Les fleurs du mal

Mar 4, 2013

« Hypocrite lecteur, – mon semblable, – mon frère ! »(1)

Dans notre environnement, l’invitation au voyage échappe à Baudelaire car tout n’est pas ordre et beauté. Je ne suis pas surpris du langage de Charles, il l’a bien dit lorsque l’ennui pris place pour l’accompagner loin dans son esprit :

« C’est le diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;

Chaque jour vers l’enfer nous descendons d’un pas ;

Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent… »

Chacun de nous veut échapper aux remords qui habitent nos âmes et nous lessivent continuellement. Que peut-on faire ? La philosophie des mots cache notre hypocrisie dans l’extase de nos approches quotidiennes du mal et du diable. Nos textes trahissent nos engagements fragiles qui deviennent poussière à chaque mot et phrase lus. Nous pointons le diable sans le désigner. Nous dissertons le mal sans le combattre. Qui sommes-nous ?

Charles l’a précisé bien avant notre production fœtale :

« Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes, 

Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons,

 Et, quand nous respirons, la mort dans nos poumons descend,

Fleuve invisible, avec de sourdes plaintes. 

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie, 

 N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins

 Le canevas banal de nos piteux destins,

C’est que notre âme, hélas ! N’est pas assez hardie. » 

Les fleurs du mal qui empoisonnent et violent notre société méprisent notre hardiesse symbolique autour  mots et des lamentations « intellectuelles ». On cite de « grands noms », on étale de somptueuses analyses pour fertiliser notre « courage » face aux corrompus gouvernants géniteurs des bouffons élus. Puante démocratie, une fleur du mal, nous la respirons  profondément pour s’enivrer et planer dans l’espace privé de l’hypocrisie.

Je reviens à mon chardonneret, l’oiseau libre  ami de la nature saine et plurielle dans son contenu, pour chier sur la cupidité humaine, cette autre fleur du mal entretenue par « le chef ». Ce dernier, du jaccousi des deniers,  contemple fièrement son fils sur un cheval galopant. Pour Charles :

« Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux, 

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, 

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. »

 

 

(1) ver du poème « Au lecteur » de C.Baudelaire.