L’évêque Donat et L’évêque St Augustin : Deux Antiques Algériens, deux sentiments antagonistes

Drs : Driss Reffas et Hadj Abdelhamid
Toujours, et dans le cadre de la célébration du mois du patrimoine, je saisis l’occasion du 100é anniversaire de la basilique de St Augustin à Annaba (Hippone), pour mettre en évidence l’évêque Donat de Négrine, évêque de Baghaï des Nemmemchas, et son combat religieux face à l’occupant Romain et son église catholique. La résistance de Donat donna naissance à un front qui persista malgré les édits de St Augustin lors de la conférence de Carthage en 411, en faveur d’une persécution sauvage à l’encontre des ses concitoyens qui refusaient de partager avec lui sa « cité de dieu ». Dans les villes, à côté de chaque basilique catholique, était construite une basilique donatiste. La puissance de Rome s’est résumée à guérir « le mal » en injectant un berbère façonné à leurs désirs à savoir St Augustin, et ce pour venir à bout du donatisme. Je suis descendant de Robba la berbère donatiste, et fier de l’évêque Donat qui n’a pas connu l’évêque St Augustin. Ce dernier, malgré son amour pour Rome, demeure un repère dans l’émancipation de l’église catholique. Monseigneur Tessier grand évêque d’Alger a déclaré au cours d’une réunion ‘St Augustinienne’ à Paris , qu’il existe un lien ancestral entre le Maghreb et l’Europe catholique, car deux Numides ont traduit la bible au latin : Tertullien et St Cyprien. La cité du Vatican, plaide pour St Augustin, politique Oblige. En dehors du vatican, le Donatisme ne peut être effacé de l’histoire antique de l’Algérie. La basilique de Robba la donatiste, et djebel Robba demeurent les symboles de la lutte du berbère autochtone non romanisé.

Dr. D.Reffas

Le Donatisme, un mouvement né avec l’invasion de l’empire Romain en Afrique du Nord, plus particulièrement au Numidie, a cultivé une culture «anti-colonialiste » millénaire, une réaction profonde de refus façonnée politiquement autour du duel interminable des deux églises. Rome a utilisé tous les moyens pour venir à bout de cette lutte (propagande, destruction des basiliques donatistes, confiscation des terres au profit des berbères romanisés et persécutions morales et physiques…) qui dura plus de quatre siècles, c’est-à-dire durant toute la présence de l’empire Romain secondé par les Byzantins. Donatistes et Circoncellions, berbères autochtones de Numidie et de Maurétanie Césarienne, ont marqué par leurs résistances l’histoire de l’humanité. Le Donatisme, fief de la paysannerie berbère, a laissé apparaître l’action « prolétaire », étincelle de doctrines qui ont bouleversé la société durant le 19èmeet 20ème siècle.

Pendant des siècles, l’invasion fût la seule forme de dialogue entre l’Europe et l’Afrique (Nord, Sud). Les expéditions militaires étaient mues par le seul mobile de l’intérêtéconomique :

– disposition de ressources, blé surtout à valeur stratégique (les pénuries et les famines constituaient un vecteur de troubles sociaux préjudiciables à la paix des empires), mais aussi de vin, de laine et d’énergie (bois, huile…). L’extension des empires augmentait les besoins.
L’invasion de l’Afrique par Rome ne déroge pas à cette règle, ni à quelques principes constants à toute occupation:

I- Le Primum Movens de toute occupation étrangère demeure donc la réalisation de bénéfices économiques.

II- La force occupante s’attèle toujours à dénier toute forme «d’entité nationale» des occupés, cherche et encourage les divisions ethniques, régionales et confessionnelles…

III- L’invasion bénéficie souvent d’un conditionnement honorable par l’invocation de prétextes moraux, …civilisateurs, …humanitaires (lutte contre la barbarie, les infidèles, les hérétiques…).

IV- L’occupant affuble les populations indigènes de caractères négatifs: fanatiques, rebelles, «terroristes», avec des chefs «illuminés», sanguinaires.

V- L’histoire enseigne que, très souvent, les missionnaires accompagnent les légionnaires pendant les expéditions.
La vie de St Augustin, son itinéraire politico-épiscopal, ses écrits (ses confessions entre autres…) intriguent sur les motivations profondes de l’action de cet illustre compatriote millénaire. Le recul, aussi important aujourd’hui, qui permet d’évacuer toute réaction de susceptibilité de quelque apologiste que ce soit, autorise un postulat qui peut être pertinent que prétentieux. L’évêque St Augustin, ne serait-il pas un produit de Rome pour contrecarrer les adeptes de l’évêque Donat. En effet, l’oeuvre de St Augustin a été vouée à Rome et l’église catholique impériale, contre ses compatriotes qu’il a combattus : Donatistes et circoncellions. Pour Rolland Tournaire, saint Augustin n’est que le suppôt d’un christianisme romanisé – en Italie, en Gaule ou en Espagne et issu des familles aristocratiques de l’Occident chrétien – qui a tenu les grandes propriétés foncières et les rênes du pouvoir politique et culturel. Il est de plus responsable d’un malentendu fondamental sur le libre-arbitre, en attribuant un péché à la chair de l’homme, et en défendant un christianisme soumis aux autorités politiques, sur la base d’une lecture de l’épître de Paul aux Romains. Les Donatistes alliés avec d’autres révoltés, chefs tribaux dont l’autorité se trouve mise à mal par l’administration municipale de l’empire, «barbares, pilleurs de villes», organisés en bandes, «esclaves fugitifs…», soit un véritable «front national Africain» hostile à l’Empire, qui a déclenché un véritable mouvement de protestation et de refus contre la notion de «colon» établie par Rome. Le cri de «guerre» commun était «DEO LAUDES» opposé à «DEO GRATIS» des catholiques.

St Augustin naquit à Thagaste( Souk Ahras) en 354. Il y fit de solides études qu’il continua à Madaure et enfin à Carthage, capitale intellectuelle et politique de la grande Numidie. Il mena une vie «très libre» qu’une certaine prévenance des historiens empêche de la qualifier de «dévergondée». Il prit une maîtresse à l’âge de 18 ans, et fréquentait comme les autres étudiants le théâtre, le cirque et se plongeait dans ce qu’il appelle «La chaudière des honteuses Amours» (SARTAGO FLAGITIOSORUM AMORUM). «Il se vouait avec un zèle égal à sa maîtresse et ses études». Son âme tourmentée l’avait conduit à s’essayer tour à tour au MANICHEÏSME, au PROBABILISME, et il s’adonna enfin au NEOPLATONISME qui l’amena au christianisme.

Au cours d’une retraite à CASSICIACUM près de Milan, il décida de se soumettre à l’autorité de l’église impériale. Est-ce une décision imprégnée d’une foi profonde au catholicisme, ou plutôt en détectant ses qualités exceptionnelles dans le discours, «les services» de Rome l’ont approché pour sa conversion, et puis en faire une barrière spirituelle face au donatisme ancré en Numidie et Maurétanie. Il revint aussitôt à Thagaste, sa terre ancestrale. Vers la fin de l’an 391, le peuple d’Hippone «l’élut prêtre par surprise». Une promotion qui alimenta le discours de la rue. Cette surprenante élection, était peut-être le fait d’une manipulation, c’est-à-dire une fraude électorale organisée par l’administration de l’empire. En un laps de temps très court, il devint le conseiller et l’ami de l’actif évêque de Carthage, AURELIUS, puis évêque d’Hippone en l’an 395. Cette ascension surprenante, est peut-être le résultat d’une promotion complaisante afin d’asseoir son autorité, garante d’une liberté d’action par rapport à Carthage, où Aurelius l’instigateur de cette «élévation au grade» garde l’oeil de maître pour Rome.

Pour l’Empire Romain, l’unité doctrinale (catholicisme) demeurait un garant de la soumission du prolétariat agricole, véritable nid du Donatisme. La mission assignée à St Augustin, était la destruction du Donatisme Africain, potentiel rassembleur et catalyseurs des véilléités nationalistes anti-romaines. L’exercice de la dignité épiscopale au service de «la cité de dieu» constituait une couverture de luxe pour la mission de St Augustin en terre d’Afrique. Les moyens utilisés dans l’accomplissement de sa «noble mission» restent la polémique et la propagande, critères de choix dans le combat politique. Dans ce sens, «l’évêque d’Hippone a donné à la polémique chrétienne un prestige décisif».

L’église au service de l’Empire, proclamait la légitimité de l’esclavage (nécessités économiques obligent : traction humaine…) et justifiait l’inégalité sociale («l’église aiderait les humbles pourvu qu’ils acceptent l’inégalité sociale et s’y soumettent»). La plus grande victoire politique de St Augustin a été la conférence contradictoire de Mai 411, dont la sentence fut la condamnation solennelle du Donatiste. Sur proposition de St Augustin, des lois répressives furent promulguées à l’encontre des donatistes, berbères autochtones.

Pus tard, en 418, St Augustin accula l’évêque donatiste EMERITUS de Césarée (Cherchell), qui était orateur à la conférence de Carthage, à la retraite de toute vie publique, et ce, après un débat auquel il le convia à Césarée même.

Une position du saint Africain, pendant la polémique avec les donatistes, met à mal même ses apologistes les plus convaincus, et renseigne sur l’instinct politique profond de l’enfant de Taghaste de Numidie, loin de l’âme du pardon, de charité et d’humilité de la foi chrétienne. St Augustin formula un principe redoutable : «la nécessité de la terreur utile exercée par les pouvoirs publics pour ramener «le front du refus», c’est-à-dire les donatistes à l’orthodoxie et empêcher les faibles de s’en écarter». Un tel comportement pourrait s’expliquer de la part d’une autorité politique dans le cadre d’une «raison d’état», mais ne peut être admis dans un cadre religieux, car il constitue une véritable incitation aux persécutions et aux massacres, qui plus est de ses compatriotes. Finalement, l’église impériale de Rome colonisatrice a triomphé dans les Maurétanies et la Numidie, grâce au «génie» de l’autochtone berbère St Augustin. La Numidie a enfanté deux évêques Donat et St Augustin. L’histoire retiendra deux lectures différentes selon les itinéraires de chacun, mais une seule conclusion est à retenir : l’Empire Romain a réussi avec ST AUGUSTIN de Thagaste, là où il ne pouvait pas réussir avec DONAT des Nememchas. Les dignitaires Donatistes de la Maurétanie Césarienne reposent sous la basilique de ROBBA à Benian (ALA MILIARIA). Oui, le donatisme était un mouvement de protestation «anti-colonialiste» de dimension nationale.

Bibliographie:
-Histoire de l’Afrique du Nord (C.A. Julien).
-Ala Miliaria (S.Gsell).
-Histoire religieuse de l’Algérie (C.E. Chitour).
– Génèse de l’Occident Chrétien (R. Tournain – Paris, l’Harmattan – 2001).
– Vies de St Augustin (Nicole Sammadi).


le 05 mai 2014


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05 mai 2014

2 Commentaires pour “L’évêque Donat et L’évêque St Augustin : Deux Antiques Algériens, deux sentiments antagonistes”

  1. AL MECHERFI

    J. P. Brisson dans sa thèse de doctorat en 1955, a travaillé sur cette problématique jusqu’à aujourd’hui sans réponse. Le mouvement SOCIAL (les miséreux) en Afrique du nord (sous l’occupation romaine) a t-il donner naissance à un mouvement religieux (L’anticolonialisme du Donatisme !!! ) ?
    Bien évidemment les Marxistes ont profité de cette opportunité pour écrire des pages bien tournées ! Mais peut-on juxtaposer : Sociologie et Théologie ? Autrement dit y’a-t-il une relation de cause à effet entre l’Eglise de ROME et le MOUVEMENT “révolutionnaire” des Donatistes ?
    Les progrès réalisés dans l’historiographie du phénomène donatiste depuis la fin du communisme, ont en quelques sorte désorienté la répétition de l’histoire donatiste qui continue a chercher la réponse dans l’origine de la chrétienté surtout après après conversion de CONSTANTIN mais bcp moins dans le mouvement social.

    • Dr D. Reffas

      Bonjour Al Mecherfi

      Je suis désolé d’insister que le mouvement donatiste a mené une lutte face aux romains au niveau des villes, et des berbéro-romains dans la campagne. Un mouvement qui s’est appuyé sur son église pour faire valoir son attachement à sa culture, sa langue et l’amour de sa terre. Donatistes et leurs alliés les circoncellions étaient des révoltés à l’égard de l’autorité romaine. Ils protestaient à leurs manières, et ne pas parler la langue du colonisateur romain, c’est déjà se séparer de lui, mais prier autrement que lui, constitue une révolte morale qui s’associe mieux avec les sentiments de “nationalité”.G. Courtois a bien écrit «…Ce n’est pas par hasard que le vieux pays Numide ait été le bastion du Donatisme. Ce n’est par hasard que le prolétariat agricole nomade, ces Circoncellions qui n’étaient point les brigands qu’on a dit, aient crié le Déo Laudes aux oreilles épouvantées des propriétaires Romains.»
      «Il ne s’agit donc point de remous de bénitier, mais d’un mouvement immense, qu’on a rapproché du kharéjisme et dont on mesurera mieux l’ampleur, si on veut bien se rappeler qu’en Afrique du nord, la résistance religieuse est une forme courante de l’opposition politique».
      Mon ami Al Mecherfi, Il existe des historiens qui s’apparentent à l’église de Rome, et il est difficile pour eux d’avouer que le donatisme a affaibli l’empire romain permettant aux vandales de s’implanter facilement jusqu’à assiéger Hippone. St Augustin le valet de Rome mourut durant le siège. Oui, le donatisme était animé au même titre que les circoncellions, de la foi “anti-colonialiste”, même si le terme n’existait pas pendant cette période.
      On ne peut séparer la théologie de la sociologie, car c’est dans cette dernière qu’elle s’imbrique. En ce qui concerne la doctrine communiste, Marx a bien séjourné en Algérie, et ce n’est qu’en Algérie antique qu’est né le donatisme avec les révoltes des circoncellions au niveau des campagnes numides. Marx s’est peut-être inspiré pour mettre en valeur la notion de “prolétariat”.
      Pour terminer, je souhaite voir le département d’histoire de l’UDL s’intéresser à l’histoire antique de l’algérie pour permettre aux étudiants de soutenir sur différents sujets notamment le donatisme la littérature donatiste, les indigènes ou circoncellions et leur soutien au mouvement religieux donatiste…au lieu de vouloir nous faire avaler que la flotte Othomane à sa tête Barberousse est Algérienne.
      Amicalement.

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