Le roman des Algériens Camus, Dib, Kateb Yacine..

 Comme dans une répartie,  la réplique se veut  textuelle  pour que cet espace littéraire à Bai prend une place importante  et voilà que je tombe sur un texte de Mohamed Dib , tenez vous bien l’auteur de « Dar sbitar » l’œuvre la plus anticolonialiste et de « l’incendie » .

Il fait en 1947 le portrait de Camus suivi d’une lettre de Kateb Yacine l’auteur entres autres  de« Le cercle de représailles » qui en pleine guerre d’Algérie secoua le paris littéraire de l’époque sur la combat de l’Algérie pour son indépendance  adressé au même Camus en 1957, c’est-à-dire qu’à travers ce trio d’écrivain algérien c’est toute la tragédie du peuple algérien qui se lit à travers eux. Pour l’histoire, Kateb et Dib disait de Camus notre grand frère puis la révolution algérienne trancha sur les positions de chacun mais chacun a eu le courage de ses idées jusqu’ à leur disparition sur terre.  Comme on dit il n’y a pas de mauvaises histoires, il y a de mauvais historiens…Il me semble qu’en ce mois de juillet mois de l’indépendance et de la jeunesse,  ce débat  sur Camus devrait s’élargir à d’autres , en faire  un véritable carrefour de la littérature algérienne  ,  je suis d’accord avec M. Senni , BAI  est un journal  où les dérobades ne font pas partie des pratiques de la Maison ..Justement n’est-ce pas cela qui confortera le  premier principe de l’homme  de naître du ventre de sa mère libre .Kateb Yacine, Mohamed Dib, Albert Camus sont nés libre d’une mère, d’une terre qui s’appelle l’Algérie et chacun l’a défendu selon son intime conviction. De toute façon Camus est mort avant l’indépendance, Dib et Kateb  l’ont vécu. Eux aussi ont écrit  leurs « Peste » pour l’un «  Qui se souvient de la mer », pour l’autre «  polygone étoilé » Camus est mort sans assister à la journée du 5 Juillet 62, Dib Et Kateb ont vécu la décolonisation douloureuse  de l’Algérie indépendante. En 2011 l’on a ^pas fini avec les zones d’ombre de l’histoire qu’il faudrait mettre en lumière pour  que la vérité triomphe :    
1 – Le portrait de Camus par Mohamed Dib :
 Donc, comme tout Algérien Albert Camus est le frère qui s’est exilé lui-même à la suite d’un malentendu, d’un de ces mouvements d’humeur toujours un peu spectaculaire, dont les hommes des bords de la Méditerranée sont coutumiers. Mais pour douloureux que soit le malentendu, il n’est qu’un malentendu, pas davantage, et pour regrettable que soit le mouvement d’humeur, il est déjà passé depuis longtemps, rejoignant la somme des exagérations, la dose de théâtralité dont un monde vivant constamment sur la place publique et sous un soleil qui affiche permanent a autant besoin que de l’air qu’il respire. Peut-être faut-il ouvrir ici une parenthèse pour noter en passant ce trait particulier du tempérament algérien qui ne ressent jamais le tragique comme tragique mais comme la manifestation d’un destin qui demeure extérieur à lui, aussi fort qu’il en pâtisse en tant que victime. Avec Camus, il reste donc l’essentiel qui est la fraternité. Davantage même, dirais-je, sa consanguinité. Une consanguinité qui doit être située ici du côté de la mère plutôt que du côté du père. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur l’image de la mère dans le psychisme de l’homme algérien. Personnellement je suis disposé à croire que le drame de Camus a été pour une part importante dû au fait de se trouver partagé entre cette image et la personne de la mère réelle. Ce n’est pas le lieu d’approfondir ce point de vue, il mérite cependant examen. Mais je ne suis pas moins disposé à croire aussi que depuis le 4 janvier 1960 Camus est retourné à son vrai lieu d’origine, rendu aux oliviers, aux espaces gorgés de lumière, à la mer et aux hommes enfin dont on ne saurait le séparer, ni séparer son œuvre, si peu que ce soit, sans le trahir, sans le défigurer.
 Justement parce qu’il reste toujours vivant pour moi, parce que l’idée d’une mort d’Albert Camus me demeure étrangère, j’éprouve beaucoup de mal à parler de lui. Cela vient d’abord de ma crainte de l’enfermer dans des formules, des définitions, et de le trahir à mon tour, de le fausser dans sa vérité. Mais ma véritable appréhension est d’une autre nature. Je redoute d’effaroucher sa présence dont il me semble que je ne suis séparé que par un de ces empêchements absurdes dont la vie quotidienne est prodigue.
 Comment par exemple restituer avec des mots cette journée passée ensemble à Tipaza, avant que Tipaza ne devienne un rendez-vous de touristes à devises fortes. Camus vivait en France depuis plusieurs années déjà. Il était de passage seulement. C’était en plein été et il était midi, le soleil avait volatilisé le paysage et dans cette lumière qui semblait siffler dans le cri infini des cigales, sur ces terres intactes qui s’étaient réservées aux lentisques, au thym, au laurier, je le vois au cours de notre promenade sans but, qui d’une façon tout à fait naturelle, écarte les bras et se met à danser. Il tourne de la sorte un moment sur lui-même. Ce n’est peut-être pas une ivresse dionysiaque qui le transporte ainsi et le jette hors de lui. Néanmoins, un bonheur inexprimable luit dans le regard qu’il m’adresse et qui s’étonne, non sans malice, de me voir demeurer simple spectateur. Mais, sans m’empêcher de comprendre son bonheur et de ressentir son étrange émotion, mon éducation, plus soucieuse des formes, m’interdit de suivre son exemple. Je l’ai vu donc célébrer son accord avec les éléments qui lui étaient naturels et avec l’esprit qui les habite.
 Qu’est-ce à côté de cela, à côté de la force de cette image, à cette minute et en ce lieu, que les discussions que nous avons eues avant et que nous aurons encore après. Elles ont porté, elles porteront de nouveau sur l’idéal de justice, sur la liberté et particulièrement sur la révolution. Et nous voici débattant une fois de plus à propos de la révolution sur le choix qui se présentait à Kaliayev, à savoir s’il fallait qu’il lance sa bombe sur la voiture du Grand Duc, lequel sans doute transportait des enfants avec lui et prendre ainsi le risque de tuer ces enfants au nom de la révolution. Cela anticipait singulièrement sur un cas qui allait se répéter un nombre incalculable de fois et, quelques années plus tard seulement, sur cette terre au visage rassurant encore.
 Je ne veux pas dire que ces problèmes n’ont qu’une importance minime à mes yeux, non. Mais ils ne nous étaient alors que des sujets de spéculation, ce qu’ils sont redevenus aujourd’hui aussi d’ailleurs. A l’époque en effet j’avais le sentiment très net que nous jouions seulement avec ces idées, du reste quand le cas s’est présenté plus tard à nous dans sa brutalité de fait, il nous a tous dépassé. Il ne s’agit en aucun cas d’éluder ces problèmes mais il faut savoir de quoi l’on parle. M’écrivant peu après de Paris, Albert Camus joint à sa lettre une feuille séparée : c’est un texte qu’il intitule lui-même « Les terroristes ». Ce texte, écrit de sa main, est composé cependant, pour commencer, d’une série de réflexions dues à quelques révolutionnaires. Voici par exemple la première d’entre elle, empruntée à un révolutionnaire anonyme à la veille de son exécution : « Pendant toute ma vie, cependant si courte, je n’ai vu que du mal. Dans ces conditions, et avec une vie pareille, peut-on aimer quoi que ce soit, même ce qui est bon ? » Et le « même ce qui est bon » est souligné par Camus. Et en voici une qui est de Bakounine : « La passion de la destruction est créatrice »
 Et puis encore celle-ci de Netchaïev : « Le révolutionnaire est un individu marqué, il n’a ni intérêt, ni affaire, ni sentiment personnel, ni biens, rien qui lui soit propre, pas même de nom » Ou, pour finir ces citations, celle-ci de Petrachevski : « Ne trouvant pour moi rien qui soit digne d’attachement, ni parmi les hommes, ni parmi les femmes, je me consacre au service de l’humanité. »
 A présent voici le commentaire dont Albert Camus les fait suivre. Il dit : « Ils ont raison et une part de moi, la part terrible qu’il y a en tout homme, est avec eux. Mais ceci est le désespoir. Et un homme s’édifie toujours contre le désespoir, jamais avec. Il y a la potence et il y a les roses. Quoi exclure ? Rien. Nous sourirons au milieu de la terreur. »
 Ici s’arrêtait la parole de Camus sur ce sourire au milieu de la terreur, qui, sourire, à mes yeux, ressemble si étrangement au sourire que je lui avais vu à Tipaza, tandis qu’il dansait.
 Permettez-moi de rester sur cette image d’Albert Camus qui est mon image de lui et dont aucun mot ne saurait restituer la force et la présence.
2-La lettre de Kateb Yacine :

Mon cher compatriote, Albert,Exilés du même royaume, nous voici drapés comme deux frères ennemis,Drapés dans l’orgueil de la possession renonçant, ayant superbement rejeté l’héritage pour n’avoir à le partager. Mais voici que ce bel héritage devient le lieu hanté où sont assassinées jusqu’aux ombres de la famille ou de notre verbe pourtant unique. On crie dans les ruines de Tipasa et du Nador. Irons-nous ensembles  apaiser le spectre de la discorde, ou bien est-il tropTard ? Verrons-nous à Tipasa et au Nador les fossoyeurs de l’ ONU déguisés en Juges, puis en commissaires-priseurs ? Je n’attends pas de réponse précise et ne désire surtout pas que la publicité fasse de notre hypothétique coexistence des échos attendus dans les quotidiens. S’il devait un jour se réunir un conseil de famille, ce serait certainement sans nous. Mais il est peut-être urgent de remettre en mouvement les ondes de la communication, avec l’air de ne pas y toucher qui caractérise les orphelins devant la mère jamais tout à fait morte. Fraternellement. Yacine (1957) Sans parler de nos hommes de lettres d’expression arabe qui chacun  a contribué à tracer les sillons d’une littérature de la libération du joug colonial. Avec la langue du colonisateur l’impact a été plus direct, je dirais même a permis à bousculer et taper en plein dans le mille au coeur de Paris. En 1924 , « Ulysse » l’œuvre de James Joyce  a illustrée et peint avec une introspection époustouflante les étapes menant à l’indépendance de l’Irlande. Les Anglais admirent Joyce et paradoxalement le détestent pour avoir été un des chantres de son pays au même titre que Pernelle, le libérateur. Notre jeunesse doit renouer avec Ses Héros, elle doit surtout connaître l’histoire de son pays sans œillère et sans démagogie. Un père ne doit pas mentir à ses enfants…quant à la nostalgie, c’est la mort d’un passé qu’on cherche à ressusciter mais il ne reviendra plus de son outre tombe… le passé c’est bien pour en tirer des leçons avec humilité et sans arrogance. Après tout  cette vie n’est qu’un passage pour chacun d’entre nous !   pour Camus et pour nous tous !


le 12 juillet 2011


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12 juillet 2011

2 Commentaires pour “Le roman des Algériens Camus, Dib, Kateb Yacine..”

  1. Brahim Zeddour(Oran)

    C’est la critique qui fait la littérature. L’article de Ahmed Mehaoudi prend l’allure d’éloge panégyrique d’auteurs qui ont servi beaucoup plus à encombrer la scène qu’à éclairer les esprits. Réunis dans une même liste, c’est comme si on assemblait l’eau et le feu. Mais encore, ils sont loin de représenter le génie algérien. Ils reflètent l’image de l’indigène parvenu à lire et à écrire.
    Qu’on se le dise, la littérature algérienne reste toujours dominée par quatre géants, quatre écrivains d’envergure mondiale, auxquels il sera difficile, voire impossible d’ajouter un cinquième nom :
    – Malek Bennabi
    – Jean Amrouche
    – Assia Djebar
    – Noureddine Aba.
    Ces quatre génies ont su, pu et voulu exprimer de la plus belle manière le côté le plus irréductible, le plus insaisissable de l’âme algérienne.
    Ils nous ont légué des oeuvres qui donnent la juste mesure de l’excellence, pour nous élever bien au dessus des tartelettes des écrivains publics, objets du panégyrique.
    Quand vous lirez Malek Bennabi, Jean Amrouche, Assia Djebar et Noureddine Aba, vous serez saisis d’une tentation irrésistible d’offir les livres des écrivains publics aux vendeurs de cacahuètes.
    Allez à l’essentiel, soyez exigeants dans vos nourritures spirituelles, ne vous contentez jamais de peu.

  2. Djillali C.

    Ah! M. MEHAOUDI, avec la complicité de M. SENNI vous m’avez re-trempé dans les années 70 et les débats hautement passionnés qui s’y déroulaient. Je me souviens -jeune lycéen – posant timidement une question à K. YACINE: “Monsieur KATEB, j’ai lu votre livre Nedjma, mais je n’ai pas compris grand chose, malgré l’aide des instit'”. Kateb Yacine, m’interrompit paternellement: “Mon fils, s’il te plaît, ne me pose pas de question sur Nedjma!” Beaucoup disent qu’il l’a écrit dans un état second. Pour revenir au débat sur Camus, j’entrevois toute la complexité de la “relation Algérie-France.” Il m’arrive souvent de la qualifier de “libidinale” L’Histoire commune est riche, complexe et pleine d’incohérences de part et d’autres. Camus a la faveur du débat, parce que c’est un prix Nobel! Mais quid de Fanon, de Maillot, Janson, et plus proche de Sidi-BelAbbès, Justrabo!

    Doit-on retenir de Camus, l’œuvre uniquement. Vous faites bien de préciser qu’il est mort avant l’indépendance, l’a-t-il voulu? Que non! Dit-on le condamner pour ça? Je n’en sais rien. Je rejoindrais M. ZEDDOUR Brahim qui dit “il n’est pas Algérien” car, il est plutôt “français d’Algérie.” La différence est là. Qu’elle différence entre lui et Enrico Macias. Mais est-ce une raison de les condamner? Honnêtement non.

    Moralité: Il faut prendre la relation relation algéro Française dans toute sa dimension et complexité avc pour objectif d’en tirer des “dividendes; mais le plus important c’est qu’il est épatant de trouver ce niveau de débat culturel dans notre journal, Merci.

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