«TU SERAS UN DÉPUTÉ, MON FILS!»

  Je suis natif de la campagne. Ma famille est connue pour être issue d’une habitude de paysannerie. J’ai côtoyé la faucille en été et la charrue en automne. Avec de la glaise, j’ai construit des meules de foins en plein août, à mains nues, récolté des pois chiches en souffrant pendant plusieurs mois des gerçures des paumes des mains, et volé du raisin dans les fermes des colons.

En grandissant, et par respect à l’exode rural, ma famille a atterri d’abord dans le village le plus proche, pour découvrir l’école et la rue. Ensuite, l’école aidant, je découvris la ville et ses vicissitudes. Je découvris aussi, le volontariat estudiantin, l’UNJA et le FLN.

Là, je fus éberlué par des orateurs qui se succédaient dans différentes tribunes, avec des discours éloquents : Des discours qui pouvaient t’amener de la béatitude, vers les sanglots en passant par l’admiration. Comme, ils savaient parler ! Ils criaient quand il le fallait, s’adoucissaient quand il le fallait. Tu étais obligé de les écouter et voter pour eux. C’est eux qui m’ont inculqué que l’Algérien est la race supérieure. Que le Peuple algérien était le Plus grand Peuple du Monde  et l’Algérie avait le plus grand stade du monde, la plus grande usine du monde, la plus grande justice au monde, la plus grande mosquée au monde, et son socialisme était tellement spécifique qu’il était le meilleur du monde.

Avant 1988, c’était simple. Au sein d’un seul parti unique, il y avait des mouhafedh désignés par le Secrétaire Général dans chaque Wilaya. A chaque échéance électorale, on fait semblant de débattre et puis le Mouhafedh choisit les candidats parmi son entourage immédiat et fait voter le Peuple pour eux. Ainsi était la démocratie.

Après 1988, il n’y eut pas de grands changements, sauf qu’au lieu d’un Mouhafedh, il y eut plusieurs qui choisirent plusieurs candidats et font voter le Peuple pour eux. C’était la théorie des quotas qui venait d’être inventée. C’est vrai que nous sommes un Peuple créatif. Nous avons créé l’immolation par le feu  qui nous a valu un piratage sans respect des droits d’auteurs par Feu Bouazizi, nous avons créé la “hargua”, nous avons crée les “hallabas,” “l’enfournage des bébés“, les “cadavres piégés”, et même les meilleures techniques de corruption.

Alors, aujourd’hui, la démocratie s’élargit de plus en plus, et chacun veut participer à la vie politique de son Pays. C’est un acte militant et un devoir. Tellement un devoir, que des gens consentent à payer de grosses sommes. L’amour du Pays n’a pas de prix. On sacrifie sa fortune uniquement pour participer au développement de son Pays en se faisant élire « Député » ou « Sénateur »

Pour tout cela, ajouté à la fermeture du salon du livre organisé à sidi-Bel-Abbès après deux jours seulement, alors qu’il devait durer quinze jours, et ce, faute de …. Visiteurs(!?!!)  j’ai décidé de former mon fils pour être député. Fort de l’expérience que j’ai vécue avec les différents systèmes qui ont traversé le Pays depuis 1962, je pense maîtriser l’ensemble des rouages :

D’abord je vais lui demander : Apprend par cœur certaines « phrases» genre éditorial d’El Moudjahid ou de « Révolution Africaine » de l’époque. Il faut que tu  maîtrises parfaitement les « mots-clés » tels : « constantes nationales », « esprit de novembre »,  « Peuple combattant » « révolution du million de martyrs », « justice pour tous »  « droits des jeunes au travail » « combattre la corruption » etc… Le lexique est riche.

Ensuite, je te placerais à l’école coranique, car il est important que tu maîtrises d’abord la langue arabe. Il faut que tu y excelles, de façon que quand tu parles, peu te comprennent, mais tous t’admirent.  Tu dois parfaire tes connaissances théologiques mais juste en superficiel, dans les sujets qui portent : Le Hidjab, les droits (restrictifs)  de la femme, les vices de la vie (vin et lieux de débauche…)

Tu t’intègreras dans toutes les associations. Non pas toutes! Celles qui « caressent le pouvoir et ses gens » C’est d’ailleurs facile à repérer, mon Fils ? Choisis celles qui ont beaucoup de subventions et dont parle la presse souvent. Une fois dans les Associations, il faut que tu uses de tous les moyens que tu as acquis, pour te placer au sommet : Président de l’Association.

Si tu arrives à chapeauter quelques associations, tous les Partis te feront la « cour » et là tu peux facilement monnayer. Et n’oublies pas que quand tu présides une Association, c’est comme si tu diriges ta propre entreprise, il y a du bénéfice à prendre. Ne sois pas naïf. Tu partageras bien sûr avec qui de droit, mais juste pour permettre l’achat de la « couverture »

Le moment venu, je voudrais que tu sois enfin «député» Là tu pourras enfin dire que tu as assuré ta carrière.

Alors que tu n’étais qu’un simple cadre de la CNAS avec un salaire de 40 000 DA, qui n’arrivait même pas à te faire vivre avec ta femme et ton petit garçon, n’était-ce les dividendes que tu tirais des associations et des cadeaux nombreux que tu recevais suite au règlement de certains dossiers au niveau de la CNAS ; tu passes au stade de cadre de la Nation avec un salaire incompressible de 300 000 DA net d’impôt ! Si tu n’étais pas intelligent mon fils, tu n’aurais jamais pu multiplier ton salaire par 8 d’un seul coup !

Dès ton installation, tu demanderas un prêt pour acheter une villa, tu sais que le prêt est bonifié, tu ne payes pas d’intérêt, mieux, tu percevras une indemnité de prêt qui serait égale au montant de remboursement retenu par la banque. Donc, tu n’auras rien remboursé ! Ensuite tu demanderas un véhicule. C’est ton droit ! Puis tu logeras dans un hôtel 5 étoiles avec chambre réservée à l’année avec une prise en charge totale. Tu peux rendre service à des amis du bled ou à la famille qui voyageront sur Alger, en les hébergeant et en leur assurant le gîte dans ta chambre! Ainsi, ils ne t’oublieront pas à la prochaine échéance.

Tu passeras la durée de ton mandat à construire tes relations. Choisis les meilleures. Il faut qu’à la fin du mandat, tu as déjà construit l’avenir de ta génération au quatrième degré prochain. Rend service à celui qui t’es utile ; côtoie celui qui te sert à quelque chose. Fais gaffe aux gueux. Quand tu vois des scènes de protestations où des émeutes, fais-toi oublier. Charge le Maire et le Chef de Daïra.

Quand il y a des intempéries et que le Peuple crève de froid et de faim, concentre-toi sur tes affaires, ou « fabriques-toi »  une mission à l’étranger, c’est plus porteur. A ton retour, tu t’apitoieras et regretteras d’avoir été absent. Tu chargeras tes « concurrents »

En résumé :

“Quand tu sauras maîtriser la langue de bois ;

Quand tu arrives à ignorer les gens aux abois ;

Quand tu sauras tirer les dividendes ;

Quand tu sauras mépriser les masses moribondes ;

Quand tu auras assuré un prêt sans intérêt ;

Quand tu auras assuré un salaire démesuré ;

Quand tu assureras des relations longue durée ;

Quand tu bénéficieras d’une retraite dorée ;

Alors, mon fils, tu seras   un Député!”

 

djillali@bel-abbes.info

 

 


le 16 février 2012


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16 février 2012

4 Commentaires pour “«TU SERAS UN DÉPUTÉ, MON FILS!»”

  1. hakim

    Vaille que vaille chemin faisant dans d’autres cieux,où le respect et les fondamentaux(droit,honnêteté,modestie,humilité) sont de mises,et tout le monde est supposé innoçent jusqu’à preuve du contraire or je vois que chez nous on est tous innoçents,et coupables à la fois.Trop dire,c’est dire plus que beaucoup nous concernant,ce trop là n’est que quantitatif.C’est aussi dire au-delà de ce qui est juste pour nos relations en générale.Trop parler,critiquer c’est saouler la société avec des non-dits.faisons des pauses,et apprenons les vertus du silence qui parfois est d’or.Demandons-nous pourquoi nous parlons,critiquons tant,nous,nous enfonçons dans le mal qui est notre malheur au quotidien.L’excès de paroles nous mènent vers les ténèbres,comme l’a dit si-bien le frère djillali,un jour viendra ou les pieds devant et la tête sur le côté ad vitam eaternam

  2. Abdelwahid B.

    Merci bien, Djillali, pour ton papier dans lequel tu as su décrire la triste réalité que nous vivons. Une réalité malheureusement amère qui fait mal au cœur et à l’esprit. Langue de bois, démagogie, corruption, arrogance, clientélisme, abus de pouvoir…

    Mon Dieu, comment est-ce qu’on va pouvoir renverser la vapeur avec tout cela ? Comment faire savoir à nos enfants que très, très lourde est la responsabilité d’un député? Si jamais on les choisit pour l’être, comment leur expliquer qu’ils doivent veiller à remplir correctement leur tâche? Comment leur montrer que leur souci constant devra être la lutte pour l’instauration de l’ordre et pour le respect de la loi et que leur raison d’être serait alors d’établir à partir de notre vécu des règles et de veiller à leur application?

    Notre pays étant très beau et très riche, riche en ressources aussi bien naturelles qu’humaines, comment les convaincre que rien ne doit l’empêcher d’être classé parmi les premiers de ce monde? Des dizaines et des dizaines de milliers d’Algériens ayant sacrifié leur vie pour le libérer, comment leur faire comprendre qu’ils doivent lui donner sans compter et sans chercher à se faire valoir?

    Si jamais nos enfants sont élus députés, comment sauraient-ils que leur devoir sera d’honorer la confiance que le peuple a eue en eux et d’être le plus fidèle portevoix des affamés, des sans-logis, des malades, des chômeurs et de tout citoyen qui, pour une raison ou pour une autre se trouve lésé.

    Si jamais nos enfants sont élus députés, comment pourraient-ils se rappeler qu’ils tiennent entre les mains les peines et les joies de notre peuple et comment faire pour que leur cœur ne cesse pas un instant de battre au rythme de l’humeur des pauvres gens qui ont vu en eux leur espoir?

  3. Dr youcef FEHAM

    waoooh….1000 bravos frère djillali pour ton article éloquent !
    on ne peut pas ne pas te “féliciter” pour cette analyse si fine ,si exacte ,si cohérente ,si pertinente….à propos de la “députation” que vont se disputer et ton “fils” et les citoyens parvenus.
    franchement ,ton écriture va toucher plus d’un !
    cher djil ,tu as raison sur toute la ligne et l’avenir va nous confirmer les “joutes” qui se préparent pour arriver à être “DIBITI” (Député…pour les initiés ).
    Quelqu’un pourrait nous dire “à quoi ça sert un parlementaire ,sénateur ou député ,si ce n’est applaudir à chaque propos du frère président ,du SG du FLN ,ou celui du RND ( un ami disait de ce dernier ,car l’ayant déchiffré comme Champollion pour ses hiéroglyphes d’Egypte ,RND : ( Rien N’a Dire ).
    et puis ,savez-vous que nos chers représentants de la
    Nation se “bagarrent ” comme larrons en foire ,afin de s’inscrire pour le lendemain entre 10h et 13h ,le temps que consacre la TV au visionnage de ces grands penseurs.
    une fois ,l’allocution ou intervention filmée ,nos politiques n’ont meme pas le temps de regagner leur siège et filent “à l’anglaise” pour se promener en long et en large dans les rues d’Alger la Blanche….conscients d’avoir dit des “choses utiles au bonheur des gens de leur circnscription électorale…du genre ” cheft ya khouya kaddour…j’ai parlé du problème des vaches laitières de la wilaya….ou encore “j’ai vu le ministre Untel pour qu’il donne un coup de fil à la banque de ton fils à propos du prêt de 10 milliards…seulement ,n’oublie pas les 10% dyal le chef d’agence et la voiture golf serie 6 à mon gamin qui vient de rater son bac…(d’ailleurs je passe voir l’académie pour qu’on revoie ses notes ).
    merci donc cher djillali pour ton “papier” car tu as soulevé tous les problèmes inhérents à notre société..
    et puis ,n’oublions pas au passage ,nos chers Sénateurs ,dont le tiers est désigné par Sid El Rais…
    permettez_moi juste cette remarque ya nèss !
    si jamais ,il y avait “vacance” du pouvoir pour quelque raison que ce soit ( décès..maladie..invalidité du Président°) …c’est en principe le president du Sénat qui sera appelé à assurer l’intérim du pouvoir dans l’attente d’élections anticipées…
    seulement ,pour cela ,il faut qu’il soit”ALGERIEN DE SOUCHE “…et ce n’est pas du tout le cas pour celui qui dirige actuellement le Conseil de la Nation….passé de MAROCAIN à ALGERIEN ,par naturalisation dans les années 64…
    Si ce n’est pas vrai…qu’il nous démontre le contraire !
    bref…ALLAH ijib el kheir !

  4. Djillali T.

    à te suivre dans ce parcoure des profs du mensonge si bien décrit en ironie par tes soins, permet moi mon cher djillali d’ajouter que ces inconscients ont oublié et oublient que rien, absolument rien n’est éternel. on finira tous dans une tombe, les têtes d’un coté et les pieds de l’autre. chacun aura à rependre de ce qu’il a semé durant son age. et personnellement, je ne voudrais pour rien au monde être à la place de ces ***BÉNIADEM***

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