Toute mort est une perte, mais la mort de Mustapha Mechab est une tragédie.

Cet homme fut hors du commun. Un juste parmi les justes, a si bien dit l’autre grand homme qui le connais si bien, Monsieur Mohamed Mir.
Un fou amoureux de son pays qu’il voulait voir démocratique.
Un passionné de ses concitoyens qu’il voulait voir plus libres et plus heureux.
Un grand militant, profondément convaincu, qui ne se mettait jamais sous le feu de la rampe, car il ne cherchait jamais à se faire voir, car il n’attendait rien en retour, car il estimait qu’il avait tout, car il avait la sagesse et la foi en ce qu’il entreprend.
La vie de Mustapha Mechab fut une belle œuvre, une œuvre caritative, faite de dons (il donnait beaucoup) et de don de soi.

Il avait le choix: il aurait pu choisir, comme beaucoup de ses amis, moins qualifiés pourtant, d’embellir sa carrière, d’avoir les postes de responsabilité et les avantages qui les accompagnent, il lui aurait suffit d’être un peu soumis, un peu “pro” et un peu moins “anti. Mais il a fait le choix contraire, celui d’être l’ami des “petites gens”, “des sans-le-sous”, “des sans-dents” et “des sans-voix”, d’être leur “souffre-douleur” et leur “porte-joie”.

Quand il se mêlait à la foule, rien ne distinguait Mustapha Mechab, humble, naturel, sans fard. Sauf quand il criait plus fort que la foule la rage de la mal vie, ou quand on l’appelait Chikh, le seul Chikh parmi les chikhs à rester de bout en bout de la revendication, sans se fatiguer, sans fléchir, sans courber l’échine, jusqu’à ce que la maladie vienne et que la mort la sanctionne.

Beaucoup se rappelleront de ce mardi ou personne n’était venu au rendez-vous d’une marche estudiantine et où, lui, seul, comme un fou, avait pris sa pancarte et avait fait l’itinéraire classique de la fac centrale à la place Carnot, en scandant seul à la figure de ceux qui le filaient en catimini et qu’il reconnaissait: dawla madania.

Rien ne lui faisait peur quand il était convaincu de défendre une cause jute. Et il ne défendait que les causes justes. La première de ces causes était la défense des intérêts de ses collègues à l’université quand ceux-ci ne recevaient qu’un salaire de pitance. Il était l’épine qui collait à la gorge des responsables locaux. Il était craint. Mais il en a payé le prix quand un recteur zélé avait osé porter plainte contre lui pour entrave à la liberté de travail et pour profiter ensuite, quand il fut dégagé, des fruits de ses efforts conjugués avec ceux des ses amis du CNES historique dont il était l’un des fondateurs et certainement le dernier des mohicans.

La deuxième était son engagement à fond dans le hirak. Comme personne d’autre. Mieux que tous les marcheurs politicards d’Alger et d’ailleurs. Lui n’investissait pas, n’attendait rien, n’espérait jamais tirer des dividendes. Cette fois aussi, il en a payé le prix: il a subi des harcèlements, des poursuites et son lot de condamnations pénales.

Mustapha est mort avec ses galons reçus dans les champs de batailles qu’il n’a jamais fui, que ces batailles soient pédagogiques, sociales ou politiques. Il est parti avec ses titres d’honneur, son capital inépuisable d’amitié et d’amour et surtout avec la reconnaissance unanime de tous ceux qui l’ont connu et reconnu. Il est parti sans tache, fière, la tête haute, l’âme tranquille et immaculée. Il s’en est allé rejoindre les justes au paradis, sa place naturelle pour laquelle il a œuvré une vie durant et qu’il mérite tant. Mais, le connaissant, je crois qu’il aimerait bien passer de temps en temps de l’autre côté pour finir son œuvre et emmerder dans leur résidence perpétuelle Satan et ses suppôts qu’il a toujours combattu ici-bas.

On aurait tous souhaité que Mustapha vive plus longtemps, que sa mèche reste allumée, il est irremplaçable. Mais Dieu a décidé autrement et on ne peut que s’incliner devant sa volonté.

À Dieu si Mustapha, à Dieu grand homme, à mon frère, à Dieu l’ami.