Entre ce qui se trame à la rue, dans les rassemblements, au tour des tables dans les cafés et restaurants, dans les places publiques, sur la justice et totalement contraire à la réalité vécue au quotidien dans les institutions de la justice, notamment les tribunaux et particulièrement le tribunal de la daïra de Ben Badis à une cinquantaine de KM de la ville de sidi bel Abbes. L’effet des accumulations à travers les années, colportées d’une génération à l’autre, sur un négativisme de l’eficadité de la justice, a ancré avec le temps dans les esprits des gens une idée fixe perçue comme réalité, que la justice est vraiment critique : qu’elle est réservée pour une frange spécifique, qu’elle est à deux poids, deux mesures, qu’elle est réservée aux riches, aux responsables et leurs descendants, qu’elle n’est pas faite pour le citoyen lambda sauf rarement.
Témoin imprévu
Le lundi est une journée de réception dans les tribunaux, comme le cas à Ben Badis. Elle est prévue spécialement pour les citoyens qui expriment le désir de déposer des requêtes pour différents problèmes sociaux, des conflits, des injustices ou autre au niveau du bureau du procureur, pour demander »justice ». Cette mesure est totalement gratuite et peut garantir tous les droits que demandent les victimes. Comme par hasard, un témoin qui venait d’accompagner son ami, raconte une scène autant accablante qu’extraordinaire. Elle résume avec perfection et décrit splendidement la réaction du citoyen et son jugement envers la justice que la réalité existentielle qu’il n’a jamais connu ou vécu.
Sur place, à l’etage supérieur, la salle d’attente était bien remplie, plus d’une vingtaine de personne entre femme et homme, explique le témoin avec stupéfaction en entendant des formules différentes se chuchoter : »c’est de la perte de temps, mais que faire, on est obligé », » parfois, il me vient dans l’esprit de quitter ce pays et laisser tout dermiere », » est-ce possible que le procureur va nous recevoir tous ? », » je vais déposer ma requête et je vais l’oublier, comme ça si elle n’aura pas de suite, je souffrirais moin », et tellement t d’autres formules plaines de désespoir, comme si les gens ont carrément fini de faire confiance à leur justice. Pendant ce temps d’echange d’opinions, l’agent chargé du respect des priorité faisait entrer les citoyens un par un chez le procureur.
À chaque fois que quelqu’un sort, tout le monde le fixait des yeux comme si pour comprendre ce qu’il en est passé. Et miraculeusement, celui qui sort, après avoir déposé sa requête, sort complètement métamorphoser. On dirait qu’il avait subit un lavage de cerveau : ses réactions ne sont plus les mêmes, son jugement complètement basculé » les gars, dieu ne nous pardonnera jamais, le procureur est un ‘ould familiya’, il m’a bien reçu et m’a rassuré, il m’a juré de veiller personnellement à ce que les droits reviennent à leurs propriétaires ». Un autre avait dit à sa sortie » que dieu nous pardonne, vraiment. Ce que nous avons tous dit n’est pas du tout ce que j’ai vu ». Les réactions à la sortie ont toutes basculées du total désespoir à un immense espoir.
Un procureur qui assure l’accueil des citoyens jusqu’à satisfaction totale
Il était 11h35, quand un homme et une jeune femme entrèrent avec un air dérangé et précipité. L’agent leur avait demandé se qu’ils voulaient, l’homme a répondu qu’ils ont l’intention de déposer une requête auprès du procureur, sauf qu’ils ne l’avaient pas écrit. L’agent a conseillé d’aller écrire d’abord une requête, mais le père avait insisté en voulant entendre le procureur ce qu’il en pensait. Effectivement le procureur avait recommandé d’ecrire d’abord une requête et revenir le soir à 13h. L’homme qui s’est avéré le père a complètement rejeté l’idée de rester dans cette chaleur insupportable à attendre jusqu’à 13h, alors il décide de demander à sa fille de chercher un stylo et une feuille 21/27 et de dépêcher d’ecrire une requête. Le temps avait complètement expiré. Les quelques personnes restées ont commencé à douter d’etre reçu et que le procureur finirait par les abandonnés une fois l’heure venue.
La jeune femme avait demandé la permission de voir de nouveau le procureur. Le père a hésité d’entrer de crainte de réactions déplaisantes, d’autant que le procureur avait demandé de revenir à 13h. Ces jugements préalables stériles, entendues durant toute la matinée semblaient ne pas finir. Une fois devant la porte, le procureur a tout de suite réagi » ou est el hadj ton père ? Appelle-le. Une réaction qui a encore une fois démontré que le fossé creusé par l’accumulations de fausses idées sur la justice n’est finalement qu’un leur, un mythe tracé par des accumulations et un éloignement qui a fini par causer une rupture, qui n’a jamais existé dans la réalité. La salle d’attente a été complètement vidée, toutes les personnes satisfaites jusqu’à un temps complètement inespéré, dépassant 12 h. Le tribunal de Ben Badis a merveilleusement honoré l’image de la justice et illuminé l’obscurité des décombres des accumulations sociétales. Si dénoncer est un droit civique, encourager et motiver le sont aussi. Certes, il y’a des défaillances, mais, ne faut jamais en vouloir à la lumière du soleil, juste parce que des nuages l’ont caché un instant. Ils ne font pas non plus blâmer tout une institution à cause de quelques erreurs d’une minorité. Le tribunal de BenBadis en est une preuve fascinante, honorifique dont la justice algérienne devrait en être fier autant que les citoyens qui sont appelés à se rapprocher de cette institution névralgique avant d’apporter un quelconque jugement.
Djillali Toumi
