Ben Bella et moi : il y a eu tout ou rien du tout

«… dans ma tête, c’est clair : soit vous me racontez l’histoire de ce pays en entier, sans mensonges ni censures, sans détournements ni insultes ; soit vous la gardez car je n’en veux pas. Ni d’elle, ni des martyrs, ni des héros, ni des dates. Je referais le tout, moi-même, avec ceux de ma génération. Gardez tout ou donnez tout. Pas de livres aux premières pages déchirées et jetées dans les toilettes. Je veux toute la version, sinon je vais me choisir l’histoire d’un autre pays, ou celle d’un film ou même celle d’un dessin animé. Ben Bella est mort et je suis en colère. Je me sens honteux et humilié. D’abord à cause de l’ENTV que j’ai regardé pendant la demi-journée. Honteux à l’image de ces deux présentateurs affreux et des caméras qui voulaient me fourguer le deuil avec l’obligation de voter le 10 mai. Je trouve, Monsieur, que cet usage de charognards est indécent. Ben Bella, qu’on l’aime ou pas, méritait mieux que de servir d’épices. J’ai trouvé indécent cet usage de la paranoïa (Le monde nous jalouse), de l’hagiographie (c’était le plus grand président du monde), de l’exagération (Il a tout fait). J’aime les hommes à mesure d’hommes et c’est le meilleur honneur qu’on puisse leur rendre.

Ensuite je me suis sentis trahi par l’histoire racontée sur cet homme : elle va de sa naissance en 1916, à l’indépendance et à sa présidence jusqu’en 65. Puis, là, comme si j’étais un imbécile, on me reprend le récit à partir des années 80. Entre 65 et 80, Ben Bella n’a pas pris le plus long thé au monde. Ce n’était pas une sieste, ni une séance de massage. C’était un coup d’Etat, de la prison et de l’exil. C’est avoir peu de respect pour ma personne que de me servir l’histoire de Ben Bella avec des épisodes qui manquent : si vous voulez que je respecte votre histoire, assumez là, ne mentez pas, dites là en entier, du cri au crime. Ne venez pas me dire, après, que je ne respecte pas les martyrs alors que vous ne respectez même pas la vérité. Dites moi et assumez ce qui s’est passé entre 65 et 80. Assumez ce qui est arrivé à Krim Belkacem, Abbane Ramdane et les autres, puis venez me demander de «reprendre le flambeau», de «continuez la mission», de «voter comme pour le 1er novembre» selon votre plate poésie. Et tant que vous confondez les historiques de ce pays avec Tintin, vous n’avez pas le droit de me demander, vous et les vôtres, de vous respectez et de porter l’histoire de ce pays comme une maternité.

Ne me demandez pas la réconciliation, alors que vous, vous n’êtes même pas réconcilié avec vos actes et vos mémoires.

Ne me parlez pas d’histoire glorieuse, alors que vous la traitez comme une poubelle.

Ahmed Ben Bella ? Oui c’est l’un des pères de la nation. Bon et mauvais. Il m’a légué dans ce pays ce que je n’aime pas de ce pays : le fameux déni de soi du «nous sommes arabes» alors que moi je suis algérien et j’ai mis trente ans à me débarrasser de la honte d’être soi. Il m’a légué le «nous sommes tous égaux» qui a transformé les échelles ascendantes de la vie en bancs horizontaux. Il m’a légué cette culture de présidents faiblards avec un rideau derrière le dos. Il m’a légué ce socialisme que je déteste et qui m’a appris, laborieusement, à ne rien faire.

Il m’a légué la vanité d’être le centre du monde alors que je n’en suis que la marge oubliée et l’ancienne gloire sénile.

Il m’a légué, comme ceux de sa génération, des mensonges sur soi et sur les autres, le panarabisme qui me colonise encore, la perte de foi dans l’enthousiasme collectif, le soupçon dans la cotisation, le doute avant tout acte, le populisme qui regarde avec envie et méchanceté, la réussite.

Je lui en veux, à lui et aux siens qui m’ont interdit l’histoire de ce pays sous prétexte qu’il s’agit de leurs affaires, de leurs autobiographies.

Savez-vous pourquoi Monsieur, hier sur votre ENTV il n’y avait que des vieux à lui rendre hommage et quelques jeunes lobotomisés par la propagande ? Parce que personne ne se souvient clairement de votre génération, tant que votre génération ment sur l’histoire.

Donc tant que vous n’assumez pas ce qui s’est passé entre 65 et 80 pour cet homme et entre 54 et aujourd’hui pour les autres, gardez votre histoire, vos morts, vos martyrs et vos souvenirs. Dites moi ce qui s’est passé entre vous, parce qu’il ne s’agit pas de vous, mais de nous tous. Sans cela, enterrez-vous les uns, les autres. Pour moi, cela ne change rien.»

par Kamel Daoud


le 14 avril 2012


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14 avril 2012

3 Commentaires pour “Ben Bella et moi : il y a eu tout ou rien du tout”

  1. Adil

    Mon cher hakim ,ton commentaire me fait réagir pour porter une opignon sur un être qui part et sur ses pseudos-amis et là une très belle citation d’Anne Garborg surgit du fond de ma mémoire et qui dit ceci je cite:
    ——-les amis sont une sale race ,ils ne sont bon qu’à 2 choses dîner en notre compagnie ,et pour prendre un air triste devant notre tombe.ET ceci fut le reflet de cet enterrement pour le sois-disant grandiose et du à un rang de chef d’état je dis que c’est triste de voir toute cette hypocrisie quand on connait le parcours de ce 1er président de la 1 ère république algérienne démocratique et populaire ,coup d’état prison ,résidence surveillée et l’exile .
    ET POUR TERMINER Ibn-Khaldoun avait dit dans un de ces manuscrits (les peuples arabes sont condamnés ,à désirer leur unité et sont voués par leur tribalisme à cultiver la division).
    Quand à Bourguiba il a été jusqu’à dire “l’aspiration à l’unité ètait la malédiction des peuples arabes puisqu’elle conduisait chaque apprenti leader à s’en croire le dépositaire .AMICALEMENT………..Adil

  2. hakim

    Oui M.Daoud vous avez tout dit 50 ans durant nous,nous sommes fait trompés car y’a rien qui fonctionne jusqu’à cette minute ou j’écris mon commentaire.Nous vivons trop souvent au travers de pensées,d’idées d’imaginations et de suppositions erronés.Croire qu’un évènement dont on fait face la mort du défunt(Ahmed Ben Bella rahimah Allah) notre premier président de la “République Algérienne Démocratique et Populaire”nous procure que tristesse en tant que musulmans,mais là où le bàs-blesse,c’est que tous les félons étaient présents pour nous faire croire de leur compassions,or de son vivant on arrêter pas de le descendre et le trainer dans la mélace.Je me fais du souci et le mérite de confirmer ma vérité pour notre pays et pour beaucoup de citoyens/nesqui ne mérites pas ce sordid destin.

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