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Le Pr Kadri Alaeddine propose un modèle scientifique innovant pour transformer le financement des projets universitaires en Algérie

ByDjillali T.

Juil 1, 2026

Le professeur Kadri Alaeddine, chercheur à la faculté des sciences économiques, commerciales et de gestion de l’université Djillali Liabes, a dévoilé, dans un entretien, les grandes lignes d’une nouvelle vision scientifique, visant à repenser le système de financement des projets universitaires en Algérie. Cette vision propose une transition du financement traditionnel vers ce qu’il appelle un « financement intelligent », en accord avec les directives nationales de renforcement des universités entrepreneuriales, conformément au décret ministériel n° 008, qui modifie et complète le décret n° 1275.

Le professeur explique que le défi auquel sont confrontés les projets universitaires aujourd’hui réside moins dans un manque de ressources financières que dans l’absence d’un système intégré capable d’orienter les projets vers la source de financement la plus adaptée, au moment opportun et par le biais du mécanisme le plus efficace. Il a ajouté que la plupart des projets universitaires échouent à leurs débuts, non pas par manque de pertinence des idées, mais parce que les outils de financement traditionnels sont inadaptés à la nature de ces projets, souvent au stade de l’idée ou du prototype, où les risques sont élevés et l’accès au financement est difficile. Il fait savoir que les transformations économiques et technologiques que connaît le monde exigent une réévaluation de la philosophie du financement des projets entrepreneuriaux, insistant sur le fait que les universités ne sont plus seulement responsables de la formation des étudiants, mais aussi de leur donner les moyens de transformer leurs idées en entreprises capables de créer de la valeur ajoutée et de contribuer au développement national.

Dans ce contexte, le professeur a présenté un nouveau modèle scientifique, l’« Écosystème de financement intelligent et adaptatif pour les projets entrepreneuriaux universitaires (ASFE-UEP) ». Ce modèle intègre l’intelligence artificielle, l’analyse de données, le financement hybride et le mentorat numérique au sein d’un cadre décisionnel global pour le financement. Il a expliqué que ce modèle repose sur le principe fondamental selon lequel un financement ne doit pas être accordé simplement parce qu’une idée de projet existe, mais plutôt en fonction de la maturité du projet et de sa capacité à transformer les ressources financières en valeur économique et sociale mesurable.

Dans cette perspective, le processus de financement passe d’une procédure administrative à un système intelligent qui prend des décisions fondées sur des données et des indicateurs scientifiques. Il a ajouté que le modèle proposé se compose de huit étapes interconnectées, commençant par la création d’une plateforme numérique pour collecter et analyser les données du projet. Vient ensuite une étape d’évaluation de la maturité du projet, puis l’utilisation d’un moteur intelligent pour analyser les risques et les besoins de financement, avant la conception d’un portefeuille de financement hybride combinant subventions universitaires, finance islamique, financement participatif, capital-risque et gestion financière, ainsi qu’un système… d’assistance intelligente, d’évaluation des performances et d’apprentissage continu à partir des résultats des projets précédents.

Le professeur Kadri a souligné que la caractéristique la plus importante de ce modèle est qu’il ne recherche pas un financeur unique, mais conçoit plutôt un portefeuille de financement intégré qui évolue en fonction du stade de développement du projet. Cela garantit une utilisation optimale des ressources financières et accroît les chances de succès et de pérennité des projets universitaires.

Dans une démarche qu’il a qualifiée de nouvelle contribution scientifique, il a annoncé la proposition de trois indicateurs scientifiques mesurables et vérifiables sur le terrain, pouvant servir de référence pour l’évaluation des projets universitaires et des systèmes de financement au sein des universités algériennes.

Le premier indicateur est l’Indice de Préparation au Financement (IPF), qui mesure la capacité d’un projet à obtenir un financement selon plusieurs dimensions, notamment l’innovation, la maturité technique, la faisabilité économique, la maturité du marché, la maturité de l’équipe, les aspects juridiques et le potentiel d’investissement.

Le deuxième indicateur est l’Indice de Financement Intelligent (IFI), qui vise à mesurer le niveau de maturité du système de financement au sein de l’université en évaluant l’utilisation des technologies numériques et de l’intelligence artificielle, la diversité des sources de financement, la rapidité de la prise de décision et la qualité du financement, ainsi que le mentorat et le niveau des partenariats avec différents acteurs économiques.

Il a également proposé un troisième indicateur, l’Indice de Transformation du Financement (ITF), qui mesure l’amélioration de la préparation des projets grâce au système de financement intelligent. Cette approche consiste à comparer l’état d’avancement du projet avant et après avoir bénéficié de programmes de mentorat et de financement, permettant ainsi de mesurer l’impact réel des politiques universitaires en matière de soutien à l’entrepreneuriat.

Le professeur a précisé que ce modèle est encore en développement scientifique. Des travaux sont en cours pour le transformer en un modèle mathématique et en un cadre conceptuel vérifiable, grâce aux méthodes statistiques les plus récentes, telles que la modélisation par équations structurelles (PLS-SEM). L’objectif est de préparer son application pratique au sein des universités algériennes, ce qui contribuera à évaluer l’efficacité du système de financement des projets entrepreneuriaux dans le contexte des réformes en cours dans l’enseignement supérieur.

En conclusion, le professeur Kadri Alaeddine a souligné que l’avenir de l’université algérienne est lié à sa capacité à passer de la production de connaissances à la création de richesse. Il a insisté sur le fait que la mise en place d’un système national de financement intelligent constitue l’un des principaux défis pour parvenir à une université entrepreneuriale capable de favoriser l’innovation et de transformer les idées en projets économiques durables au service du développement national. Ceci renforce la position de l’université en tant que partenaire actif de l’économie du savoir.

Djillali Toumi

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