genre.

    Lui qui n’était pas un « universitaire ou doctor !!! »,il a pourtant « osé » fouiner dans les archives du parquet (1)de paris pour écrire l’-H-istoire des victimes (des hommes simples et modestes)de la guerre d’Algérie! Mais surtout à la recherche de preuves judiciaires du massacre d’Algériens à Paris. Voilà aussi pourquoi il a gagné son procès contre le sinistre Papon à Bordeaux 1997.
    Sur le massacre du 17 Oct 1961, la Préfecture de Police n’admet étrangement que « 2 morts » et nie toute exaction ! Aucun « chercheur en histoire » ne l’a fait avant lui. Par honnêteté intellectuelle, il faut « rappeler » que cet Homme mérite l’estime et le respect de nous tous (2).
    Il a produit un travail de « premier ordre ». La rencontre qui a bouleversé sa vie c’était avec son fidele ami Georges Mattéi (ne pas confondre avec le puissant Enrico Matei/Société pétrolière ENI – l’autre ami de l’Algérie).
    D’ailleurs ses travaux sur l’Histoire et la mémoire (L’affaire F.Yveton – Le dossier Younsi- et surtout son fameux livre – La bataille de Paris-) dérangent tellement en France que certains Historiens sérieux pourtant ont réalisé un « montage » de contre-enquêtes !??! Mais ! 51 ans après (en 2012)! La République française a officiellement reconnu la sanglante répression menée contre les algériens le 17 octobre 1961.

    Sa mort me rappelle ces paroles/chanson de J.Brel dédié à J.L.J (Jean léon Jaurès) .A six pieds sous terre- repose en paix Jean.

    1. Additif/Notes.
      (1)-Ces procédures judiciaires faut-il le rappeler sont ouvertes après toute mort suspecte ou toute tentative d’homicide (leur importance est donc incontournable).
      (2)-Voir ma contribution in ouvrage collectif (crimes et tortures durant la G.A en arabe): O(kar), Priver les Algériens d’oxygène-Les crimes de M.PAPON à Paris,éd-rached,alger,2006,pp 147-151.

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