MESSALI : Colloque partisan ou mémoire sélective?

Je ne demande qu’à être convaincu quand il y a doute pour une raison ou pour une autre. Mais quand il y a certitude sur des faits établis et qu’on veuille leur donner une lecture fallacieuse de l’Histoire réelle, on ne peut quantifier cette démarche que par un mot lourd de sens : révisionnisme. Le Maréchal Pétain a été le héros de Verdun et le traître de Vichy. On en déduit qu’il est bien clair qu’on peut avoir été et ne plus être, ça ne choque que les gens qui veulent revisiter l’Histoire, la travestissant pour des raisons sectaires ou affectives. L’Algérie nouvelle, celle de l’Indépendance, est structurée autour du 1er Novembre 1954 comme le Viêt-Nam est symbolisé par la Bataille de Dien –Bien- Phu ou le général Giap. Comment peut-on réhabiliter celui qui a rejeté d’un revers de main le combat libérateur et qui a refusé à jamais de mémoriser dans son pré requis les dates du 1er Novembre 1954 et du 5 Juillet 1962. Lui délivrer une carte d’identité algérienne est un non-sens. Aucun homme politique de l’Algérie indépendante, de quelque tendance qu’il puisse être ne peut accorder cette faveur sans mettre en cause les principes fondateurs de l’Etat algérien. Réhabiliter les Harkis obéit à la même démarche et peut-être avec moins de gravité eu égard au niveau des consciences politiques hautement plus différentes. L’Algérie n’a même pas eu de compassion pour les enfants de Harkis qui ne sont en aucun cas comptables des actes de leurs parents, au même titre que la descendance de Messali qui n’a pas à être jugée pour une situation qui n’est pas de son fait. On ne peut condamner l’errance du troupeau en dédouanant le berger de toute responsabilité. La fille, la petite-fille (aussi doctorante qu’elle est, du reste en histoire), Benjamin Stora, Mohammed Harbi et tous les hagiographes de Messali Hadj, disparus, vivants ou organisateurs du Colloque du 17 et 18 Septembre 2011 « Cette terre n’est pas à vendre » n’ont rien ramené de nouveau dans la corbeille de la réconciliation avec l’Histoire pour insister ou acculer les pouvoirs publics à rouvrir le dossier. L’usage, le droit et la sagesse nous commandent de laisser le dossier en l’état jusqu’à plus amples informés, termes consacrés par les juristes pour désigner « faits nouveaux ». Mehri à la longévité politique exceptionnelle, homme de consensus, et ayant résisté à tous les soubresauts du Mouvement National, de la guerre de Libération ainsi qu’à la politique postindépendance à l’image de Talleyrand traversant tous les régimes, peut lever le voile sur les non-dits et l’omerta qui pèsent sur le refus de Messali de rallier ses frères de combat naturels. Il y a très certainement un obstacle majeur qui empêche le dossier d’avancer. Laissons au temps de faire son œuvre. L’historien ne peut se satisfaire du silence de Lamine Debaghine et de Messali Hadj sur les raisons essentielles de la scission du PPA-MTLD à la veille du 1er Novembre. Cependant il y aurait lieu de constater que l’Union du Congrès Musulman, prônée lors du discours de Belcourt a éclaté à la suite de l’intervention de Messali Hadj et ne s’est reconstituée qu’après le déclenchement du 1er Novembre, le jour où Abbane Ramdane a œuvré pour le ralliement de tous les courants politiques du Mouvement National, à l’exception unique et énigmatique de Messali lui qu’on pensait être l’iconoclaste du Nationalisme. Si l’on s’est raccroché à ce titre du Colloque « Cette terre n’est pas à vendre » prononcé en 1936, c’est parce qu’après et jusqu’en 1977, Messali Hadj n’a rien proposé de plus populiste pour faire valoir sa bravoure. L’audace ne suffit pas en politique, elle trace peut-être un cap, mais elle oblige de passer par des compromis. Vouloir ne recueillir et ne retenir que les slogans qui arrangent, c’est faire fi des atermoiements de l’Histoire. L’affrontement direct nous a appris que mai 1945 pouvait être évité ou à tout le moins évité eu égard au lourd tribut que le peuple a dû payer. Je considère, qu’après tout, que si l’événement en lui-même a permis une accélération de la prise de conscience du peuple et que les politiques ont fini par comprendre qu’il n’y avait pas d’alternative en dehors de l’incontournable insurrection, les responsables du Mouvement National ont tous, dans leur ensemble, déclaré que le mouvement n’était pas intentionnel. L’opiniâtre volonté de se libérer du joug du colonisateur existait dans tous les partis, l’élaboration d’une stratégie pour y parvenir était la pierre d’achoppement principale. Continuer aujourd’hui à ne retenir que les aspects assimilation ou intégration, c’est vouloir figer le cours de l’Histoire à un instant et nier que, dans toute stratégie, on procède par étapes, compte tenu du rapport de force du moment. En tout état de cause, le peuple algérien avait une aspiration naturelle à la liberté et les acteurs de Novembre ont su puiser dans ce désir et cette volonté la bravoure nécessaire pour y aller de l’avant. Vouloir imposer à l’opinion les fictions qui l’impressionnent c’est la détourner d’une vérité palpable représentée par le déroulement de l’Histoire. Il ne suffit pas de bien parler, il faut parler juste. Enfin, il est légitime de demander aux disciples actuels de Messali de nous édifier sur les discordances persistantes de leur leader charismatique sur le cours des événements précédant le 1er Novembre 1954. Ils demeurent, à mon sens, fascinés par l’infaillibilité de leur élu auquel cas nul ne peut les convaincre d’un point de vue contraire. Au Xème siècle, Niffari, un saint égyptien s’exprimait ainsi : « La surface de la mer est une clarté qui nous aveugle par ses miroitements ; le fond de la mer est une obscurité impénétrable. Entre les deux, nagent de gros poissons qui sont à redouter ». J’ose aussi citer Pierre Rossi : « Les égarements de la science sont plus dangereux que ceux de l’ignorance ». On conviendra par ailleurs qu’on ne peut pas glaner çà et là des bribes d’événements pour en faire une tendance générale et justifier une inconstance d’un itinéraire pour le moins obscur à l’approche du déclenchement du 1er Novembre. Au grand dam de Mourad Benachenhou, son compatriote n’a pas à figurer dans les manuels scolaires dans les termes qu’il suggère (voir son article paru dans le Quotidien d’Oran du 22 Septembre 2011). La recherche universitaire ne peut redorer son blason dans une période où il fallait être présent pour partager la bravoure. L’étonnant dans les différentes contributions de ce Moudjahid authentique (Mourad Benachenhou) au débat concernant le Mouvement National c’est qu’il en vienne à encenser l’image de celui qui a abandonné le navire pour ternir celle des matelots qui, contre vents et marrées ont tenté de voguer jusqu’au bout vde leur destin. Qu’il évoque le MALG dans un élan nostalgique c’est son droit, personne n’osera le contester mais qu’il ne vienne pas titiller l’engagement de Abbane Ramdane et le Colonel Amirouche tous deux tombés au Champ d’Honneur. En revanche, aussi bien Leïla Benamar Benmansour (ElWatan du 22/09/2011) que Ali-Yahya Abdennour (El Watan du 21/09/2011) ont eu un jugement plus tranché en titrant leurs articles respectivement par « l’Algérie trahie par les siens » et « Le parcours militant de Messali Hadj est à revisiter ». En introduction de son article Ali Yahya Abdennour cite cette phrase de Dante : « Il va chercher la liberté si chère comme le fait celui qui, pour elle, abandonne la vie ». J’en termine avec la même citation que Ali Yahya Abdennour : « Abandonnez ceux qui s’abandonnent eux-mêmes » évoquant Shakespeare dans « Antoine et Cléopâtre ». Sur une question minée par les passions et les jugements de valeur Monsieur Benachenhou gagnerait à plus de tempérance avant de suggérer l’universalité de son héros qui n’a de dimension que locale même avec le slogan « Cette terre n’est pas à vendre ».


le 05 octobre 2011


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05 octobre 2011

3 Commentaires pour “MESSALI : Colloque partisan ou mémoire sélective?”

  1. hamdane

    Le front de libération national est né dans le sein du courant nationaliste,inauguré par l’étoile Nord-Africaine,et l’école en question est celle du PPA-MTLD? continuateur légitime de l’étoile et matrice du FLN.
    Le PPA-MTLD a légué au peuple algérien quatre éléments qui constituent les piliers de sa pédagogie militaire.
    a) L’idée d’indépendance dont il a fait son credo et qu’il a poursuivie avec obstination et ténacité jusqu’à sa concrétisation.
    b) L’organisation des masses sans laquelle l’idée la plus généreuse ne serait que rêve et illusion.
    c) Le principe de la lutte armée qu’il a conçue, préparée et mise en oeuvre, convaincu de ce que le colonialisme, de par sa nature violente et injuste,ne saurait se réformer.
    d)L’esprit de sacrifice exemplaire qu’il a su communiquer à la population.
    Néanmoins, un constat s’impose:ces quatre idées-forces se révélaient en elles-mêmes insuffisantes pour entraîner le peuple tout entier dans le combat.elles exigeaient d’être confrontées par la recherche constante de l’union nationale que la PPA-MTLD a érigée en objectif essentiel de lutte.
    Sa volonté d’en faire une des conditions primordiales de la libération s’est manifestée au moins dans deux occasions: lors de l’épisode des AML(les Amis du Manifeste et de la Liberté)en 1944-45 et plus tard, dans le cadre précisément du FLN qui réussit à rassembler sous son sigle l’ensemble des forces vives de la nation
    C’est là dans le PPA-MTLD, que le militant a appris à animer sa patrie, son peuple, sa langue, sa religion-C’est dans ses rangs qu’ont surgi ceux qui ont déclenché l’action insurrectionnelle du 1er Novembre 1954 et la presque totalité de ceux qui ont mené le combat jusqu’à l’indépendance.

  2. Moh

    cher ami , le curieux est que toi même pourtant neutre pointe du doigt celui quia concu avec ses camarades le mouvement national et quand vous parlez de abane ramdane ce sont les memes qui ont écarté messali , pendant la révolution le fln dirigeait mais avec le recul on dira c une guerre entre zaims comme feth et hamas …alors au nomde quoi tu t’ériges en juge !!!! et tu n’as pas a faire une comparaison entre pétain et messali , pétain n’était pas colonisé comme messali …stora et hari sont historiens , pourquoi ce procès d’intention , tu nous ramènes au temps du hizb wahab et son stalinisme! barakat de tous mettre dans un meme sace…messali est un historique , sinon après l’indépendance faut faire le procès de boumedienne , il a assasiné khider , krim belkacem etc…pourquoi ne pas chercher la dedans ? donc c’est aux historiens d’écrire çà pas à nouset puis regardes la rvolution russe , lenine assassine , staline a liquidé troski , kroutchev a trahi staline etc…et qui a vendu larbi ben m’hidi , et ces faux moudjahed qui mange el hram qu’en penses-tu …messali avait des principes et il n’était pas d’accord avec la tendance des centralistes…mais çà faut écrire des livres et ne pas venir agiter des banderoles!!!! sans rancune…

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