De la corruption convoquée aux Présidentielles.

I- Dans la dernière sortie médiatique du Secrétaire général du FLN (entretien accordé à TSA le 3 févier 2014), laquelle pourrait rester l’une des plus célèbres non seulement de la carrière de M. Amar Saadani mais de toute notre histoire politique vécue (depuis l’indépendance), il faut bien noter que c’est le nouveau patron de l’ex parti unique qui s’attaque –aussi frontalement qu’avec une extrême violence- au patron (depuis 1990) de l’historique Département du renseignement et de la sécurité -DRS qui, étant l’ex Sécurité militaire (SM), date non pas de 1990 mais du temps de la guerre de libération nationale. L’heure est d’autant plus unique que ces deux institutions, FLN et SM, sont –d’une façon ou d’une autre, depuis le début- les deux principaux lieux du pouvoir en Algérie.

Ici, nous en retiendrons l’annonce selon laquelle les scandales de corruption, qui ont secoué le pays ces dernières années, ne seraient que des inventions et –ce qui est bien plus grave- des inventions de la DRS elle-même. Pour l’essentiel, tout se passe comme si on aurait construit de toutes pièces le scandale ‘Sonatrach’ et on aurait ainsi agi pour cibler l’ex ministre de l’énergie, Chakib Khelil, qui, selon M. Saadani, aurait été « l’un des cadres les plus intègres et les plus compétents de l’Algérie ».

Des nombreuses réactions à cette attaque, nous citerons trois -……….. Il y a celle de M. Mohamed Samraoui, lequel  –après avoir été un cadre de la DRS et s’être, depuis, exilé en Allemagne- n’est autre que l’auteur de Chronique des années de sang (éd. Denoël, Paris-2003) et des déclarations faites à la chaine Al-Jazira, en aout 2001. Dans un entretien paru dans LQA (09.02.2014), l’ex Colonel affirme que « ce que déclare M. Saâdani ne sont pas des accusations, mais bel et bien une réalité ». Il y a, ensuite, celle du général en retraite Hocine Benhadid qui, dans un entretien repris dans LQA (12.02.14), déclare que « Les attaques de Saadani sont une trahison » et que le général « Toufik, malgré son âge et le temps qu’il a passé à la tête du DRS, est le dernier rempart de l’Algérie, sinon le pays sombrera ». Il y a, enfin, celle de M. Mohamed Cherfaoui, l’ex ministre de la justice, qui –dans El Watan du 08.02.14- dit avoir préféré perdre son poste de ministre, lors du remaniement qui a mené au 2° gouvernement Sellal, plutôt que d’accepter la proposition –que lui aurait faite M. Saadani- de s’engager « à extirper M. Chakib Khelil de l’affaire Sonatrach 2 ». Le colonel en exil –tout en affirmant que nombre de jeunes généraux ont les mains propres et pourraient contribuer  à conduire le pays vers des jours meilleurs- semble dire qu’aucun début de renouveau, ou de rupture, ne saurait se faire ni avec l’actuel Président ni avec l’actuel Chef de la DRS. Le général en retraite dit clairement que le pays a besoin du général Toufik, et que si on veut démettre ce dernier, la raison en est qu’il aurait de gros dossiers (de corruption) mettant en cause des proches du Président. S’il semble ne pas attaquer plus directement le Président lui-même, le général Benhadid s’y est attaqué de toutes ses forces, dès le 29.03.04 (entretien accordé à El Khabar), en même temps qu’il le fit pour feu le général Larbi Belkheir. Le garde des sceaux, quant à lui, a, d’une part, notifié -outre son intégrité et sa compétence (personnelles)- son haut sens de l’Etat de droit, et, de l’autre, exprimé sa haute considération et son amitié pour le 1° magistrat du pays. Il n’a pas manqué, au passage, de rendre un grand hommage au sens des responsabilités du général Toufik. En fin de compte, des trois, le seul qui a attaqué l’actuel SG du FLN –le déclencheur de toutes ces réactions et de bien d’autres- est l’ex ministre, qui, par ailleurs et contrairement aux deux ex militaires, ne s’est attaqué qu’à M. Saadani.

II Pour revenir plus pleinement au fait de la corruption, remarquons, d’abord, que les trois intervenants, à l’opposé de M. Saadani et alors qu’ils ne partagent pas –nous venons de le voir- le même regard sur l’actualité algérienne, le considèrent comme une réalité et un problème de fond. Par ailleurs, il faut rappeler que dans cette affaire judiciaire -concernant la Sonatrach, et, dans laquelle, un de nos ex ministres aurait reçu de gros pots-de-vin, avec d’autres responsables ainsi que des membres de sa famille- a été lancée par des magistrats italiens …et non pas par l’Algérie. Le général Mediène serait-il à ce point puissant qu’il aurait réussi jusqu’à instrumentaliser une Justice (nationale) étrangère ? Qu’il se soit agi de la Justice italienne –l’une des plus expérimentées (dans le monde) dans la lutte anti-mafia et contre certains fléaux de la finance …ne fait que donner plus de sérieux à cette affaire. Plutôt que de croire que le scandale ‘Sonatrach 2’ a été inventé par tel ou tel général, ou par qui que ce soit d’autre, il nous faudrait regretter que des journalistes aient eu l’occasion de constater que la Justice algérienne est à la traine, bien derrière celle italienne. Il nous faudrait rougir à chaque fois que nous nous rappellerons que M. Silvio Berlusconi –qui n’est pas, loin de là, l’un des hommes d’Etat (européens) les plus soucieux d’éthique- a pratiquement réagi en expliquant que l’Algérie compterait parmi les Etats où il faut payer des dessous-de-table pour obtenir de si gros contrats …et que, ceci étant, les magistrats (italiens), qui ont lancé ces investigations, ne pourraient que faire du tord aux entreprises italiennes (en les empêchant d’obtenir des contrats dans des économies où la corruption est système). M. Saadani semble oublier que les citoyens italiens devraient être fiers d’avoir l’une des Justices les plus dignes …ici-bas ! Combien de magistrats italiens ont payé de leurs vies, le combat contre la mafia et la corruption ? Combien d’entre eux ont été assassinés avec d’autres membres de leurs familles ? Peu de révolutionnaires dans le monde ont plus, profondément, défendu la liberté et l’Etat de droit !

 

Il peut être utile d’ajouter, à ce qui précède, que :

1- M. Pietro Varone (de la société Saipem) a été incarcéré dès juillet passé ;

2- les poursuites, contre lui, ont commencé dès que les Juges ont découvert qu’il aurait été corrupteur, c’est-à-dire: avant qu’ils ne découvrent qu’il aurait bénéficié de rétro-commissions, sur les près de 200 millions de dollars versés pour que sa société obtienne les sept (juteux) contrats avec Sonatrach ;

3- la Justice italienne a aussi vigoureusement réagi …alors qu’aucune personnalité politique (italienne) –et, encore moins, un homme d’Etat- n’est impliquée dans le dossier ;

4- alors que Saipem n’est qu’une  entreprise privée, Sonatrach est le plus grand prolongement (économique) de l’Etat algérien ;

4- alors que l’économie italienne avait tout à gagner, si les magistrats  italiens avaient fermé l’œil, notre économie nationale perdra encore plus que ce qu’elle a probablement perdu, dans cette affaire ‘Sonatrach 2’, si nos magistrats ne réagissent pas.

Tout ceci étant, s’il n’est pas exclu que M. Saadani puisse avoir raison dans nombre de ses attaques, il reste, toutefois, qu’il faudrait rendre hommage au patron de la DRS …si, vraiment, il a eu à faire pression sur l’institution judiciaire pour que celle-ci lance des poursuites contre de hauts responsables qui auraient usé de leur postes pour s’enrichir …et pour s’enrichir au détriment de l’entreprise qui –plus ou moins, seule- fait vivre ce pays et sa population. Naturellement, s’il s’avérait juste que ces pressions ont été bel et bien exercées, il serait plus judicieux d’en tirer que notre Justice est non-indépendante …plutôt que corrompue. Rien n’assure que des juges des plus intègres ne soient pas démunis du moindre pouvoir (judiciaire). D’autre part, que l’ex ministre de l’énergie soit lié à une aussi grosse affaire de corruption –ce que la Justice algérienne a soit à confirmer soit à infirmer- et qu’il soit l’objet d’un mandat d’arrêt international, lancé par l’Algérie, ne prouve pas qu’il n’ait pas été l’un des hauts cadres les plus compétents de ce pays. La compétence est, incontestablement, un des fonds qui manquent le plus, mais …il n’est pas un garant absolu contre ce genre de tentation.

III- Abstraction faite de ‘Sonatrach 2’, si on cherchait un (double) constat sur lequel on pourrait faire s’accorder le plus grand nombre d’entre nous, algériens ayant l’âge et la capacité (mentale) du jugement, on verrait, probablement, celui qui suit. La corruption aurait fait, sur notre sol national, des pas de géant, et elle serait la plus importante des bactéries qui gangrènent notre tissu sociétal –ou, dit, plus simplement et plus significativement, notre vivre ensemble. On devrait y ajouter qu’il n’est pas certain qu’elle ne se trouve pas au cœur de ce qui pourrait expliquer le retard qui nous caractérise dans le concert des Etats-Nations, relativement aux pays auxquels nous pourrions, avec raison, être comparés et après un demi-siècle d’indépendance.

Maintenant, si on convient de ce qui précède, il faudra convenir, aussi, de ce qui suit : qu’il ait pu en être ainsi prouve l’existence d’un très sérieux problème au sein de notre institution judicaire. Ceci est d’autant plus évident que, dans toute corruption accomplie, il n’y a pas un accusé –comme c’est, le plus souvent, le cas dans le quotidien des juridictions- mais, au moins, deux, le corrompu et le corrupteur. Ceci nous amène à remarquer combien nous avons oublié, ou presque, que corrompre est un délit au même titre que se faire corrompre, et combien un tel oubli peut témoigner du fait que le phénomène ‘Corruption’ est devenu, dans notre quotidien, un signe –pour ne pas dire une activité- culturel. Pour s’accorder sur ce second élément, pour reconnaitre qu’il existe une remarquable carence dans notre Justice, le nombre de nos compatriotes risque d’être encore plus fort.

A ce niveau, il pourrait être fort instructif de rappeler que le Général Khaled Nezzar, en février 2002, a affirmé -à Paris- que s’il a poursuivi (pour ‘diffamations’) M. Habib Souaïdia -l’ex officier, auteur de La Sale Guerre (Ed. Gallimard, 2001)-  ailleurs que devant les juridictions algériennes, la raison en était la certitude que le doute sur l’impartialité, du jugement, aurait été général. Le Général-major ne croyait, probablement, pas si bien dire –au vu de la perte de ce procès …dans lequel avaient témoigné, entre autres et outre l’ex colonel Samraoui (précédemment cité), certains de nos universitaires –comme Fatiha Talahite et Addi Lahouari. Il est remarquable que M. Nezzar n’ait rien eu à reprocher à l’ouvrage, se contentant de certains propos (citant deux généraux de l’ère coloniale) tenus dans la Cinquième. Naturellement, on peut regretter qu’un homme qui a été l’un des plus puissants représentants de l’Etat algérien …ait fait laver du linge sale, algérien, à l’étranger -et dans la capitale de l’ancienne puissance coloniale. Mais, le cœur de notre propos demeure l’urgence avec laquelle notre institution judiciaire doit s’attaquer –si elle se veut œuvrer pour la réalisation de l’Etat de droit- à la corruption.

Mourad Remaoun


le 21 février 2014


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21 février 2014

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