«C’est en présence du secrétaire général de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, et du secrétaire général du ministère des Affaires religieuses, Boubekeur Khaldi, que la Coordination des imams et des fonctionnaires des affaires religieuses a officiellement vu le jour. Une première en Algérie. C’est par une récitation du Coran à la manière typiquement “algérienne” et par la diffusion de l’hymne national “Kassamen» dans sa version intégrale que s’est ouvert, hier, la première réunion de la Coordination des imams et des fonctionnaires des affaires religieuses à l’hôtel Safir Mazafran de Zéralda. »  (1)

 La boucle est bouclée. On arrive enfin à sur- administrer la Religion comme on administre une APC ou une entreprise. On vient simplement d’ériger un système de clergé, incompatible avec le message divin,  où l’on assistera à la gestion de la Religion qui connaît déjà  l’ensemble des dysfonctionnements qui régissent notre administration et qui est vouée ainsi à la dépasser. On ré-assistera à des détournements de l’argent de la zakat, à la corruption pour une Fatiha de mariage et que sais-je encore ?

Voilà, le premier syndicat des Imams qui voit le jour. Ainsi, on pourra désormais assister à des grèves des Imams, des Sit-in et peut-être des « grèves de la faim ». Pourtant, il n’y a pas longtemps, j’ai entendu des Imams déclarer la grève illicite.

Il y eut même Sidi Saïd  celui-là même que la presse a décrié lors de son procès de Blida –dont on annonce la deuxième série du feuilleton pour les prochains jours- dans l’affaire Khalifa. Le Tribunal lui reprochait d’avoir signé un document  par lequel il avait versé  20 milliards de dinars dans la banque du pantin qui a délesté des milliards de dollars. A la sortie du tribunal, il a déclaré « qu’il assumait ».

Le voila qui récupère « le clergé » au sein de « son » syndicat : il accomplit son numéro avec zèle et sérénité…

Dans son intervention, Abdelmadjid Sidi-Saïd, qui n’a pas tari d’éloges sur les “Chouyoukh” et les Zaouïas plus budgétivores que son syndicat, a rappelé le rôle primordial de l’Imam dans la défense de l’unité nationale et des valeurs de la République ! “On nous a appris dès notre enfance à respecter non seulement nos aînés mais aussi les gens de religion. C’est nous qui sommes venus vers vous et non l’inverse. Donc, bienvenue chez vous, bienvenue dans votre maison, l’UGTA.”  “De ces milliers d’imams qui ont souvent privilégié leur rôle dans la transmission de la foi religieuse et l’encadrement social, et cela au détriment de leurs propres intérêts”.  Cette rencontre “historique” nous apprendra qu’il n’y a pas de profil-type pour exercer la fonction d’Imam. On sait qu’il doit être au moins qualifié pour prodiguer des conseils aux fidèles et qu’il doit être toujours capable d’interpréter correctement le Coran et la Sunna. (sic).(1)

Des tuyaux pour le tout nouveau syndicat :

–       Exiger d’abord l’indemnité de travail posté : En effet, l’amplitude journalière des prières englobe presque les 24 Heures, entre la prière d’El Fadjr et celle d’El Icha.

–       Ou alors, et ce sera le « minimum de la foi », exiger l’indemnité de travail de nuit ;

–       Exiger le paiement des heures supplémentaires  et les récupérations pour le travail effectué  les jours fériés : Les prières des Aïd, les Taraouih, les prières funéraires, pour la pluie etc.

Cheikh Djelloul Hadjimi, Imam de la mosquée El-Ouartilani du Télemly,  précurseur  du syndicat en gestation, a rappelé que l’idée même de structurer les Imams dans un mouvement syndical existe depuis mars 1999 à travers une  “ligue nationale” qui n’a pas été agréée par les autorités.  “Et pourtant, l’Imam n’est pas seulement une figure religieuse. Il est aussi un travailleur comme les autres. Présent dans les actes de la vie de tous les jours, il officie notamment lors des mariages et des décès. Il ne connaît pas de jours fériés. Lors des fêtes religieuses, c’est toujours lui qui est aux avant-postes ! Les heures supplémentaires sont son lot quotidien.”  Pour Cheikh Djelloul, “l’imam (ou son assimilé) a beau être bardé de diplômes, c’est le dernier classé de la Fonction publique. Le mieux payé d’entre nous touche environ 40 000 DA”. Il fera, à ce sujet, un long parallèle avec les journalistes qui, selon lui, vivent eux aussi et  à leur manière, un autre  “sacerdoce”. “Outre les problèmes liés à la liberté d’expression, nous partageons avec la corporation des journalistes des dizaines de morts, des victimes innocentes. On ne peut oublier ces sacrifices...” Cheikh Djelloul ne manquera pas d’insister également sur les obligations des Imams  “qui occupent la chaire du Prophète de l’Islam », un “métier” prestigieux. D’après lui, l’Imam doit toujours être conscient qu’il est en charge de l’unité et de la fraternité des musulmans et donc s’éloigner du courant  “takfiriste”

Alors, un Syndicat des Imams, pourquoi faire ?

Jusque-là, on assistait à l’instrumentalisation de la Religion par les «extrémistes » ce qui nous a valu un lourd tribut, que le Peuple dans toute sa composante –et non pas uniquement les Imams et les journalistes –a payé «rubis sur ongle». Et les plaies sont toujours béantes !

Faut-il aujourd’hui subir une nouvelle instrumentalisation?  Il est vrai que l’objectif – la prise du pouvoir –  est le même pour les deux, même si les moyens diffèrent, même si le Syndicat est beaucoup plus pacifique ;  mais la pratique dangereuse de recourir à la Religion pour des intérêts bassement matériels de la vie d’ici-bas, devient récurrente à souhait, de surcroît dans tous les Pays du Monde Arabo-musulman.

La Fitna ancestrale «sunna/chi ‘a» vient à l’ère contemporaine d’être boostée par un autre type de «Fitna» que crée inévitablement l’accaparation de la Religion par des parties partisanes, excluant toute personne non adhérente, non militante.

On a pu assister impuissant, à la mort de malades du fait de la grève de Médecins et/ou de paramédicaux. Faut-il assister à des enterrements sans prière du mort, par le fait de la grève des Imams ?

djillali@bel-abbes.info