Quand je reviens à mes années de jeunesse la réponse à la question est incontestablement oui, il y avait bien une question Palestinienne. Car alors, la libération de la Palestine était une évidence, la priorité des priorités, la cause supreme, l’impératif de survie de la nation arabe, la cause commune autour de laquelle les frères ennemis se réunissaient, mettant de côté leurs éternelles querelles et leurs désaccords. Alors, les rues scandaient jusqu’à épuisement des voix: à haut la Palestine, à bas Israël, et les gouvernants menaçaient à l’unisson de jeter l’envahisseur israélien à la mer. Alors, s’était dans cette terre sainte que religieux et laïques arabes allaient mener leurs guerres saintes. Alors, et en attendant qu’on lui récupère sa terre spoliées, le palestinien était un citoyen du monde arabe, chez lui partout où le coeur lui disait de s’installer. Alors, Israël n’était pas la superpuissance qu’elle est aujourd’hui. Alors, la foi remplissait les coeurs et l’espoir du succès était présent.

Mais aujourd’hui la question palestinienne n’en est plus une. Toute menace de chasser le juif et de le jeter à la mer est devenue risible et toute promesse de récupérer la totalité de la Palestine est devenue mensonge. La question a trouvé une reponse définitive et l’histoire ne reviendra jamais à rebours . Dans les rues c’est le silence des églises, et la majorité des anciens convaincus ont perdu la foi. Tout le monde a baissé les armes, et après les armes les bras. Y compris les palestiniens eux-mêmes. Sauf peut-être quelques poches de résistance et quelques rares États restés debouts. Les derniers mohicans.

Il y’a une année jour pour jour, Mahmoud Abbas normalisait ses relations avec ses amis Israéliens. Souvenir:

ABBAS CHEZ GANTZ, À LA BONNE HEURE.

Mahmoud Abbas s’invite au domicile du ministre israélien de la défense Benny Gantz et est reçu pendant deux heures et demie en bonne et franche camaraderie autour d’un repas casher qui fait le bonheur de l’invité et qui restera longtemps indigeste dans l’estomac des cocufiés que nous sommes.

C’est l’affaire de Si Mahmoud, son choix pour l’avenir, contentons-nous de prendre acte de ce nouveau paradigme, de ce grand revirement.

Mais alors une question se pose: doit-on être plus royalistes que le roi? Plus Mahmoud que Abbas? Doit-on rester les derniers dindons de la farce? Les derniers mohi-cons?

De deux choses l’une:

Ou bien c’est le principe “l’ami de mon ami est mon ami” qui prime.

Ou bien c’est “l’ami de mon ennemi est mon ennemi”.

Car l’ami de mon ennemi, ne pouvant jamais être mon ami.

Il est donc grand temps pour nous de penser à nos propres intérêts et de revoir certains statuts dans le cadre des relations internationales hautement conflictuelles: le notre, celui de nos amis et celui de nos ennemis.

Et si Mahmoud Abbes veut qu’on reste les souffres douleur de son peuple, qu’il soit solidaire de nos propres douleurs et des risques majeurs que nous prenons à rester presque le seul pays à défier le monde pour la défense d’une cause qui n’est notre que par ricochet et qui doit ne plus l’être, par ricochet aussi, dès le moment où ses sujets principaux s’en détournent.

Et si le président palestinien veut négocier ses intérêts, libre à lui. Mais alors qu’il nous affranchisse d’un engagement qui nous isole, qui devient obstacle pour avoir trop durer, et qui commence à peser très lourd et qui nous coûte très cher.

Cette visite de Abbas chez Gantz, si elle est avalisée par le silence complice et majoritaire des palestiniens, donnera à posteriori raison aux pays arabes qui peut-être avaient bon oeil et qui ont choisi au lieu de l’idéalisme la realpolitik et au lieu de l’altruisme exagéré la priorité de la défense de leurs propres intérêts, j’allais dire leur survie. Et, ce faisant, il nous isolent, ils nous sacrifient, ils nous lâchent, ils nous accusent, et ils nous condamnent.

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