Une « halte » de l’Emir sous le pistachier

Par : Dr Driss REFFAS

Le pistachier de l’Atlas  et l’eau fraîche de la source de Sidi Yahia Moulkhmis à Sfisef, désignaient les haltes de l’émir Abdelkder chez la tribu des Ouled Slimane. À travers les différentes lectures sur l’épopée de l’émir Abdelkader, je me rends au douar pour faire une pause en compagnie de l’émir sous l’ombrage du pistachier préféré.

Bonjour cheikh.

Bonjour mon fils, répondit l’émir.

Une beauté divine, malgré son âge. Une barbe rousse bien taillée et des yeux d’un bleu clair attirant, au pouvoir hypnotisant. Assis, les jambes croisées, vêtu tout en blanc et le chapelet comme d’habitude entre les doigts de sa main, il attendait de me voir continuer ma discussion. Me voyant perturbé, il reprend avec un sourire paternaliste :

– Je suis chez moi au milieu des Ouled Slimane, cette tribu noble qui m’a toujours soutenue et m’a offert au combat sa meilleure cavalerie. Enfin, c’était la dernière tribu qui a déposé les armes.

Cheikh Hadj Abdelkader, pendant 17 années, vous avez combattu la France. Vous aviez connu des victoires, comme vous aviez subi des défaites. Plusieurs généraux, ministres et princes ont échoué devant vos stratégies diplomatiques et de combat. Avec du recul, donnez-nous votre appréciation ?

– J’ai perdu des êtres chers et des compagnons de lutte durant cette époque où je défendais mon pays contre l’occupant. J’ai établi une discipline de fer au sein de mon armée et j’ai combattu les tribus récalcitrantes. Devant une puissante armée française et pour me permettre de forger des assises politiques et militaires, j’ai opiné tactiquement pour la voie de la paix. Le premier traité avec le général Desmichel, commandant des troupes françaises dans la province d’Oran, m’ouvrait la possibilité d’acheter des armes, de la poudre et du soufre, et d’avoir des accès aux ports d’Oran et de Mostaganem.

Que sest-il passé par la suite, honorable Hadj Abdelkader ?

– Avec l’arrivée du lieutenant général Drouet d’Erlon, premier gouverneur général, pour appliquer la politique d’expansion coloniale en Algérie, le général Trézel fut nommé à la place de Desmichel pour rendre le traité caduc. Le roi a jugé le traité comme une menace sur la présence française. Il a jugé aussi, que le traité allait fortifier mon pouvoir sur les tribus. À cet instant, j’ai compris que les armes étaient la seule voix pour se faire respecter.

Quelle a été la vision de Desmichels à travers le traité ?

Le général avait une vision de pacification de la province d’Oran. Mon objectif, j’allais tirer profit de ce traité pour rassembler les tribus, organiser mon armée et surtout de m’approvisionner en armement.

Certains historiens prétendent que du fait que le traité ne mentionnait pas la souveraineté de la France, il ne pouvait avoir ladhésion du roi et du gouvernement français. Votre avis Hadj Abdelkader ?

– C’est insensé de penser ainsi. Dans le premier article du traité de la Tafna que j’ai signé avec le général Thomas Bugeaud, la souveraineté de la France était bien signalée. Est-ce que la trêve a été respectée par le roi de France ? Mon fils, il faut préciser que la France n’a jamais respecté ses engagements énumérés dans les différents traités. Les conditions relatives à ma reddition, acceptées par Lamoricière et approuvées par le duc d’Aumale, ont-elles été respectées par le roi de France ? Non.

Au juste, que sest-il passé le 21 décembre 1847 ?

–Après avoir quitté le pays pour me réfugier au Maroc, la France a mené une campagne punitive vis-à-vis des tribus qui m’ont soutenues. Elles ont été isolées et affamées. La maladie s’est répandue pour décimer une bonne partie de la population. Après la bataille de Sidi Brahim, j’ai patrouillé la moitié du pays, et j’ai rendu visite aux tribus qui m’avaient été fidèles  par le passé. Je n’ai trouvé que misère et désolation. J’ai senti que je devais partir pour ne plus revenir. Je ne pouvais plus compter sur eux pour continuer ma lutte. J’ai été abandonné par ma chair et mon sang. Le sultan du Maroc a mis à exécution le traité de Tanger dont l’objectif essentiel était de me chasser hors de la frontière qui était bien surveillée par Lamoricière. Le sultan n’a pas hésité à assassiner mon ami et frère El Boukhdimi qui était parti lui remettre un message de ma part afin de mettre un terme à l’effusion de sang entre nos deux armées.

Après votre absence, qui a duré presque une année en territoire occupé, comment avez-vous trouvé létat de la deira37 ?

– Après mon départ, la deira a subi un double embargo. Celui instauré par le sultan du Gharb, et l’autre par le général Lamoricière qui surveillait de près la frontière. Devant le manque de ravitaillement, Les réserves en nourriture et en médicaments commençaient à diminuer au fil des jours. Il est à noter qu’après la bataille de Sidi Brahim et l’expédition effectuée par mes soins sur le sol de mon pays, l’effectif de mon armée a diminué. En plus des martyrs, il y avait beaucoup de blessés inaptes pour les champs de bataille. Le manque de munitions commençait à peser sur le moral de la troupe. D’ailleurs, on a tenu difficilement face à la seconde attaque menée par les deux princes du sultan du Maroc. Malheureusement, ma dernière confrontation armée s’est soldée par l’effusion du sang d’une même famille.

En février 1847, le Khalifa Sid Ahmed Bensalem sest rendu à Bugeaud et la veille de votre reddition, vos deux frères aînés se sont rendus au général Lamoricière. Quelle a été votre réaction dans les deux cas ?

– Devant les pressions de son entourage et des tribus qu’il commandait, le Khalifa Bensalem a été contraint de capituler. Ses conditions ont été acceptées par Bugeaud. La lettre que m’a adressée Bensalem, je l’ai perçue comme un message. Je l’ai bien décodée. Je commençais à sentir la défaite et mon entourage était abattu, devant les événements qui se succédaient, mettant en péril la deira. Devant l’acharnement du sultan du Gharb, il était de mon devoir de mettre hors de danger la deira. J’ai fait traverser cette dernière l’oued Moulouya pour gagner le territoire algérien. Elle s’est rendue au général Lamoricière pour être prise en charge. Quant à mes deux frères aînés, ils ont précipité ma reddition. Ils avaient raison. J’ai suivi le chemin indiqué en posant mes conditions. Le roi de France a fait fi à la parole qui m’avait été donnée par son fils, et m’a fait interner pendant plus de quatre années. J’ai été libéré par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, dont je soutenais les projets. Mon passé de guerrier, je l’ai enterré en quittant définitivement le sol algérien.

Si vous me le permettez Hadj Abdelkader, jai deux autres questions à vous poser.

– Je vous écoute mon fils.

Que représente pour vous le duc dAumale ?

– Rien du tout. Il s’est targué d’avoir anéanti la smala, mais en fin de compte ce sont les spahis, cette armée d’auxiliaire constituée d’Algériens, semblable aux harkis pendant la guerre de libération, qui ont été derrière la disparition de la smala. Ils connaissaient bien le terrain.

Le caïd et goual Mostéfa Benbrahim ?

– Par respect aux Beni Ameurs, je préfère me taire.

Mon imagination s’est confondue dans le beau paysage qu’offraient les vergers de Sidi Yahia Moulkhmiss et les odeurs fortes du snouber38 m’extirpèrent soudainement de mon recueillement.

 


le 06 septembre 2013


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06 septembre 2013

1 Commentaire pour “Une « halte » de l’Emir sous le pistachier”

  1. le cygne

    Salam Mr Reffas….!!! J’apprécie vivement votre idée que je trouve géniale…..!!!! Réaliser ce “dialogue” avec l’Emir Abdelkader sous l’ombrage de ce Pistachier préféré à Sidi Yahia Moulkhmis, pour retracer l’histoire de ce Grand Homme …. m’a beaucoup plu……Quant au contenu, je laisse ça aux historiens…..!!!.

    Bonne soirée..!!!

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